La COP21 sous l'égide du plastique, de la chimie, et du pétrole

lundi 21 septembre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
La COP21 sous l'égide du plastique, de la chimie, et du pétrole Photo ddmagazine

L'opération « Arche de Noé Climat », lancée par Ségolène Royal et conçue par l'artiste Gad Weil, veut symboliser le risque climatique et mobiliser la société civile par la représentation itinérante d'une arche de Noé avec 140 figures animales réalisées en matière plastique.

En vérité la manifestation est choquante à plus d'un titre pour l'esprit libre. Comprenez bien, il ne s'agit pas de remettre en cause l'intérêt des matières plastiques, ni la bonne intention de la manifestation, et encore moins l'artiste, mais de souligner la difficulté à changer nos schémas de pensées et nos actions dès lors qu'il s'agit de l'environnement.

Arche de Noé aux invalides à ParisVoilà ce qui nous choque : d'abord la matière plastique, source d'une pollution planétaire gigantesque dénoncée par toute les associations de protection de l'environnement du monde ; le transport sur la Seine par des barges, un moyen de transport extrêmement polluant qui n'est justifié que pour transporter des pondéreux ; le déplacement prévu dans toute la France par camion ; l'éphémère de la manifestation, qui s'oppose précisément à l'idée d'un développement durable.

La bonne nouvelle toutefois est que Fleury-Michon, le pape du mieux-manger, soutient l'événement.

L'artiste Gad Weil (qui avec La Grande Moisson et Nature Capitale nous a habitué à des événements qui célèbrent la nature) a voulu réaliser un énorme jeu pour les enfants, une œuvre sans prétention, un peu coûteuse quand même (700 à 800 000 euros), l'idée étant d'amener les enfants et les parents à évoquer ensemble le sujet du climat. Pour ce qui est du jeu, pour y avoir passé un moment, ça marche assez bien, mais honnêtement nous n'avons pas beaucoup entendu parler du changement climatique. Il faut dire que le sujet est complexe, sinon anxiogène si on s'y intéresse un peu.

Pour nous, l'opération est le dernier avatar d'une société de consommation qui fait croire que pour jouer, s'amuser, être heureux, exister, nos enfants ont besoin d'une myriade de jouets en plastique, du trampoline à la coiffeuse de princesse en passant par la voiture de course avec vrai moteur.

L'adulte, privé de ses sources intérieures d'imaginaire, attablé depuis l'enfance au banquet de l'insatisfaction permanente, rêvera sa vie comme dans l'image de gauche ci-dessous : 16 piscines et autant de casinos propulsés par 130 000 chevaux et 25 000 litres de pétrole à l'heure. Voilà à quoi nous fait penser cette Arche de Noé, ça en petit. Nous aurions préféré, mais c'était plus difficile, un événement qui emmène les gens dans l'image de droite.

Piscine d'un bateau de croisière et sièges sur une plage déserte
À gauche un monde artificiel, cher, à pétrole, présenté comme le must des loisirs, déconnecté de toute nature, mais intenable. À droite une piscine autrement plus grande, autrement plus belle et subtile, et qui nous nourrit, accessible à tous, mais menacée. Crédits en fin d'article.

Une opération déconnectée de la nature

Pour sensibiliser vos enfants à la nature, montrez-leur de vraies vaches, de vrais oiseaux, faites-leur manger de vrais fruits, passez un week-end à la ferme, emmenez-les au jardin, au marché, à la Cité des Sciences, au Muséum d'Histoire naturelle, faites-leur lever les yeux au ciel, achetez-leur une loupe binoculaire, regardez les étoiles, discutez avec les apiculteurs (ceux du jardin du Luxembourg pour les Parisiens), avec les jardiniers, les forestiers, les paysans, les pêcheurs, faites-leur découvrir les peintres impressionnistes, mais l'Arche de Noé de plastique éphémère à moteur diesel sera contre-productive précisément parce que déconnectée de toute nature.

Le grand bénéficiaire de l'opération c'est le chimiste Arkema qui, à grand renfort de relations publiques, peut se montrer sous une auréole de protecteur de la planète. On aura au moins appris que le matériau utilisé, du polyméthacrylate de méthyle, autrement dit de l'Altuglas est recyclable à l'infini. Mais recyclable ne veut pas dire recyclé, recyclable ne veut pas dire « qui ne consomme pas d'énergie », recyclable ne veut pas dire « qui ne pollue pas », le problème des matières plastiques en général c'est que leur coût de production est tellement faible que le recyclage n'en vaut pas la peine, et donc on les recycle peu.

Bien joué pour Arkema, bien vu l'énorme jouet du talenteux Gad Weil, bien vu aussi l'idée de l'Arche de Noé. Mention spéciale à Fleury-Michon qui réussit à s'associer à un événement qui symbolise le sauvetage des animaux dont il fait des conserves.

Et peut-être forçons nous ici le trait, mais notre sentiment est celui d'un ministère de l'Écologie qui a raté une belle occasion d'adresser aux plus jeunes un message sans équivoque. Certes l'exercice n'était pas aisé, mais la problématique qui préoccupe toute la planète exige que l'on ne sacrifie rien à la facilité.

Photo montage : à gauche photo CC Jasperdo, à droite Photo CC Mathias Apitz (München), via Flickr