100% d'énergies renouvelables : faisable et économique

jeudi 24 septembre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
100% d'énergies renouvelables : faisable et économique Photo K.H Reichert CC BY-NC 2.0

La transition vers 100% de renouvelables en 2050 est techniquement faisable, financièrement avantageuse, et socialement souhaitable. Plusieurs chemins possibles dont le scénario Energy [R]evolution de Greenpeace.

Au début de ce siècle il était encore assez difficile d'imaginer qu'à l'horizon 2050 il serait possible de produire la quasi-totalité de l'énergie du monde avec des sources renouvelables. Les Allemands les premiers, dès les années 1980, avaient fait l'hypothèse d'une société sans combustible fossile et sans énergie nucléaire. La société allemande s'y engage résolument en 2000 avec la loi sur les énergies renouvelables (Erneuerbare-Energien-Gesetz, EEG), et plus encore en 2010 en actant des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95 % à l'horizon 2050. La Energiewende, la transition énergétique allemande, est désormais un modèle pour le monde entier.

Fête des éoliennes, du vent et des enfants
En Allemagne on fait volontiers la fête sous les éoliennes le dimanche. La puissance cumulée des éoliennes allemandes est équivalente à celle de 35 réacteurs nucléaires (et autant pour le solaire). Les particuliers et les agriculteurs, souvent au travers de coopératives, en sont majoritairement les propriétaires. Photo Windwärts Energie CC BY-NC-ND 2.0.

Nombre de scénarios pour une réduction de 80 à 100 % des émissions de gaz à effet de serre ont été étudiés. Mondiaux ou régionaux, ils sont publiés et régulièrement mis à jour par nombre d'organisations, dont l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Greenpeace, Irena (International Renewable Energy Agency), le WWF, des institutions financières, des universités, en France l'association Negawatt ou l'Ademe. En substance tous disent que c'est parfaitement faisable, seul les chemins pour y parvenir divergent, en particulier sur la part du nucléaire, sur l'usage de la capture et du stockage du carbone, sur l'usage de la biomasse, ou sur les économies d'énergies.

Dans son communiqué présentant la dernière révision de son scénario Energy [R]evolution pour 100% d'énergies renovelables en 2050,  Greenpeace aime a rappeler les conclusions récentes de l'entreprise américaine de consulting Meister Consultants Group : "Ce n'est ni l'AIE, ni Goldman Sachs, ni le Departement américain de l'énergie qui avaient raison, c'est Greenpeace qui était le plus proche de la vérité."  Cette précision n'était pourtant pas nécessaire, la qualité du rapport de Greenpeace est reconnue depuis son origine en 2005.

Voici donc ci-dessous quelques-unes des principales conclusions de la cinquième édition du scénario Energy [R]evolution, la précédente datant de 2012. L'étude est le fruit de collaborations avec la communauté scientifique, en particulier avec le Deutsches Zentrum für Luft (DLR), le Centre aérospatial allemand.

Faits et chiffres tirés du rapport

Entre 2005 et 2014, les coûts de l'électricité solaire photovoltaïque et de l'éolien ont énormément chuté et 496 GW de puissance solaire et éolienne ont été installés. C'est l'équivalent de la puissance de toutes les centrales à gaz et à charbon de l'Europe. Parallèlement, dans le même temps, les nouvelles installations hydroélectriques, géothermiques, solaires thermiques, ou fonctionnant avec de la biomasse représentent une puissance de 286 GW. L'ensemble serait suffisant pour fournir l'électricité de l'Inde et de l'Afrique réunies.

L'énergie nucléaire ne représente que 2,3 % de la consommation d'énergie de la planète. Durant les 15 dernières années, les ajouts de nouvelles capacités nucléaires (20 GW) ont été 17 fois inférieurs aux ajouts de nouvelles capacités éoliennes (356 GW). En terme de production électrique ces nouvelles éoliennes produisent autant que 120 réacteurs nucléaires (ordre de grandeur sur la base de réacteurs de 1 GW).

Energies renouvelables dans le monde fin 2013
Parts des énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie fin 2013. Source Greenpeace Energy [R]evolution 2015. Sources des données : Irena / Renewables 2015 Global Status Report.

Les projections faites par l'Agence internationale de l'énergie dans son scénario pour maintenir la concentration de CO2 dans l'atmosphère sous les 450 ppm (parties par million), fait largement appel aux énergies renouvelables et à l'augmentation de l'efficacité énergétique, et un peu au nucléaire. L'Agence table sur une augmentation de la puissance nucléaire de 150 GW. Greenpeace fait remarquer que ceci correspondrait à la construction de 7 à 10 réacteurs par an et dénonce une hypothèse peu crédible au regard de la performance actuelle de l'industrie nucléaire, un coût démesuré par rapport à l'impact sur les émissions de CO2, et une menace sérieuse en terme d'accidents et de prolifération nucléaire.

Greenpeace rappelle la facilité avec laquelle un pays possédant une installation nucléaire civile peut fabriquer une arme, comme l'ont fait, l'Inde, le Pakistan, et Israël [la longue série d'atermoiements dans les négociations sur le nucléaire civil iranien donne malheureusement raison à Greenpeace, ndlr]

100% d'énergies renouvelables d'ici 2050 est un objectif réalisable, et c'est le seul moyen d'éviter les conséquence catastrophique du changement climatique. Les émissions de gaz carbonique peuvent être stabilisés d'ici 2020, puis réduite progressivement à presque zéro d'ici le milieu du siècle.

En 2014, 60% des nouvelles capacités de production électrique du monde (en puissance), sont de sources renouvelables.

Cette expansion a généré d'énormes baisses de coûts et maintenant le solaire photovoltaïque et l'éolien sont compétitifs face au charbon dans la plupart des régions. Et ce malgré des subventions en faveur des combustibles fossiles (550 milliards de dollar par an), plus du double des aides allouées aux énergies renouvelables.

D'ici 15 ans, 64% de l'électricité du monde viendront des renouvelables contre 21% aujourd'hui.

Les coûts de ce changement sont faramineux, mais les économies le sont encore plus. Le rapport Energy [R]evolution fait état de 1000 milliards par an [à mettre en perspective avec les 550 milliards de subventions aux combustibles fossiles, ndlr]. Mais comme les énergies renouvelables n'ont pas besoin de carburant, les économies sont de 1007 milliards par an. Donc les investissements sont rapidement amortis avec un équilibre entre 2025 et 2030. Sans compter les bénéfices sur l'environnement et sur la santé des populations.

L'industrie solaire photovoltaïque va générer 9,7 millions d'emplois, un chiffre équivalent au nombre d'emplois de l'industrie du charbon (mais autrement plus intéressant et valorisant, ndlr). L'éolien devrait générer 7,8 millions d'emplois, à peu près le double du nombre d'emplois des industries pétrolière et gazière aujourd'hui (mais non délocalisable, ndlr).

Il n'y a aucune barrière technique à réaliser un objectif de 100% d'énergies renouvelables, il suffit d'une volonté politique et c'est l'enjeu de la COP21 à Paris.

Lire le rapport de Greenpeace Energy [R]evolution 2015.

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