Ils inventent un monde sans carbone : les veilleurs du ciel (livre)

mercredi 30 septembre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
En Inde, maintenance d'un lampadaire solaire En Inde, maintenance d'un lampadaire solaire DFID - UK Department for International Dev. Photo CC BY-NC-ND 2.0

Dans son ouvrage "Les veilleurs du ciel", Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, nous fait rencontrer ceux qui agissent vraiment pour juguler les problèmes de la planète. Il y dénonce l'hypocrisie des conférences climatiques et la fausse solution du nucléaire.

Pour Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, les conférences pour le climat (COP) c'est le bal des hypocrites : "depuis leur début, et encore plus depuis le sommet de Copenhague, les COP ont fait la preuve de leur incapacité à prendre les décisions qui s'imposent, et chaque année, la communauté internationale s'émeut de la faiblesse des résultats de ces sommets face à l'urgence de la situation".

Les veilleurs du ciel

couverture du livre Les veilleurs du cielFace aux grands pollueurs, des communautés de femmes et d'hommes inventent un monde sans carbone. Editions Don Quichotte, 173 pages,
17 euros.

L'auteur, Jean-François Julliard, ancien secrétaire général de Reporters sans frontières est le directeur général de Greenpeace France depuis 2012.

Dans son premier livre, "Les Veilleurs du ciel", Jacques Julliard oppose à la comédie des négociations climatiques, ceux qui sur le terrain font avancer les choses. Du Danemark à l'Inde en passant par l'Île de Sein, l'auteur nous fait rencontrer les acteurs d'une transition voulue vers les énergies renouvelables. "Ces communautés" nous dit Jean-François Julliard, "passent à l'action pour signifier aux dirigeants politiques qu'elles n'ont plus confiance en leur gestion de la crise climatique et qu'elles ne croient plus les promesses des grandes messes onusiennes et des négociations internationales, inaptes à nous sauver".

Deux questions à l'auteur

ddmagazine - La dégringolade des prix du baril de pétrole, de 115 $ à moins de 50 $ aujourd'hui, est-elle de nature à freiner les investissements dans les énergies renouvelables et dans l'efficacité énergétique, et par là même à saper les initiatives de la lutte contre le réchauffement ?

Portariat de Jean-François JulliardJean-François Julliard - La baisse du prix du pétrole remet surtout en cause les ressources fossiles non conventionnelles (pétrole et gaz de schiste) car elles ne sont pas rentables à moins de 80 $ le baril. Même chose pour les forages profonds en mer, en Arctique par exemple. La baisse du pétrole est une baisse stratégique géopolitique. Un jour où l'autre il faudra bien intégrer dans les vrais coûts du pétrole, ses impacts sur l'environnement, par exemple au travers d'un taxe carbone forte.

Et puis le pétrole et l'électricité ne sont pas vraiment en compétition. Dans le monde, le pétrole c'est plus pour les transports et le chauffage, et les renouvelables plus pour l'électricité. Le gaz et le charbon sont les concurrents des renouvelables pour la production d'électricité, pas le pétrole, mais la demande pour le premier est grande, et les conséquences environnementales du deuxième sont immenses, ce qui renforce l'avantage des renouvelables.

En revanche le prix du pétrole à un impact sur la profitabilité de l'efficacité énergétique, par exemple la rénovation des bâtiments chauffés au fioul, mais en France c'est assez mineur.

Dans le monde et en France, les énergies renouvelables ne cessent de progresser en même temps que les coûts du solaire et de l'éolien ne cessent de baisser : en 2014, 50% des nouvelles capacités de production électrique sont renouvelables. Les investissements dans les renouvelables ont maintenant dépassé ceux dans le pétrole.

ddmagazine - Pour la COP21, on assiste à une mobilisation de l'industrie nucléaire française pour présenter le nucléaire comme une solution au problème climatique. Qu'en pensez-vous ?

« Choisir le nucléaire à la place des énergies fossiles, ce serait remplacer la peste par le choléra » Jean-François Julliard - La France a toujours eu la tentation de faire croire que le nucléaire pouvait être une solution au dérèglement climatique [...] mais quoiqu'en dise le gouvernement français, l'énergie atomique n'est pas la solution. Choisir le nucléaire à la place des énergies fossiles, ce serait remplacer la peste par le choléra. Substituer à la menace du dérèglement climatique celle d'une contamination radioactive massive serait irraisonnable et criminel à l'égard des populations. Le nucléaire est une énergie dangereuse et, si elle n'a pas d'impact majeur sur le climat elle en a un sur la pollution de nos sols et de nos océans, sur notre santé et notre alimentation. [...]

La Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) a fait des relevés en Alsace vingt-neuf ans après Tchernobyl. Les résultats sont éloquents : la contamination diminue, mais il reste du césium 137 dans les sols. Pour Roland Desbordes, président de ce laboratoire indépendant, la contamination dans les denrées alimentaires de la région est faible mais elle est chronique [pour les habitants]. Elle est notamment plus importante dans les produits issus du milieu forestier comme le gibier, les baies ou les champignons, dont l'ingestion répétée peut entraîner une exposition non négligeable.

[À Fukushima] des quantités folles d'eau contaminée continuent d'être déversées tous les jours dans l'océan Pacifique et les sous-sols du Japon. Des villes entières ont été désertées en raison des taux de contamination radioactive et ne seront sans doute plus jamais habitables. Quatre ans après l'accident, près de 200 000 personnes ne peuvent toujours pas rentrer chez elles. [...] Des familles ont été brisées, des entreprises ont été mises en faillite, une région entière de la taille de l'île-de-France est marquée pour l'éternité parce que le gouvernement japonais a fait le choix de l'atome pour fournir de l'électricité à sa population.

[En France] même la très officielle Autorité de sûreté nucléaire (ASN) reconnaît que le « risque zéro n'existe pas ». [Nos centrales] sont vieillissantes et deviennent plus vulnérables aux accidents, les matériaux s'usent et tous ne sont pas remplaçables. EDF avait initialement conçu ses centrales pour durer une trentaine d'années mais l'exploitant voudrait prolonger à cinquante voire soixante ans, uniquement pour dégager des profits supplémentaires.

L'argument économique souvent invoqué par les défenseurs du nucléaire n'est plus valable. Dans une étude menée par les cabinets indépendants Global Chance et Wise-Paris, en juin 2014, il était indiqué que le coût de la rénovation obligatoire du parc pour prolonger son exploitation au-delà de quarante ans augmentera le coût de l'électricité à environ 130 euros le mégawattheure. À titre de comparaison, l'éolien terrestre se situe entre 40 et 80 euros le mégawattheure et le solaire deviendra à son tour compétitif d'ici à trois ans à peine.

Deux rapports de la Cour des comptes ont estimé que les coûts de production d'électricité nucléaire auraient augmenté de 20 % en trois ans, en raison des lourds investissements nécessaires pour assurer la sécurité des centrales. La Cour pointait du doigt également des sous-estimations considérables des coûts concernant la gestion des déchets radioactifs et le démantèlement des centrales...

Propos recueillis par courriel ou extraits de l'ouvrage.
Photos de Jean-Francois Julliard par Sophie Daret.

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire samedi 28 novembre 2015 Posté par joel

    merci. je n'y songeait pas,mais maintenant je trouve que votre raisonnement est tout a fait logique

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.