L'éolien : source d'électricité la moins chère en Allemagne et au Royaume-Uni

vendredi 09 octobre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Eolienne dans une zone d'activités près de Edingburh Eolienne dans une zone d'activités près de Edingburh Photo Ross G. Strachan. Licence CC BY-NC-ND 2.0

Une nouvelle étude de Bloomberg New Energy Finance montre que l'électricité photovoltaïque et éolienne est de plus en plus compétitive face au charbon et au gaz. L'électricité nucléaire est la plus chère

Dans sa version actualisée de son étude des coûts de production de l'électricité pour le deuxième semestre 2015 (Levelised Cost of Electricity Update for the second half of 2015), Bloomberg New Energy Finance (BNEF) montre que les coûts de production de l'électricité éolienne et de l'électricité solaire photovoltaïque ont encore baissé, alors que dans le même temps, les coûts de l'électricité au charbon et au gaz ont augmenté.

Dollars par MWh ?

Les chiffres exprimés dans cet article sont les coûts de production actualisés des nouvelles centrales électriques.

L'industrie a l'habitude d'exprimer les coûts de l'électricité en dollars par mégawattheure, en abrégé $ / MWh. Un MWh est égal à 1000 kWh. Les consommateurs ordinaires raisonnent en prix du kWh. Divisez les chiffres de cet article par 10 pour les avoir en centièmes de dollars par kWh, et enlevez 10% pour les avoir en centimes d'euros par kWh.

Selon les auteurs et les modalités du calcul du coût de production actualisé (LCOE), les chiffres peuvent différer, mais l'ensemble des études montrent une rapide décroissance des coûts des renouvelables, pourtant largement moins subventionnées que les énergies fossiles.

Sur la base de milliers de nouveaux projets électriques étudiés dans le monde, BNEF donne les indicateurs de coûts de production actualisés suivants : l'éolien terrestre passe de 85 $ par MWh au deuxième semestre 2014 à 83 $ par MWh pour le deuxième semestre 2015 ; le solaire à partir de panneaux photovoltaïques baisse de 129 à 122 $ ; dans le même temps l'électricité au charbon augmente de 66 à 75 $ sur le continent américain, de 68 $ à 73 $ en Asie-Pacifique, et de 82 $ à 105 $ en Europe ; la production d'électricité au gaz (double cycle combiné) augmente de 76 à 82 $ par MWh sur le continent américain, de 85 à 93$ en Asie-Pacifique, et de 103 à 118 $ en EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique).

Les coûts calculés par BNEF tiennent compte des capitaux propres investis, du coût des emprunts, et des coûts de fonctionnement et de maintenance. Les chiffres de BNEF sont généralement conservateurs car calculés sur un grand nombre de projets de tailles variables et dans toutes les zones du monde.

Parmi les autres technologies de production électrique faiblement émettrice de CO2, l'éolien offshore reste élevé à 174 $ par MWh, l'incinération de biomasse à 134 $ le MWh. Le nucléaire, comme le charbon et le gaz, fait état de différences significatives de coût de production d'une région du monde à l'autre, mais tant en Europe et Aux Etats-Unis qu'au Proche-Orient et en Afrique les coûts de production augmentent : respectivement à 261 $ et 159 $ le MWh.

Australie : photovoltaïque moins cher que le charbon

Si on rentre dans les détails par pays, au Royaume-Uni et en Allemagne, en tenant compte du prix du carbone, l'éolien est maintenant totalement compétitif face au charbon et au gaz : 85 $ par MWh pour l'éolien terrestre contre 115 $ pour le gaz et le charbon au Royaume-Uni ; 80 $ par MWh pour l'éolien terrestre contre 118 et 106 pour le gaz et le charbon en Allemagne.

En Chine, l'éolien terrestre produit de l'électricité à 77 $ par MWh contre 113 pour le gaz, mais le charbon reste très bon marché à 44 $ et le solaire photovoltaïque baisse à 107 $.

En Australie, 4ème producteur mondial de charbon, de grandes centrales solaires photovoltaïque peuvent fournir du courant au coût de 88 $ le MWh, moins cher qu'en Chine, moins cher que le charbon à 123 $ par MWh. Les analystes de BNEF explique le coût élevé de la production électrique au charbon en Australie, par le coût de son financement : "les investisseurs redoutent les effets du charbon sur leur réputation et les risques à long terme d'une réglementation sur le carbone". Le MWh éolien australien est également le plus compétitif de la zone asiatique avec un coût de production de 71 $ le MWh.

L'étude conclut que l'éolien et le solaire photovoltaïque sont maintenant en mesure de concurrencer les moyens traditionnels de production de l'électricité, et ce beaucoup plus rapidement, qu'on pouvait le prévoir 5 ou 10 ans auparavant.

Boom des investisssements aux Etats-Unis

Une autre étude de Bloomberg New Energy Finance concerne les investissements dans les énergies renouvelables au troisième trimestre 2015. Elle montre des investissements en Europe qui sont retombés à leur plus bas niveau depuis 2004, alors qu'ils augmentent de 25% aux USA par rapport à troisième trimestre 2014, à 13,4 milliards de dollars. Mais c'est la Chine qui investit le plus dans les renouvelables avec 26,7 milliards de dollars.

Fait marquant, après plusieurs années médiocres du fait d'un solaire photovoltaïque attractif, les investissements dans la production électrique par des centrales solaires thermiques semblent reprendre, notamment en Chine, en Israël, et en Afrique du Sud.

Autre fait marquant, les capital-risqueurs (venture capitalists) ont investi deux milliards de dollars dans les renouvelables au 3ème trimestre 2015, soit davantage que pendant toute l'année 2014.

Qui se souvient de Bull du Minitel ?

Vu de la France, les chiffres des énergies renouvelables, ont de quoi faire pleurer. L'application mise ici a rater le boom des énergies renouvelables rappelle celle à rater les deux révolutions précédentes, celle de la micro-informatique, puis celle de l'Internet. La première au prétexte que les petits machins de Steve Jobs ou de Bill Gates, ne pourraient jamais concurrencer les puissants mainframes et les armées d'ingénieurs en blouse blanche de notre constructeur national Bull ; la deuxième, au prétexte qu'on ne voyait pas comment on allait pouvoir gagner de l'argent avec cet Internet gratuit auquel on ne comprenait rien alors que notre fierté nationale, le Minitel, faisait les choux gras de l'opérateur téléphonique public France Telecom et d'une petite constellation d'éditeurs et d'industriels.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.