Pourquoi Greenpeace envisage d'investir dans le charbon

vendredi 09 octobre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Exploitation d'une mine de lignite en Allemagne Exploitation d'une mine de lignite en Allemagne Photo Bert Kaufmann. Licence CC BY 2.0

Greenpeace investirait dans le charbon ! La proposition vous paraît saugrenue, mais l'information est sérieuse. Et si elle se confirme l'association montrera une stratégie de lutte contre les crimes environnementaux parmi les plus avancées du monde. Il s'agit en l'occurrence de racheter à l'énergéticien suédois Vattenfall ses activités d'exploitation de la lignite en Allemagne. Explications.

Selon l'agence de presse financière Bloomberg, Greenpeace veut démarrer des négociations avec le suédois Vattenfall pour lui racheter ses mines allemandes de lignite (le charbon le plus polluant) et ses centrales électriques associées. L'ensemble représenterait un investissement de plus de 2 milliards d'euros pour une puissance électrique de 8 gigawatts (l'équivalent de 8 réacteurs nucléaires).

L'idée de Greenpeace est double : le prix d'acquisition final pourrait être affecté par les politiques publiques en faveur de la sortie du charbon en allemagne. Et l'organisation dit que ses donateurs, et le financement participatif de ceux qui veulent sauver la planète pourrait permettre cette acquisition.

Racheter ou tomber de Charybde en Scylla

Pour comprendre l'intention de Greenpeace, regardons un autre exemple, celui d'un autre énergéticien, l'allemand E.ON. En décembre 2014, le géant allemand de l'énergie annonce qu'il veut se défaire de ses centrales nucléaires, au charbon et au gaz et se recentrer sur les renouvelables, les services, les réseaux électriques et gaziers. Une annonce historique que personne n'aurait imaginée. Pour E.ON, le plus gros producteur d'électricité du monde, les grosses centrales électriques centralisées sont un modèle du passé, l'avenir appartient à la production d'énergie décentralisée à partir de sources renouvelables. Techniquement les centrales électriques conventionnelles seront transférées à une nouvelle entité du groupe qui ressemble à une structure de défaisance, appelée Uniper.

Il y a quelques jours, un communiqué de l'Agence Reuters fait état de négociations entre E.ON et le milliardaire russe Mikhail Fridman pour la cession des actifs gaziers et pétroliers de E.ON en mer du Nord. Autrement dit le virage d'E.ON n'est pas du bluff. L'entreprise croit à sa stratégie, elle se défait de ses activités "sales".

Mais pour le citoyen planétaire, c'est un jeu à somme nulle. E.ON se désengage, les russes s'engagent. L'affaire n'est même pas très bonne, puisque le comportement des russes à l'égard des associations environnementales est très loin des standards allemands en la matière (on se souviendra de l'affaire de l'arraisonnement de l'Artic Sunrise de Greenpeace en 2013).

Donc quelle serait la solution ? Puisque certains secteurs de l'industrie se fichent bien de détruire l'environnement et par là même l'humanité toute entière, et que les états ne parviennent pas à enrayer le processus, la seule solution qu'il reste aux citoyens consiste à les racheter. Et en étant malin, il pourrait ne pas nous en coûter plus cher qu'à persévérer dans une direction désastreuse.