Contre le charbon, l'économie en avance sur la négociation climatique

samedi 21 novembre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Ville de Shanghaï Ville de Shanghaï Photo Dove Lee sous licence CC BY-NC-ND 2.0

Le kWh solaire à 6 cts de dollar, l'éolien à 4 cts, 8000 milliards de dollars d'investissements dans le solaire et l'éolien d'ici 2040, contre 4000 dans les énergies fossiles, les prédictions de Bloomberg New Energy Finance.

Michael Liebreich, président du comité consultatif de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), est l'un des meilleurs observateurs du secteur de l'énergie. Il s'exprime à Shanghaï au début du mois de novembre 2015 lors du sommet Future of Energy.

Son intervention est un panorama des changements dans le monde de l'énergie selon BNEF et de ce qu'il adviendra probablement dans les deux décennies à venir. Ajoutées aux engagements des états dans le cadre de la négociation climatique de la COP21, ses prévisions, purement écconomiques, brossent un tableau plus optimiste de notre capacité à faire baisser les émissions de CO2

Vous pouvez regarder ici son intervention en vidéo et télécharger là le PDF de sa présentation, nous en résumons les points majeurs ci-après.

Investissements dans les renouvelables : vers les 1000 milliards de dollars par an

Pendants ces 10 dernières années, accroissement extraordinaire des investissements dans les énergies renouvelables, une multiplication par 3,5 en dollars (de 100 à 350 milliards de dollars) et une multiplication par 7 dans le même temps en puissance (de 20 GW en 2004 à 140 GW en 2014).

Le plus grand facteur d'accroissement en puissance qu'en dollars vient de la réduction, non moins extraordinaire, des coûts des technologies, particulièrement ces cinq dernières années. Michael Liebreich souligne la vitesse incroyable de la croissance des énergies renouvelables et comment les marchés ont toujours dépassé les prévisions de l'Agence internationale de l'énergie.

Par région, la croissance en Europe a été explosive jusqu'en 2011, puis s'est ralentie (66 milliards de dollars en 2014) pour céder le pas à la Chine (89 milliards), au reste de l'Asie (65 milliards, le Japon et l'Inde notamment), et dans une moindre mesure au Etats-Unis (52 milliards). Michael Liebrich insiste sur le rôle des politiques publiques dans la stimulation des investissements et souligne les nouvelles ambitions de l'Australie en matière de renouvelables après la chute du gouvernement Abott.

L'Asie s'envole, l'OCDE cède le pas

En matière de production d'éoliennes, l'Asie domine le marché avec une part de marché de 55 % (45,5 % pour la Chine). Viennent ensuite les Etats-Unis (13%), puis l'Allemagne (8%). Dans le solaire le phénomène est encore plus marquant, avec 91% des panneaux solaires fabriqués en Asie (78% pour la seule Chine). Viennent ensuite les États-unis (6%), puis l'Allemagne (2%).

Les investissements dans les énergies renouvelables sont en plus forte croissance dans les pays hors de l'OCDE et viennent maintenant dépasser ceux fait dans les pays de l'OCDE.

Les énergies fossiles dépassées par les renouvelables

Toujours en matière d'investissements, en 2014, ceux réalisés dans les renouvelables (y compris le gros hydraulique) ont été supérieurs à ceux réalisés dans les énergies fossiles. 295 milliards de dollars contre 289.

BNEF prévoit que d'ici 2040, 65% des 12 000 milliards de dollars d'investissements dans la production électrique seront faits dans les renouvelables.

le kWh solaire à 6 cts, l'éolien à 4cts

Michael Liebreich explique le développement phénoménal des renouvelables par la baisse des coûts. "Nous sommes maintenant dans un monde où le photovoltaïque produit de l'électricité à 6 cts le kWh, pas tous les projets, pas dans tous les pays, mais si nous n'y sommes pas encore, nous y serons bientôt".

"Et maintenant l'éolien, avec des projets produisant de l'électricité à 4 cts de dollars, est la source d'électricité incrémentale la moins chère du monde. Encore une fois il ne s'agit pas de tous les projets, mais l'éolien peut être la source incrémentale de production d'électricité la moins chère comparée à toute autre option".

Les gaz de schiste contre les renouvelables

La production des Etats-Unis est maintenant 2,5 fois supérieure à celle du Quatar (4ème producteur mondial après les Etats-Unis, la Russie et l'Iran. Du fait des progrès technologiques, le nombre de puits à été divisés par 6 entre 2007 et 2015 pendant que la production était multipliée par 8 pour chaque puits avec une baisse des coûts similaire à celle qui s'est opérée dans le solaire photovoltaïque.

Michael Liebreich montre que les prix du gaz dans le monde sont en train de converger à la baisse dans un marché moins régional et plus global pour trois raisons : 1) la présence de gisements non-conventionnels importants dans d'autres régions du monde (la Chine ou l'Argentine par exemple) ; 2) les transferts de technologies ; 3) l'augmentation des capacités de liquéfaction qui permettent le transport dans toutes les régions du monde.

Investissements dans le charbon et le pétrole non rentables

Michael Libebreich montre que pour un dollar investi dans le charbon en janvier 2013, vous avez perdu à peu près 75% de votre investissement aujourd'hui, contre une perte de 5 à 10 % pour un investissement dans le pétrole et un gain de 45 % pour un investissement dans les renouvelables (selon l'indice NEX de Bloomberg NEW Energy Finance).

Aux Etats-Unis nombre de sociétés du secteur du charbon sont en difficulté, en faillite ou sous la protection du juge (Walter Energy, James River, Aplha Natural Resources...). L'éminent analyste de l'énergie explique que la stratégie des acteurs du charbon est maintenant de tenter de subsister dans les pays en développement en associant le charbon à l'idée de prospérité.

À long terme BNEF anticipe des baisses très forte des capacités de production électrique au charbon, aux Etats-Unis bien sûr, mais aussi en Allemagne à partir de 2016 et en Chine aux alentours de 2020. L'Inde en revanche devrait continuer à construire des centrales à charbon à un rythme soutenu de 5 à 10 GW par an, une stratégie considérée comme risquée alors que l'éolien et le solaire y seront compétitifs avec le charbon d'ici 2025.

Gérer l'intermittence, plus facile que l'on ne croît

Selon les prévisions de BNEF, l'Allemagne produira 77% de son électricité à partir de sources intermittentes d'ici 2040, le Royaume-Uni 63%, l'Australie 62%, la Chine 37%, la France 30 % le Japon 20%. Michael Liebreich explique que le recours au stockage n'est pas autant nécessaire que l'on imagine.

Par ordre de coûts croissants, l'analyste liste les solutions pour gérer l'intermittence. D'abord l'efficacité énergétique et les économies d'énergies qui ne gèrent pas l'intermittence à proprement parler mais qui réduisent l'échelle du problème ; ensuite, les prévisions (le calcul) et la gestion de la demande en fonction de la production ; ensuite encore l'investissement dans le réseau et les interconnexions pour avoir le plus grand nombre de sources intermittentes dans un réseau le plus large possible ; et seulement après que tout ceci est mis en oeuvre on peut faire appel au stockage.

Michael Liebreich rapporte que selon le président de 50Hertz, (l'opérateur du réseau de l'ancienne Allemagne de l'Est), il est ainsi possible de se passer de stockage jusqu'à 70% de production électrique intermittente. L'appel aux réserves de capacité (backup), généralement à gaz, se faisant en dernier recours, au coût le plus élevé.

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