Fuite de gaz en Californie, plus grande catastrophe environnementale depuis Deepwater Horizon

dimanche 03 janvier 2016 Écrit par  Yves Heuillard
Site de la fuite. En vignette, image aérienne infrarouge Site de la fuite. En vignette, image aérienne infrarouge Photo CC BY 2.0 Earthworks

Cinquante tonnes de gaz naturel à l'heure, une fuite gigantesque en provenance d'un réservoir de stockage souterrain de la région de Los Angeles nous donne à voir la réalité des pollutions par le méthane.

La fuite de méthane découverte en octobre dernier dans une installation de l'entreprise Southern California Gas Company (SoCal), à Aliso Canyon, n'a pu être enrayée. L'entreprise indique qu'il faudra probablement attendre le printemps avant de pouvoir stopper la fuite. Bien qu'elle soit invisible, c'est la plus grande catastrophe environnementale liée aux combustibles fossiles depuis l'explosion de plateforme pétrolière Deep Horizon (exploitée par BP) dans le Golfe du Mexique en avril 2010. Le réservoir souterrain stocke du gaz pour 20 millions de clients et 14 centrales électriques. Il est alimenté via des gazoducs depuis des sites de production de gaz de schistes distants parfois de plusieurs milliers de kilomètres.

Une petite explication nous semble nécessaire ici. La meilleure façon de stocker le gaz naturel à grande échelle est de l'injecter dans des couches géologiques profondes qui forment des réservoirs naturels, soit sous la forme de cavernes, soit sous la forme de roches poreuses. En Allemagne par exemple, il existe 47 réservoirs souterrains capables de stocker 21,3 milliards de mètres cubes de gaz, à peu près la consommation du pays pour un trimestre (source www.bdew.de).

Y-a-t-il des risques pour le public ? Non répondent les acteurs de l'industrie gazière, le stockage souterrain est absolument sans risque, il est géré par des personnels hautement qualifiés, dans le respect d'une réglementation très stricte, et de programmes de prévention bien établis.

Des milliers de résidents déplacés

Après-nous le déluge...

Une étude de l'Université de Princeton, datant décembre 2014, montre que nombre de puits de pétrole et de gaz abandonnés laissent fuir des quantités de gaz importantes et sont de super émetteurs de gaz à effet de serre. L'étude porte sur le Nord-Ouest de la Pennsylvannie (Etats-Unis) mais les 3 millions de puits abandonnés aux Etats-Unis seraient concernés. Elle apporte de l'eau au moulin des écologistes qui mettent en doute la bonne conduite des acteurs industriels du secteur dans le monde entier.

Mais à Aliso Canyon, des milliers de résidents ont déjà été déplacés et des écoles ont été fermées pour prévenir les risques sur la santé. À ce jour plus de 75 000 tonnes de méthane ont été dispersées dans l'atmosphère (ici un compteur en temps réel) et que, plus lourd que l'air, le gaz s'accumule tel un brouillard invisible dans les environs. Rappelons que le méthane est un combustible moins polluant que le charbon ou le pétrole, mais non brûlé c'est un gaz à effet de serre redoutable. Son impact sur le changement climatique est 72 fois plus grand que le gaz carbonique sur 20 ans, et 25 fois plus sur 100 ans (on trouve parfois les chiffres de 86 et 34 qui tiennent compte d'effets de rétroaction sur les écosystèmes). Les défenseurs de l'environnement estiment qu'en matière d'impact sur le climat la fuite est équivalente à sept centrales thermiques au charbon ou sept millions de voitures. Il s'agit bien évidemment d'un ordre de grandeur.

Pollution invisible

Les fuites de gaz dans les installations industrielles, depuis la prospection jusqu'à la consommation, sont difficiles à estimer ; et comme elles sont invisibles il est relativement facile de les minimiser, voire de nier leur existence en même temps que tout risque pour la santé du public. La fuite de Aliso Canyon, par son échelle, nous permet de toucher du doigt la réalité du risque "méthane", la nécessité de réglementations plus contraignantes, le danger des projets d'exploitation les plus dangereux, notamment en zone arctique. Elle condamne encore un peu plus, s'il était nécessaire, la vision d'un monde basé sur les énergies fossiles.

En tout état de cause, les défenseurs de l'idée que le méthane est une énergie de transition vers le tout renouvelable doivent admettre que, sans précaution extrême, le gaz pourrait être pis que mieux.

La vidéo ci-dessous réalisée en infra-rouge par Environmental Defense Fund (EDF) montre l'importance de la fuite de Aliso Canyon.

 

 

 

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