Hinkley Point : "il apparaît maintenant qu'EDF est peu disposé à y aller"

mercredi 27 janvier 2016 Écrit par  Yves Heuillard

Nick Butler, professeur détaché au Kings College de Londres, spécialiste de l'énergie, éditorialiste du Financial Times, écrit que le projet de deux réacteurs britanniques sur le site de Hinkley Point, projet qui fait l'objet de discussions et d'atermoiments depuis 2013 sera non rentable et qu'EDF est peu enclin à s'y engager. Il invite l'électricien français à ne plus tergiverser et à attendre a minima que tous les problèmes de l'EPR soient réglés.

Alors qu'EDF doit prendre sa décision d'investir 16 milliards d'euros dans la construction de deux réacteurs EPR (pour un coût total estimé à 24 milliards d'euros) sur le site de Hinkley Point au Royaume-Uni, des voix s'élèvent encore pour exprimer les risques d'un tel investissement.

Hier le syndicat des cadres CFE-CGC interpellait la direction d'EDF, faisant valoir qu'il était hasardeux de vouloir construire le premier EPR en 72 mois seulement alors qu'après 110 mois celui de Flamanville n'est toujours pas en fonctionnement et que son coût initial a plus que triplé. Même en Chine, le premier EPR de Taishan, s'il n'est pas encore retardé, sera construit en 86 mois. Et aucun EPR dans le monde n'a encore fonctionné.

Aujourd'hui, dans le Financial Times, Nick Butler, rappelle qu'après la visite du président chinois à Londres en octobre dernier l'accord de construction avait été annoncé comme entériné. Notons d'ailleurs que les Chinois demandaient qu'en cas de dérapages budgétaires, le gouvernement français, autrement dit le contribuable français, en garantisse la prise en charge.

Nick Butler écrit : "Les chinois n'ont pas formellement signé d'accord de financement et maintenant il apparaît clairement que la direction d'EDF est peu disposée à aller dans un projet qui ajouterait encore à ses problèmes financiers , augmentant dettes et risques à un bilan déjà incertain".

Et de rappeler le cours de l'action d'EDF divisé par deux l'année dernière, la difficulté de la reprise de la division "Réacteurs" d'Areva,  le problème de l'EPR finlandais qui pourrait n'être jamais mis en service, la suppression de plusieurs milliers de postes, les difficultés de Flamanville,  l'ambivalence du gouvernement français à l'égard du nucléaire.