Les routes solaires Wattway pourraient consommer davantage d’énergie qu’elles n’en produisent

vendredi 29 janvier 2016 Écrit par  Olivier Daniélo
Les routes solaires Wattway pourraient consommer davantage d’énergie qu’elles n’en produisent Photo de presse © COLAS – Joachim Bertrand

L'idée de routes solaires photovoltaïques pourrait tomber à plat dès qu'il s'agira de trouver les 2700 millions d'euros nécessaires au projet de Ségolène Royal et que le taux de retour énergétique sera mieux connu.

La ministre de l'Écologie, madame Ségolène Royal, veut 1000 kilomètres de routes solaires en France d'ici 5 ans, soit 200 kilomètres par an. Un premier appel d'offre pour une première tranche sera lancé dès le premier semestre 2016.

Le bons sens invite à se dire qu'il doit être bien plus compliqué d'installer des panneaux solaires sur une route et d'y faire rouler des camions, que de les installer sur les toits ou sur des terres de faible valeur agricole, ou même sur l'eau.

Pourtant la route solaire Wattway de Colas, filiale de Bouygues, a déjà reçu le "Trophée solutions climat" pendant la COP21. Mais, selon l'INES (l'institut National de l'énergie solaire), le taux de retour énergétique du système Wattway n'a pas été calculé ; autrement dit le ratio de l'énergie produite sur l'énergie consommée (EROI pour les experts) n'est pas connu. Et l'ADEME indique qu'aucune étude de cycle de vie n'a été réalisée.

À propos de l'auteur

olivier danieloOlivier Danielo est journaliste indépendant, spécialisé en énergies vraiment durables. Collaborations : Editions techniques de l’Ingénieur, Magazine Biofutur, Revue Systèmes Solaires, Revue Politique et Parlementaire.

Sur ce même sujet, l'auteur publie ici un dossier plus complet et plus technique.

En France, les médias se sont enthousiasmés pour l'idée. Mais pour Craig Morris, rédacteur en chef du très respecté magazine Renewables international, "les routes solaires doivent être stoppées".

Même son de cloche sur le site de référence américain, CleanTechnica, qui diffuse une vidéo hilarante expliquant pourquoi cette technologie constitue une impasse, un suicide budgétaire pour les finances publiques, et un suicide tout court pour l'automobiliste.

Pour le Dr Mark Jacobson, du département énergie et atmosphère de l'Université Stanford en Californie, interrogé par courriel "il semble qu'il s'agit d'un façon très inefficiente d'utiliser des fonds peu abondants (this seems like a very inefficient use of scarce funds)".

Pour Yannick Régnier, responsable Territoires au sein du CLER (Réseau pour la transition énergétique) et animateur du réseau TEPOS (territoires à énergie positive), ces routes solaires constituent "une mauvaise idée".

Une équation impossible

Nicolas Ott, ingénieur du corps des Mines, estime que le taux de retour énergétique du solaire photovoltaïque au sol à grande échelle actuel est de 7,5 :1 (rapport de novembre 2015 de la Fondation Nicolas Hulot sur le solaire photovoltaïque + stockage batterie). Compte-tenu du fait que la durée de vie annoncée d'un système Wattway est 40% inférieure à celle retenue dans l'étude de la FNH (25 ans), le taux de retour énergétique est amputé d'autant. Mais il y a d'autres facteurs aggravants.

En France, des panneaux photovoltaïques placés à l'horizontal perdent 10 à 15% d'efficacité comparativement à de panneaux inclinés à 35°. En enfouissant les cellules dans les routes, on les expose à une température plus élevée, ce qui fait également baisser de manière très significative l'efficacité des cellules.

La pollution automobile, les dépôts d'usure des pneus, les salissures de toutes sortes, s'opposent au passage de la lumière solaire. L'ombre des véhicules et celles de l'environnement local (haies, maisons etc.) dégradent encore le rendement. Enfin, selon l'Ines, la nécessité de couches protectrices capables de supporter le poids d'un camion réduisent encore de 2% l'efficacité du système.

Quant au vieillissement, il faut s'attendre qu'en roulant avec des camions de trente tonnes sur des panneaux solaires, ils vieillissent plus vite que lorsqu'il sont sagement posés sur un toit. Au total on peut estimer que le rendement global s'effondre d'un facteur d'au moins 1,6 - et le retour énergétique d'autant. Sur son site internet, Wattway indique que ses dalles solaires "ont fait preuve de leur capacité à résister à un million de passage de roues de camions". Soit, dit autrement, une capacité à résister à 20 jours de trafic sur des axes très fréquentés (5 essieux par camion, 10 000 camions par jour).

Six fois supérieur au coût du photovoltaïque à grande échelle

Le PDG de Colas déclare, dans le journal Le Monde du 14/10/2015, que le coût de Wattway est de 6 euros par watt. Même dans l'hypothèse où ce coût comprend un système complet, et non les modules seuls, c'est 6 fois supérieur au coût du solaire photovoltaïque à grande échelle actuel qui a servi de référence à la Fondation Nicolas Hulot. Or, souligne Nicolas Ott, "ces euros correspondent à de l'investissement énergétique, et impactent par conséquent le retour énergétique".

Quant aux coûts de fonctionnement, (remplacement des cellules abîmées et nettoyage), il est inconnu. Les responsables du projet refusent de communiquer sur ce point . À ce sujet, la vidéo de CleanTechnica est éloquente : un trou sur une route ordinaire, c'est un peu d'asphalte et un coup de rouleau ; sur une route solaire, la réparation demande l'intervention d'électroniciens qualifiés.

Wattway indique que les "surfaces pouvant accueillir ses dalles devront être enrobées et récentes. Elles ne devront pas présenter de fissure, d'ornière, de déformation, ni contenir de l'amiante, et elles devront répondre à un cahier des charges technique et commercial". Vous avez bien lu, "pas d'ornière ni de déformation", une route parfaitement lisse et qui le resterait toujours, le rêve de tous les maires de France, et dont le coût ne peut être qu'astronomique.

"Nous avons mieux à faire"

Sur la base des informations disponibles se dessine déjà un portrait inquiétant : il est probable que le taux de retour énergétique de la route solaire Wattway soit inférieur à 1:1, c'est-à-dire que le système consomme davantage d'énergie qu'il n'en délivre. Ségolène Royal l'a prématurément baptisé « route à énergie positive ».

Raphaël Claustre, directeur du CLER, estime néanmoins que "toute forme d'innovation mérite sa chance, la recherche et le développement doivent nous aider à mettre en œuvre la transition énergétique". Mais l'expert souligne aussitôt "qu'il y a un paradoxe à s'emballer pour des projets dont la faisabilité est encore très complexe alors que la filière solaire sur toiture est techniquement mûre et a tant besoin d'être soutenue".

Et de faire remarquer que nous avons bien mieux à faire : "À quand un soutien au solaire sur-imposé (non intégré au bâti, ndlr) sur les toitures qui coûte moins cher ? À quand un vrai travail sur les coûts du raccordement électrique, très souvent sur-évalués et qui mettent en péril les projets ?".

 

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire dimanche 29 mai 2016 Posté par Lebon

    Cet article est très pertinent.
    Les routes solaires pourraient avoir un sens une fois que toutes les surfaces moins couteuses à recouvrir de panneaux solaires l'auront été.
    Il serait cependant judicieux de couvrir quelques km d'une route, afin d'avoir un test de longévité , pour le jour où ça sera utile.

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