Compensation des émissions des avions : les associations dénoncent une imposture

lundi 04 avril 2016 Écrit par  rédaction

Alors que les membres de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI) se réunissent pour deux jours aux Pays-Bas afin de discuter de leur action pour faire face au changement climatique, plus de 80 organisations internationales leur demandent de renoncer à la compensation carbone et d'adopter un plan qui réduit véritablement leurs émissions.

L'aviation est l'un des deux seuls secteurs au monde à ne pas avoir d'objectifs de réduction d'émissions. Suivant le scénario tendanciel, les émissions du secteur de l'aviation pourraient augmenter de 300% à 700% d'ici 2050 bien que ce moyen de transport ne soit utilisé que par 3 à 7% de la population mondiale. L'OACI a l'intention d'adopter des mesures qui permettront d'atteindre une "croissance neutre en carbone" d'ici 2020[1]. Elle propose, pour cela, d'utiliser la compensation carbone via un mécanisme de marché mondial (1). Par compensation comprenez planter des arbres.

Pour les associations le carbone séquestré dans les forêts est déjà comptabilisé dans les bilans nationaux de gaz à effet de serre, à travers les contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN). La compensation carbone forestière ne permet aucune réduction d'émission permanente puisque les stocks de carbone des forêts sont réversibles.

"La compensation carbone ne permet pas de réduire les émissions relâchées dans l'atmosphère", déclare Maxime Combes, porte-parole d'Attac France sur les enjeux climatiques. "Au contraire, la compensation carbone est un moyen de se détourner de l'essentiel : au rythme actuel, il ne faudra que six années pour que le cap des 1,5°C soit hors de portée. Réduire massivement les émissions mondiales, sans mécanisme de compensation, est le seul choix possible, y compris dans le secteur de l'aviation."

Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour les Amis de la Terre France explique: "Ce plan n'est pas une surprise : depuis plusieurs années, Air France s'est lancé dans un projet de compensation carbone à Madagascar qui exacerbe les tensions avec les communautés[2]. Au départ, il s'agissait d'un projet scientifique puis d'un projet de compensation carbone volontaire et, avec la proposition de l'OACI, ce projet pourrait devenir un moyen d'éviter d'indispensables efforts de réduction des émissions."

Si vous n'avez pas tout compris, imaginer que votre conjoint(e) défende l'idée qu'il pourrait vous tromper s'il compensait son action par une incitation financière à la fidèlité offerte à un autre couple à l'autre bout du monde...

Notes
(1) Pour parvenir à une croissance neutre en carbone, l'OACI propose d'améliorer le rendement du carburant de la flotte aérienne mondiale d'1,5 % par an en moyenne (un but quasiment déjà dépassé), de stabiliser les émissions nettes de CO2 de l'aviation aux niveaux de ceux de 2020, grâce à la soi-disante "croissance neutre en carbone", et de réduire de moitié les émissions nettes de CO2 de l'industrie d'ici 2050, par rapport à 2005. Plus de détails ici.
(2)Voir le rapport "REDD+ à Madagascar : le carbone qui cache la forêt" (Basta! et Amis de la Terre France, 2013)