Paris se trompe de course automobile

lundi 04 avril 2016 Écrit par  Yves Heuillard
Paris se trompe de course automobile Photo de presse FIA Formula-e

Le 23 avril prochain aura lieu à Paris, autour des Invalides, le grand prix de France de Formule E. Organisée par la Fédération internationale de l'automobile c'est une course à la manière d'un grand prix de Formule 1, mais les voitures, des bolides de 270 chevaux, sont électriques. L'idée est de promouvoir la voiture électrique et avec elle l'imbécillité de la voiture individuelle, de la puissance et de la vitesse dans les zones urbaines.

Chacun sait que la voiture individuelle n'est pas la solution aux problématiques de transports urbains, qu'elle est excessivement chère, coûte à la collectivité, ruine les ménages, isolent les gens, et que tous comptes faits, en ville, elle ne dépasse pas la vitesse d'une bicyclette.

Chacun sait que la voiture électrique, dans un monde où l'électricité est produite aux deux tiers par des combustibles fossiles, ne résout pas davantage les problèmes de pollution, du moins globalement. Faut-il rappeler que la production électrique a généré 12,1 milliards de tonnes de CO2 en 2014, deux fois plus qu'en 1990, 38% des émissions mondiales contre 30% en 1990.

Mais soit, faisons l'apologie de la voiture, mais alors pas celle de la puissance et de la vitesse, de l'accomplissement viril et du temps perdu derrière un volant, mais celle de l'économie d'énergie, de l'économie tout court, de l'efficacité, de l'agilité, de la légèreté, de l'intelligence, du partage, de la sobriété.

Malgré la problématique climatique l'industrie automobile rêve de continuer à vendre des engins de 1500 kg, de plusieurs centaines de chevaux et d'un luxe inouï pour transporter à grand frais nos quelques dizaines de kilos sur des infrastructures encombrées, construites et entretenues (quand elles le sont encore) à grand frais par la collectivité.

Par le truchement de l'électricité la voiture serait devenue propre. On oublie que les grands marchés de l'automobile, le marché chinois en tête, produisent majoritairement leur électricité au charbon. Faut-il continuer à souscrire au modèle automobile ? Déjà dans les années 70 des voix s'élevaient pour dénoncer l'anachronisme de l'automobile dans les villes. Un autre temps est venu et on pensait Paris acquis aux transports doux, mutualisés, publics et efficaces.

Londres organisera par exemple du 30 juin au 3 juillet prochain le Shell Eco-Marathon qui vise précisément à récompenser les concepteurs de véhicules très économiques (moins de un dixième de litre aux cent km pour les modèles à essence !), c'est nettement mieux. Mais pourquoi pas une compétition en conditions réelles entre cyclistes et automobilistes depuis la descente du train Gare de Lyon à 8h45 jusqu'à l'arrivée au bureau Porte de Clichy. Juste pour rire...

Dans la perspective d'une électricité de plus en plus renouvelable, rendons grâce malgré tout aux toutes petites voitures électriques, au modèle Twizy de Renault par exemple, et mesurons le manque de courage politique, ou à tout le moins le manque d'imagination, ou de conscience sincère des enjeux environnementaux et sociaux, à l'absence de taxation des véhicules individuels selon leur poids.