Les effets des ondes électromagnétiques sur la santé connus depuis longtemps

lundi 30 mai 2016 Écrit par  Yves Heuillard
Vieilles antennes radar datant de la 2ème guerre mondiale (U.K) Vieilles antennes radar datant de la 2ème guerre mondiale (U.K) Photo CC BY-ND 2.0 Darren Flinders

Les effets de l'exposition aux ondes électromagnétiques sur la santé ne sont pas une nouveauté. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les scientifiques n'ont cessé de les mettre en évidence et de les étudier. Ce qui est récent, c'est la dimension du problème et les intérêts en jeu.

Le développement des nouvelles technologies de la téléphonie mobile, en ce moment de la 4G, suppose l'installation de nouvelles antennes par les opérateurs et par voie de conséquence une augmentation de l'exposition des populations aux ondes électromagnétiques.

D'un côté les opérateurs de téléphonie, pour des raisons économiques, appellent à ce que ne soient pas remis en cause les seuils limites d'exposition (considérés comme très laxistes en France) ; d'un autre, nombre d'associations, de médecins, de scientifiques, de parlementaires tirent la sonnette d'alarme et nombre de personnes se plaignent de pathologies diverses qu'elles attribuent aux ondes.

Si la problématique de la dangerosité des ondes électromagnétiques vous paraît nouvelle détrompez-vous. Selon les propres termes d'un ouvrage publié sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé (voir plus bas) «  l'observation d'effets biologiques associés à l'exposition aux hyperfréquences a commencé d'être jugée préoccupante au début des années 40 ». Le sujet a fait l'objet de très nombreuses recherches depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, notamment pour protéger les opérateurs radars, et les scientifiques n'ont cessé d'alerter les organismes de santé.

En novembre 1971 déjà, le Bureau régional de I'OMS pour I'Europe réunit à la Haye un groupe de travail et recommande que « la protection de l'homme contre les risques associés aux hyperfréquences soit considérée comme une activité prioritaire en matière de protection contre les rayonnements non ionisants ».

Mais les progrès en matière de protection (techniques et réglementaires) ne peuvent pas suivre le développement exponentiel des communications hertziennes. En mai 2015, 220 scientifiques de 42 pays regroupés au sein de l'International Electromagnetic Fields Alliance ont encore lancé un appel solennel (EMF Scientist Appeal) aux Nations Unies pour accorder la plus haute priorité à la réduction de l'exposition du public aux ondes.

Notre lecteur trouvera ci-dessous quelques références qui ne visent qu'à montrer que le problème n'est pas nouveau, qu'il est posé depuis des décennies exactement dans les mêmes termes qu'aujourd'hui. Il faut toutefois garder à l'esprit qu'avant les années 90, le problème concernait essentiellement les professionnels, et que les doses de rayonnement reçues pouvaient être temporairement très élevées.

Aucun doute sur les effets biologiques

Depuis les années 40 jusqu'au début des années 90, les effets biologiques de l'exposition aux sources électromagnétiques chez les professionnels ont été très largement observés et décrits dans tous les pays. Et aucun doute n'est émis sur l'existence de ces effets biologiques.

Mais dès lors que l'exposition concerne le public, du fait développement de la téléphonie mobile à partir des années 90, ces effets sont mis en cause, notamment par une partie de l'industrie de la téléphonie mobile, au motif que les valeurs d'exposition ne seraient pas suffisantes.

Principe de précaution

L'association "Robin des Toits" a déposé le 10 mai 2016 un recours devant le Conseil d'État contre le refus de l'État d'appliquer le principe de précaution pour la détermination des valeurs limites d'exposition du public aux ondes.

L'association considère que le décret du 3 mai 2002 qui fixe les valeurs limites d'exposition du public est contraire au principe de précaution dans la mesure où ces valeurs ont été arrêtées par rapport aux effets avérés des ondes sur la santé humaine.

Or, afin que le principe de précaution soit respecté, il convient de prendre en compte les risques potentiels et pas seulement les effets avérés sur la santé.

Or si les professionnels qui travaillent sur les antennes et les équipements de télécommunication sont effectivement soumis à des doses de rayonnement très élevées, ils ne le sont que périodiquement. À l'inverse, les populations sont aujourd'hui soumises 24h/24 à des champs relativement faibles, émanant de sources d'émission nombreuses dans des gammes de fréquences et des formes d'ondes très variées et très complexes.

La concordance des symptomatologies relevées par les scientifiques des années 70 et 80 avec celles relatées aujourd'hui par d'autres scientifiques, médecins ou associations, interpelle. En tout état de cause cette concordance devrait interpeller la puissance publique.

Et au moment même où une étude du Département fédéral américian de la santé montre un lien sans équivoque entre cancer et ondes de la téléphonique mobile, il conviendrait d'appliquer enfin le principe de précaution (voir encadré ci-contre).

OMS, 1973 – Troubles neurologiques, affections vasculaires, maladie des ondes

Les minutes d'un symposium organisé à Varsovie en 1973 sous l'égide de l'OMS sur le thème des dangers des micro-ondes, reflètent l'état des connaissances de l'époque en la matière.

Les présentations d'une soixantaine de scientifiques y sont rassemblées dans un document de 380 pages. Elles établissent sans équivoque l'influence des ondes sur le métabolismes des cellules, le système nerveux central, les fonctions vasculaires, même à des doses considérées comme faibles à l'époque mais pendant des durées courtes en comparaison des durées d'exposition d'aujourd'hui.

La scientifique polonaise Maria Sadickova, qui a étudié des centaines de travailleurs exposés au rayonnement électromagnétique décrit la « maladie des ondes » chez certains travailleurs, notamment ceux exposés aux fréquences de la téléphonie mobile d'aujourd'hui.

Le document titré Biologic effects & Health Hazards of Microwave Radiation semble avoir disparu de la base de donnée Iris de l'OMS mais il reste trouvable sur internet. Un autre ouvrage publié par l'OMS en 1985 sous le titre de « La protection contre les rayonnemenents non-ionisants » a disparu. Il a été remplacé en 1991 par une deuxième édition largement édulcorée.

Nasa, 1981 - Maux de têtes, sommeil perturbé, problème de mémoire, irritabilité

Une étude de la Nasa datant de 1981 et titrée Electromagnetic Field interaction with the human body : observed effects and theories, fait état de troubles divers dont maux de tête, sommeil perturbé, vertiges, problèmes de mémoire, irritabilité, fatigue, modification de la formule sanguine, modification des chromosmes des cellules du sang, problèmes de fertilité, accélération des processus cancéreux. L'étude fait également état de l'utilisation des champs ectromagnétiques en médecine, notamment dans la stimulation de l'ostéogenèse, ou dans le traitement des cancers.

OMS, 1960-1980 - Céphalées, irritabilité, troubles du sommeil, asthénie

L'ouvrage « Critères d'hygiène de l'environnement - Fréquences radioélectriques et hyperfréquences » publié en 1981 sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'environnement, de l'Organisation Mondiale de la Santé et de l'Association internationale de radio-protection rassemble les résultats de nombreuses études publiées pendant plus de deux décennies.

On y lit notamment que l'« on a démontré qu'une exposition prolongée et faible peut avoir des effets sur l'animal au niveau du système nerveux, du système hématopoïétique et des cellules immunocompétentes. De tels effets ont été rapportés chez des petits animaux (rongeurs) exposés d une densité de puissance incidente ne dépassant pas 0,1- 1,0 mW/cm². Au niveau du système nerveux, les effets signalés comportent des altérations bioélectriques, métaboliques et structurales (au niveau cellulaire et infra-cellulaire) ainsi que des modifications du comportement. »

Le même document fait état d'altérations fonctionnelles au niveau du système nerveux et de l'appareil cardiovasculaire de plus de 1000 professionnels exposés périodiquement à des champs électromagnétiques (avec des densités de puissance allant de 0,01 à 10 mW/cm²) et observés au cours d'une période de 10 ans.

« Avant la fixation de normes de sécurité » dit l'étude [chapitre 8.1] « on a observé dans certains pays que l'exposition professionnelle aux micro-ondes provoquait l'apparition de troubles du système nerveux central et du système nerveux autonome, des syndromes asthéniques et divers autres effets chroniques. » Parmi les symptômes citons céphalées, irritabilité, troubles du sommeil, asthénie, baisse de 1'activité sexuelle (affaiblissement de la libido), douleurs thoraciques et sentiment général de mauvaise santé mal défini.

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