Contre le charbon et le gaz bon marché, le solaire et l'éolien encore moins chers

vendredi 17 juin 2016 Écrit par  Yves Heuillard
Solar Technology Acceleration Center (USA) Solar Technology Acceleration Center (USA) Photo IIP Photo Archive (CC BY-NC 2.0)

Le charbon et le gaz bon marché n'empêcheront pas la décarbonisation de la production électrique mondiale car les coûts du solaire et de l'éolien ne cessent de baisser. C'est la conclusion du rapport New Energy Oultook 2016 de BNEF.

Selon la dernière édition du rapport "New Energy Outlook 2016" de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), les prix des combustibles fossiles devraient se maintenir plus bas encore que prévu dans l'édition précédente, mais parallèlement les coûts de production de l'électricité éolienne et solaire baissent encore plus.

Néanmoins, concernant les émissions de gaz à effet de serre, les prévisions des analystes de Bloomberg sur la période 2016-2040 ne sont pas en accord avec les objectifs d'un réchauffement limité à 2°C. Sur la période, malgré des investissements de 9 200 milliards de dollars dans les énergies renouvelables (370 milliards de dollars par an), les émissions liées à la production électrique augmentent jusqu'à à 13,8 Gt en 2027.

La réduction des émissions en Europe, aux États-unis et en Chine est oblitérée par le développement du charbon en Inde et dans les autres pays émergents du sud-est asiatique. En 2040, les émissions mondiales sont encore en augmentation de 5 % par rapport à 2015. 5 300 milliards de dollars supplémentaires dans les renouvelables seraient nécessaires (sur 25 ans) pour atteindre un niveau d'émissions de la production électrique en accord avec l'objectif de 2°C.

Principales conclusions des analystes de Bloomberg New Energy Finance

Bloomberg New Energy Finance a réduit ses prévisions à long terme pour le charbon et le gaz, de 33% et 30% respectivement. Ce qui réduit le coût de la production électrique correspondante.

Les coûts de l'éolien et du photovoltaïque diminuent fortement. Les coûts moyens de l'électricité éolienne baisseront de 41% en 2040, et de 60% pour le solaire photovoltaïque. Ces deux technologies offriront les moyens les moins coûteux de produire de l' électricité dans de nombreux pays au cours des années 2020 et dans la plupart des pays du monde dans les années 2030.

À noter que, de façon concomitante, un rapport de l'Irena (International Renewable Energy Agency) prévoit des baisses des coûts de l'électricité éolienne et solaire encore plus élevées : 26% et 59% respectivement d'ici 2025.

croissance comparée des systèmes de production électrqiue
Prévisions de croissance de la production électrique par source. Source Bloomberg New Energy Outlook 2016

Les combustibles fossiles attirent 2 100 milliards de dollars sur la période, principalement dans les pays émergents. 1 200 milliards iront vers de nouvelles capacités de production au charbon et 892 milliards dans de nouvelles centrales à gaz.

Mais les énergies renouvelables prennent la part du lion. 7 800 milliards de dollars seront investis dans les énergies vertes, dont 3 100 milliards pour l'éolien à terre et en mer. Le solaire à grande échelle et sur les toits attire 3 400 milliards de dollars, et l'hydraulique 911 milliards.

Le développement de la voiture électrique augmente la consommation mondiale d'électricité de 8% à l'horizon 2040, soit 2 700 TWh. Les analystes de Bloomberg prévoient qu'à cette date les véhicules automobiles légers représenteront 35% des ventes annuelles, soit 41 millions de voitures.

La hausse des ventes des véhicules électriques va faire baisser le coût des batteries lithium-ion, ce qui les rend plus attrayantes pour être déployées avec des systèmes solaires résidentiels et commerciaux. Les solutions de stockage "derrière le compteur "vont passer d'environ 400MWh aujourd'hui à près de 760GWh en 2040, soit un marché de 250 milliards de dollars.

En Chine la production de charbon ne sera pas aussi importante que prévu précédemment. Des changements dans l'économie chinoise et le développement des renouvelables aboutissent à une production d'électricité au charbon de 1 000 TWh dans 10 ans soit 21% de moins que le chiffre de Bloomberg de l'année dernière (1000 TWh c'est à peu près 2 fois la production électrique française, ndlr).

C'est l'Inde qui détient la clé de l'évolution des émissions mondiales. Sa demande d'électricité devrait croître d'un facteur 3,8 entre 2016 et 2040. En dépit d'investissements de 611 milliards de dollars dans les énergies renouvelables au cours des 24 prochaines années, et 115 milliards dans le nucléaire, l'économie indienne continuera à dépendre fortement du charbon. Ce qui devrait entraîner un triplement des émissions annuelles de son secteur énergétique en 2040.

L'éolien, le solaire, l'hydraulique et les autres énergies renouvelables vont générer 70% de l'électricité européenne en 2040, contre 32% en 2015. Aux États-Unis leur part passera de 14 % en 2015 à 44% en 2040 alors que la part du gaz se réduira de 33% à 31%.

Pas d'âge d'or du gaz

Pour Jon Moore, directeur général de Bloomberg New Energy Finance, "le New Energy Outlook 2016 montre une trajectoire de prix nettement plus faible pour le charbon et le gaz que celle que nous avions prévu en 2015 mais étonnamment, il montre aussi une transition rapide vers les énergies propres au cours des prochaines 25 ans."

Pour Elena Giannakopoulou, économiste du projet, "l'une des conclusions qui peut surprendre est que nos prévisions ne font pas état d'un âge d'or du gaz, sauf en Amérique du Nord. Du point de vue de la production mondiale d'électricité, le gaz sera dépassé par les renouvelables en 2027 et il faudra attendre 2037 pour que le charbon soit dépassé lui aussi".

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