Charbon ou renouvelables ? La Turquie à la croisée des chemins

mercredi 22 juin 2016 Écrit par  rédaction

Avec 71 projets dans les cartons, la Turquie est le 4eme pays ayant le plus de projets de centrales à charbon au monde. Si ces projets sont concrétisés, la Turquie verra ses émissions doubler et deviendra le 20eme émetteur mondial de GES.

Selon une étude de l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) intitulée "Turkey at a Crossroads: Invest in the Old Energy Economy or the New?" la Turquie commettrait une erreur historique en investissant lourdement dans une nouvelle flotte de centrales thermiques au lignite, le type de charbon le plus polluant.

Le nouveau dispositif de subventions aux centrales à lignite (actuellement en cours d'examen) coûterait à l'Etat turc 1,1 milliard de dollars de subventions par an lors de son entrée en vigueur, ce qui correspond à une hausse du prix de l'électricité de 19 % si ce coût est répercuté dans les factures des consommateurs. A terme, il coûterait même 2 milliards d'euros par an, soit une hausse de prix de 29 % (alors que le pays accorde déjà jusqu'à 1,6 milliard de dollars de subventions aux énergies fossiles - source: Oil Change International). Il aurait aussi pour effet d'entraver la concurrence sur le marché de l'électricité.

Pour l'IEEFA, il est clair qu'il existe en Turquie un consensus national pour améliorer la sécurité énergétique et diversifier les sources d'approvisionnement du réseau électrique, mais ces objectifs peuvent être atteints en développant les renouvelables, pour lesquels la Turquie dispose d'un potentiel très important. Rappelons que la Turquie a seulement 0,3 GW de capacités solaires installées, contre 7 GW pour l'Espagne et 40 GW pour l'Allemagne. L'IEEFA note aussi qu'au niveau mondial, l'investissement dans le charbon se réduit fortement alors que celui dans les renouvelables augmente.

De plus, l'IEEFA alerte sur le risque que ces centrales deviennent des "actifs dévalorisés" ("stranded assets"), notamment à cause du développement de renouvelables à plus bas coût, ce qui pourrait déstabiliser le secteur bancaire turc, appelé à financer massivement ces centrales alors que la plupart des grandes banques internationales tournent le dos au charbon.

"Avec ses avantages technologiques, sa structure de coûts décroissante, ses bénéfices environnementaux, et des sources de financement en croissance, l'énergie renouvelable serait une meilleure option que le lignite pour permettre à la Turquie d'accroître durablement sa compétitivité économique", estime l'IEEFA.

Une autre étude publiée par le Istanbul Policy Center de l'Université Sabanci, et titrée "Coal Report: Turkey's Coal Policies Related to Climate Change, Economy and Health", qui estime que la politique énergétique du pays menace de mettre en danger l'atteinte des objectifs de l'Accord de Paris sur le climat, et appelle le gouvernement à éliminer tous les soutiens publics au charbon et mettre fin aux politiques visant à accroître la part du charbon dans la génération électrique.

Via Benjamin Jullien de European Climate Foundation.

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