Production électrique mondiale et émissions de CO2 jusqu'en 2015

mardi 19 juillet 2016 Écrit par  rédaction
Plus de 66% de l'électricité est d'origine fossile Plus de 66% de l'électricité est d'origine fossile Photo CC Tennessee Valley Authority

Forte croissance de la production électrique entre 2005 et 2015, croissance dominée par les combustibles fossiles et dans une moindre mesure par les nouveaux renouvelables. Seule l'électricité nucléaire est en recul.

Bernard Chabot, analyste expert du secteur de l'énergie vient de publier une analyse des évolutions de la production mondiale d'électricité par source et ainsi que des émissions de CO2 associées. L'expert compile de façon lisible et synthétique des données de BP (BP Statistical Review 2016) et de l'Agence internationale de l'énergie (CO2 Emissions from fuel combustion, 2014 & 2015 Editions).

L'étude complète à télécharger

Bernard Chabot, économiste de l'énergie, expert en énergies renouvelablesBernard Chabot est ingénieur Arts et Métiers et économiste de l'énergie, consultant, formateur en énergies renouvelables et efficacité énergétique.

Son étude complète "Analysis of the Global Electricity Production up to 2015 With a Focus on the Contribution From Renewables and on CO2 Emissions" est disponible à titre gracieux. L’auteur ne peut être tenu pour responsables des conséquences de décisions découlant de son utilisation.

Ci-après quelques résultats remarquables et ci-contre l'accès au document intégral de l'étude d'abord publiée sur le site de Renewable International (141 pages et presqu'autant de tableaux et graphiques). En annexe 1 et 2 on trouve les pays classés en fonction du développement des renouvelables et de la production conventionnelle, ainsi que par l'intensité CO2 du kWh.

Evolution de la production électrique mondiale

De 2005 à 2015 la production électrique annuelle mondiale s'est accrue de 31% pour atteindre 24 098 TWh en 2015.

Par rapport à 2005, les 5740 TWh supplémentaires viennent majoritairement des combustibles fossiles (+ 3663 TWh), puis des renouvelables (+ 2 268 TWh). Le nucléaire est la seule source d'électricité dont la production annuelle a décru entre 2005 et 2015 (- 191 TWh). La part du nucléaire dans la production électrique était de 17,6% en 1996, elle n'est plus que de 10,7 % en 2015.

Sur 10 ans la croissance moyenne annuelle de la production électrique est de 2,8% par an, mais elle est seulement de 0,9% entre 2014 et 2015. Bernard Chabot montre que la croissance annuelle de la production d'électricité se ralentit, avec de nombreux pays de l'OCDE faisant récemment état de croissances négatives. Les exceptions notables de ce ralentissement sont l'Inde, le Canada et l'Arabie Saoudite.

graphique de la production électrique mondiale par source
L'electricité fossile ne passe pas sous la barre des 66%. 23,2% de l'électricité est renouvelable.

La part de production électrique renouvelable dans le monde s'accroît de 17,9 % de la production mondiale en 2005 à 23,2% en 2015 (+ 2268 TWh dont 1023 pour l'hydraulique et 1245 pour les autres renouvelables).

La croissance de production d'électricité d'origine hydraulique (3% en moyenne par an) n'est que légèrement supérieure à la croissance de la production totale. Sa part de marché est de 16,4% en 2015.

Graphique de l'évolution de la production electrique renouvelable jusqu'en 2015
La très forte croissance des nouveaux renouvelables sera insuffisante sans intensification de l'efficacité énergétique

La production éolienne bondit d'un facteur 8,06 (toujours sur 10 ans) pour atteindre 841 TWh en 2015. Croissance moyenne annuelle de 23,2%.

La production électrique solaire (principalement photovoltaïque) est multipliée par 64 entre 2005 et 2015, une croissance moyenne explosive de 51,6% par an pour atteindre 253 TWh en 2015.

Historiquement, jusqu' aujourd'hui, les combustibles fossiles n'ont jamais produit moins des 2/3 de l'électricité mondiale.

Les émissions de CO2 par kWh désespérément constantes

D'après les données statistiques de BP, les émissions de CO2 sont en augmentation de 0,1% en 2015 (33,5 Gt), 55% de plus qu'en 1990. La Chine et les USA représentent 44% de ces émissions et les vingt plus gros émetteurs 80% du total.

Depuis 1990 la croissance des émissions dans le monde est de 55%, et de 17,4% depuis 2005. En référence aux mêmes années (1990 et 2005) les émissions augmentent respectivement d'un facteur 4 et 1,5 pour la Chine, 3,7 et 1,8 pour l'Inde, 3 et de 1,7 pour l'Arabie Saoudite, +6% et -10% pour les États-Unis, l% et -8% pour l'Allemagne.

Les émissions mondiales de CO2 cumulées provenant de la combustion des combustibles fossiles entre 1965 et 2014 étaient 1120 Gt. Si on extrapole cette croissance sur les 15 prochaines années on aboutit à un résultat incompatible avec le budget carbone maximum requis pour avoir une chance suffisante de limiter le réchauffement planétaire en 2100 sous la limite +2° C par rapport au début de la révolution industrielle.

La teneur moyenne en CO2 du kWh d'électricité est désespérément constante depuis 1990 à une valeur trop élevée de plus de 525 gCO2 / kWh.

Priorité absolue

Pour Bernard Chabot la "décarbonisation" du kWh électrique mondial doit être une priorité absolue. Et pour cela, les énergies renouvelables combinées à l'efficacité énergétique sont le meilleur choix technique et économique, avant le passage du charbon au gaz, la capture et le stockage du carbone, ou encore le nucléaire comme les chiffres de leur développement en attestent.

La part des émissions totales de CO2 provenant de la production d'électricité est partout en augmentation, en particulier en Chine (de 26% en 1990 à 45% en 2012), dans les autres pays non membres de l'OCDE (de 27 à 37%), dans les pays de l'OCDE (de 34 % à 38%), en Inde (de 40% à plus de 53%). Les États-Unis et l'UE-28 sont les deux seuls pays où la croissance de ce pourcentage est faible depuis 1990, pour aboutir à respectivement à 33% et 41% en 2012.

Pour Bernard Chabot, en raison du développement rapide et de la baisse des coûts des énergies renouvelables, de la contribution décroissante du nucléaire, de la forte croissance de la production d'électricité à partir de combustibles fossiles et des émissions de CO2 associées, les mesures pour lutter contre le changement climatique du secteur électrique devraient se concentrer sur les points suivants : gestion de la demande, efficacité énergétique, politiques publiques pour promouvoir le développement des renouvelables (dont accès prioritaire au réseau et tarifs d'achat équitables et incitatifs).

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.