Les chiffres du réchauffement climatique s'envolent

jeudi 04 août 2016 Écrit par  Yves Heuillard
Observation d'un cyclone depuis la Station spatiale internationale Observation d'un cyclone depuis la Station spatiale internationale Photo CC Nasa

L'humanité est confrontée à un environnement jusque là inconnu, avec des températures de l'atmosphère et des océans qui ont atteint de nouveaux records en 2015. Et 2016 est bien partie pour être pire

L'État du climat (State of climate) est un rapport annuel publié par l'American Meteorological Society et réalisé sous la direction du NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) avec la participation de centaines de scientifiques de 62 pays (1). D'après le rapport, la température moyenne à la surface de la planète s'est encore accrue de 0,1 °C en 2015 ce qui en en fait l'année la plus chaude depuis l'époque préindustrielle.

La température moyenne de la surface des océans ainsi que la chaleur moyenne contenue dans la partie supérieure des eaux atteignent elles aussi de nouveaux records (90% de l'excès de chaleur généré par le changement climatique sont absorbés par les océans).

planisphère terrestre et réchauffement

Bactéries du charbon ressuscitées

Sibérie, fin juillet 2016, 2300 rennes meurent de la bactérie du charbon et infectent une dizaine de leurs éleveurs nomades, pendant que des troupeaux entiers sont mis en quarantaine.

La dernière épidémie sérieuse datait de 1941 mais à la faveur de l'augmentation de température (+6°C) les sols dégelés libèrent des spores de la bactérie du charbon (qui peuvent survivre plus d'un siècle dans le permafrost). Les vecteurs des épidémies meurtrières des 18ème et 19ème siècle pourraient réapparaître

Les auteurs du rapport soulignent que ces résultats sont dus à la conjonction du réchauffement du fait des émissions de gaz à effet de serre et du phénomène El Niño qui a lieu dans l'océan Pacifique équatorial.

Interrogé par le quotidien britannique The Guardian, le climatologiste de l'Université de Pennsylvanie Michael Mann indique que "les effets du changement climatique ne sont désormais plus de l'ordre du subtile, ils se déroulent devant nous, en temps réel, c'est que nous font saisir les résultats de 2015".

CO2 supérieur à 400 ppm

Pour la première fois, la concentration de gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère, mesurée à Hawaï, dépasse les 400 ppm (parties par million). Mesurée à 400,8 ppm, elle a augmenté de 3,1 ppm depuis 2014, ce qui en fait la plus grande augmentation jamais enregistrée depuis 58 ans.

Le niveau des mers est également à son plus haut avec une augmentation de 70 mm depuis 1993, année du démarrage des mesures altimétriques par satellite.

Les chiffres que nous venons de citer sont des moyennes planétaires. Le rapport du NOAA précise les variations régionales. Ainsi la surface au niveau du sol de l'Océan Arctique a augmenté en moyenne de 2,8°C depuis le début du 21ème siècle avec dans certaines régions des chiffres de 8°C supérieurs à la moyenne. En 2015 l'étendue maximale des glaces, atteinte en février, a été la plus faible depuis 37 ans (7% en dessous de la moyenne 1980-2010). L'étendue minimale des glaces, atteinte en septembre, a été 29% moindre que la moyenne de 1980 à 2010 : c'est la 4ème plus basse valeur depuis le début des mesures.

Plus des 2/3 de l'électricité restent d'origine fossile

La teneur moyenne en CO2 du kWh d'électricité est désespérément constante depuis 1990 à une valeur trop élevée de plus de 525 gCO2 / kWh. Voir tous les chiffres de la production mondiale d'électricité jusqu'en 2015.

Le rapport du NOAA fait aussi état des impacts du réchauffement, notamment sur les ressources halieutiques, la faune marine, le développement des algues, la couverture neigeuse, le nombre et la force des cyclones, des inondations, des sécheresses.

De son côté l'Organisation des Nations unies a déjà fait savoir que 2016 devrait battre à nouveau ces records (2).

Le rapport complet "State of Climate" est téléchargeable sur le site de l'American Meteorological Society. Une carte intercative des évenements climatiques extrèmes de l'année est également consultable.

Références
1) Blunden, J., and D. S. Arndt, Eds., 2016: State of the Climate in 2015. Bull. Amer. Meteor. Soc., 97 (8), S1-S275.
2) 2016 set to be world's hottest year on record, says UN (The Guardian 21 July 2016)

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