À Cancun le charbon devient deux fois plus propre

lundi 13 décembre 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Station d'injection de CO2 (CSC) de Weyburn au Canada

En même temps que la 16ème conférence des parties (COP16) sur le réchauffement climatique se tenait aussi à Cancun la sixième Conférence des parties du Protocole de Kyoto (CMP6). A cette occasion la technologie de capture et de stockage du carbone (CSC), devient éligible aux mécanismes de développement propre (MDP), donnant au charbon, le combustible fossile le plus polluant du monde, un statut de carburant super propre. Explications [photos Tomas Weyburn/Pollen Media]

Les technologies de capture et de stockage du carbone CSC consistent à séparer puis à capter le CO2 lors d'un processus industriel, avant, pendant, ou après la combustion de l'énergie fossile, puis à compresser ce CO2 et à l'enfouir sous terre. Cette technologie est particulièrement adaptée au centrales électriques au charbon (de loin les plus polluantes) les rendants sinon "propres" comme le vendent les industriels, du moins plus acceptables (le CO2 est le moindre des polluants du charbon).

 injection du CO2 dans le sous-sol (CSC) 

Mais la technologie est coûteuse, entraîne une surconsommation de charbon de 20 à 30 % et présente des risques : fuites, pollution des nappes phréatiques, modification de la sismicité locale. Toutes les explications sont fournies dans notre article complet "CSC : Capture et Stockage du CO2. De quoi s'agit-il ?" avec la position des scientifiques, des industriels, et des associations de défense de l'environnement.

Dans cet article nous concluions sur le risque de voir la CSC éligible au mécanisme de développement propre (MDP) du protocole de Kyoto dont le principe est le suivant : quand un pays industrialisé investit dans un projet de réduction des émissions dans un pays en voie de développement, il peut gagner des crédits d'émissions, autrement dit des droits à polluer, gratuitement donc, dans son pays d'origine.

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Contrairement à l'investissement dans une centrale hydraulique par exemple, il faut bien comprendre que dans une installation avec CSC, le CO2 est bien émis, puis neutralisé. L'installation compense sa propre émission. Elle évite de payer pour émettre du CO2, puisqu'on l'enfouit. Dit autrement, elle s'achète son propre droit à polluer. De notre point de vue donc la CSC doit être, tout au plus, neutre.

Mais à Cancun on en a décidé autrement. Une centrale à charbon européenne pourra compenser ses émissions par une centrale à charbon chinoise avec CSC. Pour nous il s'agit d'une double compensation, un jackpot environnemental d'autant plus inquiétant, que le gaz carbonique étant sans odeur, sans saveur et sans danger, le risque de tricherie, ou de laxisme, est gigantesque.

Les rédacteurs du texte de la sixième Conférence des parties du protocole de Kyoto ne s'y trompent d'ailleurs pas. Le texte impose des garanties, des assurances, des précautions en cas de fuites (le mot est mentionné à chaque page), en cas de dégâts à l'environnement ou de problèmes de santé public, avec la possibilité d'en transférer in fine la responsabilité aux états une fois les réservoirs géologiques remplis par les industriels. Merci pour le chèque, on vous laisse le bébé pour 100 000 ans...

Voir le texte original de la décision : Carbon dioxide capture and storage in geological formations as clean development mechanism project activities.

Les photos de cet article ont été prise à la station expérimentales d'enfouissage de CO2 de Weyburn dans la province du Saskatchewan, au Canada. Les installations sont celles de l'entreprise Encana.  

  

 

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