Rénovation thermique BBC pour immeubles 1960

jeudi 10 février 2011 Écrit par  Yves Heuillard

Maine et Loire Habitat, office HLM qui gère 15 000 logements, a mené une opération test de réhabilitation énergétique sur deux de ses immeubles construits en 1956 et 1960. 

Pour cette réhabilitaion, Maine et Loire Habitat, office public départemental d'HLM (habitations à loyer modéré) a fait appel à Altéréa société indépendante de conseil et d'ingénierie spécialisée dans la maîtrise de l'énergie et les énergies renouvelables. L'objectif de la réhabilitation énergétique concerne deux bâtiments très représentatifs des bâtiments sociaux construits dans les années 50 et 60. Il a valeur de test et d'exemple, même si les immeubles ont déjà fait l'objet d'une rénovation au début des années 1990.

Après un diagnostic approfondi, intégrant à la fois une approche énergétique, architecturale, sanitaire et économique, Altéréa a proposé un programme de travaux permettant le passage des immeubles au niveau de performance BBC Rénovation (consommation inférieure à 80 kWhep/m²SHON.an). 

En fait c'est une performance de 63 kWh/m².an qui devrait être atteinte, avec pour point de départ initial, une consommation de 168 kWhep/m².an, presque une division par trois (-62% exactement).  En réalité les chiffres sont un peu trompeurs du fait de coefficients de conversion énergie primaire / énergie finale favorables (voir plus loin). Sur l'étiquette du diagnostic de performance énergétique, la performance passerait de D à B.  

En pratique, il s'agit d'accroître les performances thermiques de l’enveloppe, de changer la source de l'énergie du chauffage et de la production d'eau chaude sanitaire et de réaliser des travaux supplémentaires de confort de de mise au normes (électricité, gaz, protection incendie). L'ensemble des travaux est éxcécuté alors que l'immeuble est occupé, une contrainte forte qui a influé sur les choix techniques.

Les travaux réalisés

Isolation thermique par l’extérieur (ITE) : une isolation de 5 cm de polystyrène existait déjà. Elle est déposée et remplacée par 110 mmn de polystyrène pour une résistance thermique des murs de 2,85 m².K/w. Le gain ici est faible, de l'ordre de 5% d'économie d'énergie. 

Les fenêtres à survitrage ou à double vitrage (Uw = 4) sont remplacées par des fenêtres PVC à double vitrage (Uw =1,4) pour un gain énergétique global de 15%. Une attention particulière a été portée aux joints entre menuiseries et maconnerie (photo ci-dessous). Les joints au silicone ont été évités parce que jugés non pérennes.

etancheité des fenêtres pour immeuble BBC

Dans les combles on enlève une veille laine de verre de 10 cm d'épaisseur pour la remplacer, selon les immeubles, par 2 x 160 mm à plat ou 260 mm d'un seule couche dans les rampants. Rien n'est entrepris au niveau des sous-sols.

Fiche technique

Maître d'ouvrage :
Maine et Loire Habitat, office HLM
Maître d'oeuvre : Altéréa
Lieu : Avrillé (Maine et Loire)
2 immeubles – 24 logements – R+3 Construction de 1956 et 1960
1 700 000 € H.T de travaux
Site occupé

Côté chauffage, on installe une boucle d'eau chaude sanitaire (auparavant individuelle par ballons électriques). Les chaudières à gaz sont remplacées par gaz des chaudières à granulés de bois avec création du silos de stockage. La distribution du chauffage est modifiée pour rendre indépendantes les colonnes de distribution selon l'orientation des façades. Enfin des robinets thermostatiques sont mis en place. Le coefficient de conversion en énergie primaire du bois, de 0,6 (selon le standard BBC Rénovation ou la RT dans le bâtiment existant), au lieu de 1 pour le gaz, compte pour beaucoup dans le résultat énergétique.  

Coté ventilation, une ventilation double flux n'est pas possible à la fois du fait de la faible hauteur de plafond, de l'occupation des logmenents pendant les travaux, et de la contrainte budgétaire. C'est une ventilation hygroréglable (hygro B*) qui est donc installée. Nous ne mentionnons pas ici les autres travaux, ceux relatifs à l'amélioration du confort, à la mise en conformité (éléctricité, incendie) et ceux faisant partie des travaux de gros entretiens qui auraient, de toute façon, été nécessaires.

Financement 

Altéréa a accompagné Maine et Loire Habitat pour le montage financier de l’opération. Le coût total de l'opération est de 70 000 euros par logement dont 45 000 pour les travaux d'économies d'énergie. Il s'agit du coût  destravaux hors taxes, hors honoraires et études. Les travaux d'économies d'énergies sont plus que compensés par les aides sur les chaufferies bois (Ademe et région), le dégrèvement de TFPB (taxe foncière sur les propriétés bâties) , les aides du FEDER (Fonds européen de développement régional ) et la négociation d'une augmentation des loyers, elle compensée par l'économie des charges.

Cette dernière ne sera effective qu'après deux ans de vérification effective de la réduction des consommations. Notez que ce n'est pas la loi MOLE qui est appliqué ici. Celle-ci permettrait de rajouter une ligne sur la quittance de loyer pendant 15 ans sur la base de 0 à 50 % des économies d'énergies. Dans le cas qui nous intéresse ici, il existe une marge de manoeuvre sur les augmentations de loyers qui evite le recours à la loi Mole, et qui est plus pérenne.

Evaluation

Pour évaluer l’éco-réhabilitation du bâtiment, Altéréa amis en place un panel de tests et diagnostics (réalisés avant, pendant et à réception des travaux) : tests de perméabilité à l’air à la porte soufflante (photo ci-dessous) ; diagnostic de qualité de l’air ; test d’équilibrage des réseaux aérauliques ; étude thermographique ; suivi énergétique pendant 2 ans.

test de porte soufflante ou blower door 

Selon Pierre Faure, directeur du développement de Altéréa, il n'existe pas de cas type en matière de rénovation. La plupart des immeubles ont été réhabilités à un moment ou à un autre, de manières différentes, parfois en créant de grosses pathologies liées à une mauvaise gestion de l'humidité (passage de la ventilation naturelle à la VMC) ou la création de ponts thermiques (isolation par l'intérieur). Le cas traité ici, fournit toutefois un éclairage précieux. On notera que si l'immeuble n'avait pas été rénové une première fois au début des années 90, l'opération aurait été plus simple et moins coûteuse.

Notes
* VMC hygro B : les entrées d'air sont hygroréglables. Elles sont équipées de capteurs d'humidité, ce qui permet une régulation plus précise. Dans une VMC hygro A, les entrées d'air sont autoréglables : le débit d'air varie en fonction de la dépression. Les deux types font l'objet d'autorisations en fonction de la nature du combustible utilisé pour le chauffage.

Photos aimablement fournies par Altéréa

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