Le jour où on déconnecte

dimanche 13 février 2011 Écrit par  Yves Heuillard

Mon smartphone, même sur la plage

Une journée sans votre smartphone, ou sans votre ordinateur avec vos amis, ou  avec votre famille, tous sans smartphone et autres outils communicants, ça vous dit ? Voilà ce que prônent les "offliners", les pratiquants du débranchement, tendance qui vient de l'autre côté de l'Atlantique. Une journée nationale de déconnexion (unplugging en anglais) est même prévue, du 4 au 5 mars dès le coucher du soleil.

Ces trois dernières décennies nous avons consacré la majeur partie de notre temps à vous convaincre que l'ordinateur était essentiel, qu'un jour tout le monde en aurait un, et puis, plus tard, qu'il fallait vous connecter, surfer, cliquer ici, cliquer là, acheter en ligne, tchater, ajouter des amis à votre réseau...

Participez à la journée nationale de déconnexion.

Invitation à déconnecter Du 4 mars au coucher du soleil au lendemain soir, le Unplugging National Day invite les américains à déconnecter. Nous sommes heureux de relayer l'événement avec une Journée nationale de déconnexion.  

Quand je dis nous, je pense à ceux qui disaient, aux débuts des années 80, qu'un jour tout le monde aurait un ordinateur personnel, à ceux qui se sont enthousiasmés pour le premier Apple II, qui ont déballé le premier IBM PC, caressé le premier Mac, à ceux de mes amis qui ont participé à l'avénement de la presse informatique dans le monde, et dont nous fûmes les pionniers en France.

Quand je dis "nous", je pense encore à ceux, qui, plus tard, se retrouvaient dans les first tuesday fébriles des débuts de l'internet, ceux des messes données aux business plans et aux modèles économiques, tous apôtres de Don Pepper et de Martha Rogers et du one to one marketing, adorateurs des pure players, va-t-en guerre contre les brick and mortar, prédicateurs d'un avenir sans papier où tout serait online, en ligne.

Nous y sommes. Le monde est comme nous l'avions imaginé dans nos rêves les plus fous. Partout, dans la rue, au bistrot, au restaurant, dans les trains, les voitures, les aéroports, à la maison, à table, dans les soirées entre amis, et bien sûr au bureau, tous sont prosternés devant la chose.

"Apprenez à appuyer sur le bouton Stop"

En écrivant ceci je marche dans les brisées de Mark DiMasssiom et Eric Yvaerbaum. Mark et Eric, sont des vétérans New-Yorkais du marketing, des thuriféraires d'une société de consommation des technologies, sans limite. Ce que je viens d'écrire, ils l'ont écrit avant moi.

Et ils poursuivent : "Et puis nous avons levé les yeux ; nous avons quittés nos écrans suffisament longtemps pour voir. Nous nous sommes rendus compte que nous avions des femmes et des enfants, et nous fîmes comme les feuilles qui s'ouvrent pour capter le soleil. Nous nous sommes réhabitués au son des oiseaux [...]". Ils décident de lancer le mouvement des offliners,  un mouvement de résistance aux écrans, aux mobiles, "aux devices" comme disent les américains. Ils ne se définissent pas comme anti-technologie, anti-marketing, ils ne sont pas absolutistes, bien au contraire puisque ce sont des marketers professionnels. "Nous adorons la technologie" disent-ils, mais "nous allons en apprécier encore plus les bénéfices si nous apprenons à utiliser le bouton Stop".

Mark DiMasssimo et Eric Yvaerbaum nous engagent à faire régulièrement un jeûne de technologie. En référence au Shabbat hebdomadaire de la religion juive, le jour du repos, ils nous appellent à un "offline Sabbath", un Shabbat déconnecté. C'est le "Slow mouvement" ou le "Slow Food" appliqué à l'ordinateur et aux smart phones. "Prenez la résolution de déconnecter" nous invitent-ils "vous allez apprécier, et vous allez trouver des gens qui vont apprécier avec vous". Sur le site Offlining, les convaincus peuvent promettre de ne pas toucher un mobile ou un ordinateur au moins une fois par mois pendant un an.

Un jour de jeûne technologique par semaine

Dans le même veine, mais ce n'est pas un hasard, le site du Sabbath Manifesto, ou le manifeste du Shabbat nous appelle à faire abstinence de technologie une fois par semaine. Le manifeste se résume en dix points, dix commandements :

1. évitez les technologie.
2. Communiquez avec ceux que vous aimez
3. Cultivez votre santé
4; Sortez.
5. évitez le commerce
6. Allumez des bougies
7. Buvez du vin
8. Mangez du pain
9. Trouvez le silence
10. Rendez ce que vous avez reçu.

Le manifeste a été développé par un groupe de créateurs juifs appartenant au laboratoire d'idée et incubateur "Powered by Reboot". Bien sûr on y retrouve une connotation religieuse, mais ses auteurs ne se disent pas particulièrement religieux ; ils prônent seulement un retour à un rythme de vie plus lent, plus proche du monde réel ; ils nous invitent à prendre du temps pour nous et pour les autres, sans le truchement de la technologie ; ils laissent le soin à chacun d'interpréter les principes du manifeste à sa façon. Et même, concluent-ils, "créez vos propres règles pour vous reposer et réfléchir, sans détruire le tissu de votre propre vie". En fait un hymne à un développement humain durable.

Et si la vente d'un sac de couchage pour smartphone sur le site en question vous fais sourire, vous avez raison mais ce n'est pas incompatible : un jour par semaine d'abstinence laisse quand même six jours pour faire du business. Achetez maintenant, Buy yours Now...

Photo d'ouverture : Photo CC by Gubatron