La vérité sur la contamination radioactive des aliments au Japon

lundi 21 mars 2011 Écrit par  Yves Heuillard

Des niveaux de radioactivité supérieurs aux limites autorisées avaient été mesurés en fin de semaine dernière dans du lait produit à 30 km des centrales nucléaires japonaises accidentées, et dans des épinards récoltés à 140 km. Les autorités avaient bien essayé de rassurer, mais sans convaincre. Voici la vérité ; nous la devons à la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) créée en 1986 après l'accident de Tchernobyl et le scandale lié aux informations mensongères des services français de radioprotection d'alors. [En photo, l'image que nous avions de la région de Fukushima, avant... Photos CC ysiris.]

Le Secrétaire général du gouvernement japonais, Yukio Edana, se voulait rassurant. Juste avant le week-end, il indiquait que les niveaux de radioactivité mesurés "ne sont pas des niveaux qui pourront avoir un effet immédiat sur la santé" et que "boire du lait toute l'année équivaudrait à recevoir l'équivalent d'un scanner, et manger des épinards toute l'année équivaudrait à recevoir 20% des radiations reçues lors d'un scanner". Les Japonais interviewés par les chaînes de télévision exprimaient leurs doutes.

Tout au long de la semaine écoulée, la Crrirad, a recherché les résultats disponibles au Japon (débits de dose, activité de l’air, dépôts au sol, contamination de l’eau, des aliments). Quelques résultats, très parcellaires, ont été trouvés au cours des 3 derniers jours attestant notamment de la contamination de l’eau mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’ont été collectés des résultats sur la contamination des aliments. Certains sont très élevés.

Fukushima, l'image que nous aurons toujours...
L'image de Fukushima que nous aurons toujours... Photo DigitalGlobe-Imagery

La Criirad a reproduit sur son site internet les résultats d’analyses d’épinards et d’oignons verts prélevés sur 7 communes de la circonscription d’Ibaraki située à près de 100 km au sud de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Une carte de localisation permet de repérer les différents points de prélèvement.

On ne mange pas que des épinards...

Comment les doses limites sont-elles fixées ?

Le principe qui préside à l'établissement des doses admissibles est le suivant : la dose maximale admissible de radioactivité est celle dont la charge qui en résulterait serait acceptable pour la société.

La dose maximale admissible de radioactivité résulte donc de l'évaluation d'un bilan entre les avantages du nucléaire et les risques du nucléaire.

Plus trivialement les experts sont donc amenés à calculer quel serait le nombre de morts par cancer, ou le nombre d'enfants malformés, si une population donnée était soumise à telle dose de radioactivité et à déterminer si ce risque est acceptable.

Ce principe n'est pas propre au nucléaire, mais à la société industrielle.

"L'acceptable" est déterminé par des experts pour des citoyens qui souvent n'ont pas droit au chapitre. D'où la position des écologistes qui demandent un débat public sur le sujet.

Dans les épinards, l’activité de l’iode 131 varie de 6 100 Bq/kg à 15 020 Bq/kg. Les 7 échantillons présentent des niveaux de contamination de 3 fois à près de 8 fois supérieurs à la limite de 2 000 Bq/kg en vigueur au Japon. L’activité est moins élevée dans les oignons verts mais elle atteint quand même plusieurs centaines des Bq/kg : de 114 à 686 Bq/kg. L’activité des césiums 134 et 137 varie de 140 à 524 Bq/kg dans les épinards mais reste inférieure à 10 Bq/kg dans les oignons. Un seul échantillon dépasse la limite de 500 Bq/kg définie pour l’activité totale des isotopes du césium.

Les épinards ne sont évidemment pas le seul aliment touché : l’iode se retrouve dans l’ensemble de la chaîne alimentaire (cf. résultats sur les oignons verts) et notamment dans le lait et le fromage frais.

La dose limite annuelle pour un enfant dépassée avec 700 g d'épinards

Pour la Crrirad, les activités mesurées dans le lait et les épinards sont suffisamment élevées pour que l’ingestion de quantités limitées de produits conduise au dépassement de la limite de dose maximum admissible de 1 mSv sur l'année (limite de dose pour la population). Plus précisément 700 g pour un enfant de 2 à 7 ans, et 3 kg pour un adulte suffisent. 

Il n'y pas que l'iode-131

En réalité, précise la CRRIRAD, la limite sera atteinte beaucoup plus vite étant donné qu’il faut comptabiliser les apports en iode 131 de l’ensemble des aliments. Sans compter que l’iode 131 n’est pas le seul radionucléide présent : il faut tenir compte de la contribution de tous les autres radionucléides (en tout cas les plus significatifs sur le plan sanitaire) : césium 137, césium 134, iode 132.

L’ingestion de ces radionucléides conduit, elle aussi, à une irradiation interne qui augmente la dose. Il faut également déterminer si les rejets radioactifs contenaient du tritium ou du strontium 90, radionucléides qui nécessitent des dosages spécifiques. Il faudrait également savoir si de l'uranium et surtout du plutonium sont présents dans les retombées, en quelles quantités et jusqu’à quelle distance.

Il n'y a pas que la contamination par les aliments

Combien de temps dure la radioactivité ?

 Les éléments radioactifs produits par une centrale nucléaire à partir de l'uranium et dont beaucoup n'existent pas dans la nature, ne sont pas biodégradables. Il n'existe aucun mécanisme qui puisse les éliminer du milieu naturel. La seule façon de s'en débarrasser est d'attendre qu'ils se désintègrent. Certains se désintègrent en quelques semaines, d'autres en quelques centaines de milliers ou de millions d'années.

La demi-vie d'un corps radioactif est le temps au bout duquel la moitié de ce corps s'est désintégrée. Elle est par exemple de 8 jours pour l'iode-131, 30 ans pour le césium-137, 24 000 ans pour le plutonium-239, 710 millions d'année pour l'uranium-235.

S’ajoute à cela le fait que les habitants des zones contaminées ont inhalé (et continuent d’inhaler) de l’iode 131 et tout le cocktail de produits radioactifs présents dans les rejets de Fukushima Daiichi. Si, par exemple, une personne a déjà reçu 0,3 mSv du fait des produits radioactifs qu’elle a incorporés en respirant l’air contaminé, elle aura déjà atteint 30% de la limite. La dose reçue du fait de l’ingestion d’aliments radioactifs ne devra pas dépasser 0,7 mSv.

Pour évaluer le risque sanitaire, il faut additionner les doses reçues du fait de l’exposition externe (irradiation à partir des panaches radioactifs et des produits radioactifs qui se sont déposés au sol) et de l’exposition interne : principalement l’inhalation de gaz et d’aérosols radioactifs et l’ingestion d’aliments contaminés. Pour l’inhalation comme pour l’ingestion, il faut tenir compte de tous les produits radioactifs. Il faut aussi considérer l’exposition dans le temps : ajouter les doses reçues depuis plus d’une semaine (dont on ne sait pratiquement rien) et anticiper les doses à venir (la radioactivité ne disparaît pas en quelques jours, et ce d’autant plus que les rejets de radioactivité continuent).

 

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire mercredi 30 mars 2011 Posté par Jokarus

    Bonjour,

    pour répondre à  Morgan, comment être encore étonné de la malhonnêteté des lobbys nucléaires, et donc des gouvernements.
    Je présume que vous ne savez pas non plus que la France, tout comme les amerlocs et les canadiens, emploient des armes à  l'uranium 238 (dans des munitions de 20, 30 120, 125mn, des roquettes, des missiles, etc...).
    Vous ne savez sûrement pas non-plus qu'elles en sont les conséquences en Irak, depuis 1991.
    Bref, vous êtes un bel exemple des gens qui ont une confiance aveugle dans ses dirigeants (qui eux écoutent le vrai pouvoir en place : les lobbies).
    En France, le dit lobby s'appelle Areva.
    Le Japon est l'un de ses clients.
    Ils partagent tous deux la même vision de l'information : la langue de bois.
    Alors ce qu'il se passe là -bas est grave, très grave.
    Tellement grave que je crois résolument que ce pays va abandonner cette foutue énergie dans les vingts prochaines années. Les standards des solutions alternatives de production d'électricité seront établis dans ce pays, pour le reste du monde.
    Je veux y croire.
    Ne voyez qu'un critique constructive de votre naiveté et non une attaque personnelle : ouvrez les yeux!


  • Lien vers le commentaire dimanche 27 mars 2011 Posté par morgan

    je trouve cela incroyable de ne pas plus informer voir désinformer la population sur les risques de contamination par ingestion d'aliments . En effet comme vous l'avez expliqué il faudrait se pencher sur l'effet cumulatif et prolongé de l'ingestion des aliments contaminés , en précisant que contrairement à  l'iradiation la contamination à  des effets souvents à  perpétuité sur l'organisme de l'homme . De plus si on suit un raisonnement logique , la nature étant ce qu'elle est , la contamination de la base de la chaine alimentaire notament les plantes aura des repercutions sur l'ensseble et j'usqua l'homme . Ainsi je me penche du sur le plancton contaminé car contrairement à  l'eau contaminé qui se disperse le poisson vivant aux abords des cotes restent vers celles-ci . Je crois donc , aretez moi si je me trompe , que un petit poisson contaminé peut par la chainne alimentaire se retrouver dans l'estomac d'un plus gros puis d'un plus gros qu'un japonnais se verras présenté dans son assiete dans un restaurant .

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