Gaz, électricité, les prix grimpent, mais la facture peut baisser

lundi 04 avril 2011 Écrit par  Yves Heuillard

Pylone haute-tensionSelon les cas l'augmentation du prix du gaz et de l'électricité est perçue comme une incapacité du gouvernement à maintenir le pouvoir d'achat ou comme le résultat d'une politique inconsidérée en faveur du photovoltaïque et autres énergies renouvelables. Le problème n'est pourtant pas là et, à y bien regarder, nous avons tous à gagner de l'augmentation du prix de l'énergie.

Certes les subventions aux énergies renouvelables ont un coût, dont la Cour des comptes s'est inquiétée (1). Mais soyons sérieux, l'augmentation des prix du gaz et de l'électricité est due à l'augmentation de la demande mondiale. En particulier une forte augmentation des tarifs de l'électricité est rendue nécessaire, par les besoins d'investissements de l'opérateur historique EDF et le décalage de prix avec nos voisins européens. Pour remettre les choses en perspective, il peut être nécessaire de rappeler que 20% de la population mondiale n'a pas l'électricité (2).

Investissements contre dépenses

L'argent dépensé dans les aides au développement des énergies renouvelables n'est pas de même nature que celui dépensé pour acheter du pétrole, du gaz ou du charbon. Il ne s'agit pas de dépenses mais bien d'investissements. Ces investissements, nous permettrons, à terme, de nous affranchir de payer sans fin une rente aux pays producteurs de gaz et de pétrole. Ces investissements nous permettrons de développer des filières industrielles génératrices d'activités économiques ici, plutôt que de grossir les fortunes de quelques-uns, là bas. Ces investissements enfin nous permettrons de juguler le réchauffement climatique et les coûts de ses effets, ce qui n'est pas la moindre des choses. L'Agence internationale de l'énergie considère qu'à traîner les pieds, la facture à payer pour sauver la planète augmente chaque année de 1000 milliards de dollars (2).

L'éolien est aujourd'hui une des sources d'énergies les moins chères, moins chère que le nucléaire selon des sources sérieuses et tous comptes faits (3). Pourtant sans aide à son développement l'éolien n'existerait pas. Pas plus que le nucléaire, développé complètement grâce à l'argent publique. Le kWh solaire sera, vraisemblablement avant 2020, à parité avec le kWh nucléaire (4). Et à ceux qui ânonnent que l'énergie solaire ne se stocke pas nous répondont que le pétrole ou le charbon sont de l'énergie solaire stockée, grâce à la photosynthèse ; et qu'en laboratoire les savants mettent au point des techniques pour imiter la nature (voir ici les travaux de Daniel Nocera au M.I.T et ici ceux de la chimiste chinoise Vivian Wing-Wah YAM)

Les vrais coûts des énergies fossiles

L'économie du pétrole repose principalement sur le pompage. Dans la majorité des cas elle n'est pas source d'amélioration de la qualité de vie pour les peuples des pays producteurs de pétrole, et il n'aura pas échappé à notre lecteur que c'est souvent bien le contraire. Les coûts des règlements des conflits géopolitiques visant à garantir aux pays développés leur approvisionnement en énergie, et les budgets militaires qui y sont consacrés, viennent en réalité gonfler le coût réel des énergies non renouvelables.

Le dernier rapport annuel de l'Agence internationale de l'énergie (2) pointe du doigt les subventions directes ou indirectes aux combustibles fossiles. Elles ont été de 312 milliards de dollars en 2009. En résultent distorsion de concurrence, gâchis, compétitivité plus difficile des énergies renouvelables et intérêt diminué pour les technologies d'économies d'énergie.

Les subventions accordées à la consommation d'énergie fossile, celles accordées à l'industrie automobile par exemple, devraient, en toute logique, compter au débit des énergies fossiles. Repenser complètement la place de l'automobile dans la société peut mener à des économies importantes, économies pour les ménages, et économies d'infrastructures. On y pense sérieusement au Centre d'analyse stratégique du Premier ministre.

Les prix montent, mais la facture peut baisser

Enfin il ne faut pas raisonner en prix de l'énergie, mais en facture énergétique des ménages. Dans 10 ans, en euros constants et à consommation constante, le prix de l'énergie aura doublé (notre estimation). Mais à réinventer autrement nos sociétés, il est parfaitement possible de réduire nos consommations de 50% (5). Les lois Grenelle prévoient par exemple une amélioration de 38% de la performance énergétique des bâtiments d'ici 2020. Elles prévoient même que les immeuble neufs devront être à énergie positive, ce qui veut dire qu'ils produiront plus d'énergie qu'ils n'en consommeront (un bel exemple ici).

Voilà pourquoi il faut se réjouir de l'augmentation des prix de l'énergie, sauf à ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Reste que le passage d'une économie des énergies fossile, à une économie des énergies renouvelables, et à une économie des économies d'énergies, s'il n'est certes pas facile, met aussi en jeu bien des intérêts, bien des rentes de situations.

Ce passage est acté. Reste un grand jeu de chaises musicales planétaire, politique, industriel, qui vise à trouver le bon chemin, à distribuer les cartes de la nouvelle richesse, et à traire d'anciennes vaches le plus longtemps possible. La taxe carbone un temps envisagée, votée même, retoquée par le Conseil constitutionnel, puis abandonnée, serait de nature à mettre un peu de vertu dans l'affaire, en fixant les règles du jeu.

Références

1) La Cour des comptes passe au crible la CSPE ( Actu-environnement)

2) World Energy Outlook - 2010

3) UK electricity generation cost - Mott Mc Donald

4) Interview de Vincent Jacques le Seigneur - Président de l'INES

5) Conclusions des recherches du McKinsey Global Institute (MGI)

Photo d'ouverture CC Doug McG.

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