Énergies renouvelables : jusqu'où ?

mercredi 11 mai 2011 Écrit par  Yves Heuillard
Près de 80 % de l’approvisionnement énergétique mondial pourrait être couvert par les énergies renouvelables à l’horizon 2050 à condition que des politiques publiques adaptées soient mises en place, précise un nouveau rapport du Giec (1)

Le potentiel des énergies renouvelables vient d'être .mis en lumière dans un rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, le GIEC. Les experts soulignent le rôle important que les énergies renouvelables auront à jouer à l’avenir en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de développement durable.

Plus de 160 scénarios sur le potentiel de six grandes familles d’énergies  renouvelables (voir ci-dessous) ont été analysés. Quatre d’entre eux ont fait l’objet d’une analyse approfondie. L’objectif était d’examiner les futurs mondes possibles, d’analyser d’autres voies de développement socio-économique et d’évolution technologique.

Le scénario le plus optimiste parmi les quatre ayant fait l’objet d’une étude approfondie prévoit que les énergies renouvelables compteront pour au moins 77 % des besoins énergétiques mondiaux à l’horizon 2050, permettant de fournir de 314 à 407 exajoules (EJ) par an. à titre de comparaison, 314 EJ correspondent à plus de trois fois l’approvisionnement énergétique annuel des états-Unis d’Amérique en 2005, et à un niveau similaire pour le Continent européen selon diverses sources gouvernementales et indépendantes.

77 %, c’est un chiffre élevé par rapport aux moins de 13 % d’approvisionnement total en énergie primaire relevé en 2008, correspondant à environ 490 EJ. Chacun des scénarios s’appuie sur une série de variables : évolution de l’efficacité énergétique, croissance de la population et de la consommation individuelle. Ce qui donne des niveaux variables d’approvisionnement total en énergie primaire en 2050, l’hypothèse la plus basse prévoyant que la part des énergies renouvelables s’élèverait à 15 % en 2050, en se fondant sur un approvisionnement total d’énergie primaire de 749 EJ.

Dans certains cas, les technologies des énergies renouvelables sont d’ors et déjà compétitives d’un point de vue économique, mais les coûts de production sont encore souvent supérieurs aux prix du marché. Toutefois, si l’on monétisait les conséquences sur l’environnement des émissions de polluants et de gaz à effet de serre par exemple, et si l’on intégrait les coûts engendrés dans le prix de l’énergie, le nombre d’énergies renouvelables économiquement rentables pourrait augmenter. 

Les Experts montrent qu’un taux de pénétration accru des énergies renouvelables sur le marché pourrait aboutir à une réduction totale des émissions de gaz à effet de serre équivalente à 220 à 560 gigatonnes de dioxyde de carbone (GtC02eq) entre 2010 et 2050.

La fourchette haute des scénarios évalués, correspondant à une réduction d’environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre et calculée sur la base de projections établies selon une hypothèse de maintien du statu quo, permettrait de maintenir les concentrations de gaz à effet de serre à hauteur de 450 parties par million.

Nous pourrions ainsi nous rapprocher de l’objectif visant à maintenir le réchauffement climatique en-dessous de la barre des 2° C au cours du XXIe siècle, objectif reconnu dans les Accords de Cancun signés par les parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Les 900 pages du rapport intitulé sont disponibles au public sous le titre de "Rapport spécial sur les sources d’énergie renouvelable et l’atténuation des effets des changements climatiques". Le rapport sera incorporé à un ouvrage plus important du GIEC dans le cadre de la préparation de son cinquième Rapport d’évaluation (AR5). Le rapport de synthèse de ce dernier devrait être parachevé en septembre 2014.

Heureusement il existe un résumé des principales conclusions, une version courte à l’intention des décideurs.. 

Les six grandes familles d’énergie renouvelable sont les suivantes :

• La bioénergie : couvre notamment les cultures énergétiques, les résidus issus des forêts, de l’agriculture et de l’élevage, ainsi que les biocarburants dits de deuxième génération ;

• L’énergie solaire directe : notamment le solaire photovoltaïque et le solaire thermodynamique ;

• L’énergie géothermique : basée sur l’extraction de la chaleur emmagasinée dans les profondeurs de la Terre ;

• L’énergie hydraulique : englobe les projets de centrales d’éclusées ou au fil de l’eau et les barragesréservoirs ;

• L’énergie marine : des barrages aux technologies faisant appel aux courants marins ou à l’énergie thermique des mers ;

• L’énergie éolienne : filières terrestre et marine.

Plus de 160 scénarios scientifiques portant sur le potentiel de pénétration du marché des énergies renouvelables à l’horizon 2050 ont été étudiés, ainsi que leurs implications environnementales et sociales ; quatre d’entre eux ont fait l’objet d’une analyse approfondie. Les quatre scénarios sélectionnés sont représentatifs de l’ensemble des technologies. L’objectif était d’examiner les futurs mondes possibles, d’analyser d’autres voies de développement socio-économique et d’évolution technologique. 

Notes (1) GIEC : Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. En anglais IPCC