Hausse possible de 100 % du prix de l'électricité, une information tronquée

mercredi 19 octobre 2011 Écrit par  Yves Heuillard

compteur électrique mécanique

Un rapport de la Commission Européene fait état de la possible augmentation de 100% du prix de l'électricité dans le cas d'un recours massif aux énergies renouvelables. Information reprise en France sans avoir bien lu.

Le quotidien économique Financial Times a publié dans ses colonnes (1) quelques conclusions d'un rapport sur l'énergie, pour l'instant non-officiel, de la Commission Européenne. Le rapport examine plusieurs scénarios du remplacement des énergies fossiles dans la production électrique d'ici 2050. Il fait état de la possible augmentation de100% du prix de l'électricité dans le cas d'un recours massif aux énergies renouvelables. Information reprise en France sans tenir compte des conclusions générales du rapport, ce qui en dénature totalement la portée. 

Le rapport en question est un document préparatoire à la Feuille de route énergétique de l'Europe pour 2050 (Energy Roadmap to 2050) qui sera publiée d'ici la fin de l'année. Il s'agit d'une analyse des politiques possibles pour atteindre les 80 % de réductions d'émissions de gaz à effet de serre d'ici le milieu du siècle. Rappelons qu'aujourd'hui les combustibles fossiles produisent plus de 50% de l'électricité européenne, le nucléaire 28%, et le vent et l'hydraulique 18%.

Dans tous les scénarios l'énergie éolienne devient la première source d'électricité à l'horizon 2050. Dans tous les scénarios le prix de l'électricité augmente fortement mais les prix les plus élevés seraient atteints dans les scénarios les plus favorables aux énergies renouvelables. Le quotidien économique cite une augmentation de 100% d'ici 2050 dans ce cas, et de 43% dans le cas d'une meilleure acceptation du nucléaire et de la viabilité commerciale de la technologie de capture et stockage du CO2 pour les centrales à charbon. Le deuxième quotidien économique mondial prend la précaution de remettre en contexte les options considérées par les auteurs du rapport, dont les problèmes liés au stockage des déchets nucléaires et à la sûreté des réacteurs.

Le rapport suggère que ces augmentations du prix de l'électricité seront partiellement dues aux nécessaires investissements dans les infrastructures de distribution. Il se fonde aussi sur le fait que les centrales thermiques ne fonctionneront pas autant qu'aujourd'hui (du fait de l'intermittence de la production des énergies renouvelables), et que leur amortissement sera plus difficile, augmentant de fait le coût de l'électricité produite. 

L'art d'inverser totalement la nature d'une information

En France, la reprise trop rapide des éléments du rapport publiés par le Financial Times oublie le point suivant : en définitive, quel que soit le scénario envisagé pour parvenir à l'objectif des 80% de réductions de CO2, la facture moyenne annuelle qui sera dépensée pour y parvenir (le coût des capitaux investis, combustibles, l'isolation des immeubles), reste sensiblement la même. Autrement dit, énergies renouvelables largement dominantes ou pas, le coût global pour la collectivité sera le même.

Mais ajoute le Financial Times, les politiciens sont plus sensibles au prix de l'électricité - surtout pour les ménages - qu'au coût global pour la société des différents scénarios.

Dans une réponse (2) au quotidien économique, Christian Kjaer, directeur de l'Association européenne pour l'énergie éolienne (EWEA) fait remarquer que supposer une baisse de rentabilité des centrales à flammes, est un moyen très efficace de faire croire que les énergie renouvelables sont chères.

Ajoutons pour terminer, que même en regardant les choses par le petit bout de la lorgnette, une augmentation de 100% du prix de l'électricité ne suppose pas une augmentation de 100 % de la facture d'électricité des ménages. Il est même vraisemblable que la facture d'électricité baisse pour nombre de citoyens. Rappelons que les logements construits à partir de 2013 consommeront 3 à 4 fois moins d'énergie que ceux construits depuis 2005, que ceux de 2020 ne consommeront plus rien du tout. Rappelons que nous savons déjà diviser par 8 la consommation de l'éclairage et par deux celle d'une grande partie de nos appareils. Rappelons encore que les réseaux intelligents sauront adapter la consommation à la production, et que nous saurons de mieux en mieux stocker l'électricité.  

Références
1) Deux articles en fait.
Le premier : EU faces 20 years of rising energy bills ;
le deuxième  : Challenge lies in meeting EU carbon goals.  
2) Wind power never sets market price

Photo CC DavekNapik