La grande amnésie écologique (livre)

dimanche 12 février 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Labourage avec un attelage de chavaux

L’histoire de l’environnement n’est pas enseignée, la parole des Anciens se perd. Sans repères, comment protéger une nature que nous ne connaissons plus ? C’est l’une des questions posées par Philippe Dubois dans un texte percutant «La grande amnésie écologique».

Philippe Dubois nous interpelle : « L’homme contemporain est culpabilisé ; on lui dit par exemple que chaque minute c’est l’équivalent de 34 terrains de football de forêt tropicale qui disparaît ou que l’extinction des espèces connaît une accélération alarmante. Et dans le même temps, on lui suggère de fermer l’eau du robinet en se brossant les dents pour protéger l’environnement… Mais sait-il seulement de quoi on lui parle ? »

Editeur Delachaux et Niestlé

Couverture du livre La grande amnésie écologique La grande amnésie écologique

de Philippe J. Dubois Paru le 12 janvier 2012

128 pages – 12,90 €

 

Philippe Dubois est ornithologue, ingénieur écologue. Son ouvrage « La grande amnésie écologique » nous invite à une prise de conscience, à un travail de mémoire pour éviter le saccage environnemental en cours. Pour l’auteur, parce que le monde n’est engagé qu’à considérer le profit immédiat de toute chose avant le bénéfice d’une exploitation durable de la nature, il est incapable de saisir la complexité et la rapidité des phénomènes environnementaux. Philippe Dubois avance des solutions concrètes pour sortir de l’amnésie. En particulier il est l’apôtre d’une véritable éducation à la nature et à l’environnement, dès le plus jeune âge.

Pour l'écologie à l'école

L'auteur nous invite ainsi à inscrire dans le programme scolaire des jeunes enfants les ballades à la campagne, la rencontre avec les anciens, avec les vieux agriculteurs, au risque d’apparaître un peu fleur bleue, car il sait qu’il a raison. N’empêche, dit-il, « ils auront vu comment fonctionne un écosystème, ce qu’est la biodiversité, l’importance de l’écologie dans le fonctionnement du vivant, même si tous ces mots n’auront pas été prononcés »

« Que vaut telle variété de blé rustique contre les semences imposées industriellement ?  » En ce qui concerne les classes du secondaires, il dénonce le bourrage de crâne, la quantité de connaissance matérialisée par des cartables de dix kilos, la division de la connaissances en des matières imperméables dans lesquels l’environnement ne prend qu’une place minime, voire nulle. Il appelle à la reconnaissance de l’écologie comme véritable discipline. Pour lui l’école, c’est aussi le chemin de l’adaptation à la vie adulte, et non un lieu tourné vers le passé, focalisé sur l’accumulation d’un savoir sans doute utile, mais devenu, pour certaines matières, malheureusement moins prioritaire que les grandes questions de notre planète. Notre système éducatif dit-il « est grippé ».

Philippe Dubois ne propose pas de recette miracle mais il s’étonne, donne des exemples. Ainsi au sujet des jeunes des banlieues : « Si les plus nantis d’entre nous ont la possibilité d’accéder à cette éducation (et encore une fois, en dehors du système scolaire), les plus démunis y sont totalement étrangers. J’ai entendu dire [qu'il y aurait] plus urgent que de parler des petits oiseaux aux jeunes de banlieue. Je réponds que c’est faux. 

« Pour donner une idée on peut dire qu'une espèce disparaît toutes les vingt minutes  »Les enfants des zones défavorisées sont tout pareillement conscients de vivre dans un lieu où l’environnement est quasi mort et où la nature est devenue invisible […]. Et comme les autres, et plus encore peut être ils subissent les impacts du réchauffement climatique, d’une alimentation discutable, d’une eau aux normes sanitaires parfois limites… »

Pour l’immense majorité d’entre nous, rappelle-t-il, nous avons un point commun, nous, tous les Français, quelle que soient nos origines : « nos grands-parents ou nos arrière-grands-parents étaient pour la plupart des ruraux, ici ou là-bas au Maghreb, en zone sahélienne, en Asie tropicale. Et quand on parle vaches, moutons ou poules aux enfants des banlieues défavorisées, ils réagissent de la même manière que ceux des zones privilégiées. Avec le même intérêt, la même curiosité. »

Contre la machine à oublier

La pensée de l’auteur est multiple, mais le devoir de mémoire est présent partout, à contre-pied de l’idéologie dominante de l’immédiateté, du court-termisme. Présenté comme passéiste ou nostalgique par ceux qui s’approprient et transforment en produits marchands ce que nous donne (ou donnait) la nature, ce devoir de mémoire s’oppose à la machine à oublier.

« N'attendons pas que nos dirigeants nous montrent le chemin » Il est vital dit Philippe Dubois, « de nous rappeler sans cesse ce que nous avons fait disparaître, et non de nous contenter de ce qui est en train de disparaître ». Si vous avez lu cet article jusque là, il est probable que nous ayons prêché un convaincu. Néanmoins, il faut lire et faire connaître « La grande amnésie écologique ». C’est un texte de résistance.

à tous ceux qui s’investissent sur le terrain pour transmettre la connaissance entre les générations, les savoirs, les savoir-faire, les tours de mains, les traditions, les variétés de plantes ou les espèces d’animaux, sauvages ou domestique, les modes de vie, à tous ceux qui n’ont de cesse de défendre ou de valoriser ce qui n’a pas de prix, il envoie en filigrane un message finalement simple, mais nécessaire, encourageant : vous êtes moderne.

Photo d'ouverture Trevor Dennis. Licence CC.

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