Après Fukushima, quelles énergies pour demain ?

samedi 10 mars 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Une page du livre Après Fukushima, quelles énergies ?

Coup de chapeau au dernier livre de la fondation GoodPlanet, créée par Yann Arthus‑Bertrand. Des textes courts illustrés par 85 dessins de presse brossent un panorama complet des enjeux énergétiques de la planète. Un monument de pédagogie.

Le titre de l'ouvrage, "Après Fukshima, quelles énergies pour demain ?" est réducteur sans le vouloir. C'est que dans nos esprits le mot "Fukushima" accapare tellement nos neurones qu'on s'attend à ce que l'ouvrage traite essentiellement de la catastrophe nucléaire japonaise et de ses conséquences sur les choix énergétiques du monde. Il n'en est rien.

Le mot important du titre c'est "énergies". Certes l'énergie nucléaire fait l'objet d'un traitement particulier, du fait de l'absence de débat démocratique dans une France ultra-nucléarisée, d'une opacité entretenue par les industriels, et parce que l'invisibilité du danger nucléaire et la difficulté de l'explication se prêtent à tous les tours de passe-passe.

Un ouvrage pour qui?

Couverture du livre Après Fukushima quelles énergies ?Vulgariser avec un grand "V" c'est se mettre à la portée du moins sachant, mettre de l'ordre dans les idées de ceux qui en connaissent déjà un rayon, et provoquer l'admiration et l'amusement de l'expert par la qualité de l'exposé.

Ce livre y parvient dans la tradition des plus grands vulgarisateurs, dont Camille Flammarion, Aristide Quillet, moins connu Eugène Aisberg, plus proche Jean Rostand.

Editions de la Martinière
202 pages - 15,90 € TTC 

Mais le vrai sujet du livre, c'est l'énergie au sens large, pas seulement ses sources (le pétrole, le charbon, le gaz, les agrocarburants, les renouvelables), mais les impacts sociaux et environnementaux de sa production et de sa consommation. Au delà, c'est de la gabegie énergétique dont il est question, de l'inégalités des hommes face à l'énergie, ou pire, des misères générées là-bas pour satisfaire des exigences démesurées ici.

Apprendre à réfléchir

L'objectif de l'ouvrage c'est d'apprendre à réfléchir, à remettre les choses en perspectives avec quelques chiffres clés. Il y réussit de façon remarquable en posant, chapitre après chapitre, une variable ou un paramètre de l'équation fantastique qui se pose au monde. L'équation n'est pas résolue, mais elle se forme dans l'esprit du lecteur, c'est l'essentiel. D'autant que des directions pour la résolution de l'équation sont aussi suggérées.

L'ouvrage revendique une certaine neutralité au prix parfois (très rarement) d'un texte qui élude le sujet (par exemple sur les prochaines générations de réacteurs). Mais il y réussit généralement bien en opposant les points de vues, celui des défenseurs de l'environnement à celui des industriels, celui des pauvres à celui des riches, celui de l'humanité à celui de l'individu, celui de la vie à celui de l'intérêt économique.

Les dessins, en revanche, qui sont des dessins de presse issus de l'hebdomadaire Courrier International sont plus provocateurs. Et c'est précisément ce qui fait l'intérêt de l'ouvrage. Par exemple, ce grand type qui remplit le réservoir d'éthanol de sa grosse berline et à qui deux petits pauvres tendent un bol vide, et qui répond "désolé, je suis occupé à sauver la planète", offre à comprendre d'un coup, à la fois la problématique des agrocarburants, le greenwashing, l'arrogance sinon l'insanité de nos modes de vie.

Et puisque qu'une goutte de suggestion ne fera pas de mal à notre fleuve de compliments, il aurait été intéressant de disposer quelque part, pas nécessairement dans l'ouvrage lui même mais par exemple sur le site de GoodPlanet, des sources des informations et des chiffres.