Paris en 2037, ou les énergies du futur

samedi 21 avril 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Ce petit essai de science fiction nous emmène en 2037 à Paris. Sur la base des travaux de recherches actuels et des tendances en matière de prix de l'énergie, l'auteur nous invite à croire à un scénario plutôt optimiste. 

Mercredi 6 mai 2037, Paris, 44°Celsius. « C’est moi »  prononce Joseph à l’attention du portier électronique de son immeuble. La température, plus élevée encore que prévue, l’avait décidé à rentrer chez lui en début d’après midi pour revoir les paramètres de production d’énergie de son quartier. énergéticien de la vieille école, désigné ingénieur en chef de la société coopérative d’habitation des Hauts-de-Clamart, Joseph, ne faisait pas entièrement confiance aux logiciels et aux alertes automatiques qui, en théorie, autorisent un contrôle total à distance.

Pour rejoindre Clamart il avait sauté dans un wagon bouton à la gare Montparnasse puis pris le téléphérique N°14 depuis la gare de Montrouge. Le centre technique avait été installé dans le sous-sol du petit bâtiment B1, qui abrite 4 studios d’amis et deux salles familiales à la disposition de la communauté, et l’appartement de Joseph. C’est là aussi qu’on avait installé la petite centrale de cogénération (*) à gaz, destinée à produire de l’électricité et de l’eau chaude sanitaire pendant les mois d’hiver.

Là Joseph se sent bien. Sur les indicateurs numériques, il contemple l’œuvre dont il avait été le promoteur à la fin des années 2010 : engager une centaine de propriétaires de pavillons individuels à reconstruire le quartier plutôt que de s’engager dans des rénovations coûteuses à la performance incertaine, et souvent à la limite du faisable. Joseph se souvient des dizaines et des dizaines de réunions, où tout avait menacé de s’effondrer. Il avait fallu surtout convaincre d’une nouvelle multiplication du prix de l’énergie par deux dans un délai de 10 ans.

Mais c’est la densification du quartier, largement soutenue par la puissance publique qui avait été déterminante : la vente des surfaces habitables nouvellement crées réduisait la facture de rénovation de 60%. Sur 20 ans, avec les économies d’énergie et les économies d’échelles le projet de Joseph promettait de réduire de 80% la facture de ce qu’aurait coûté la rénovation des anciens pavillons. L’augmentation à peine perceptible des hauteurs de bâtiments avait permis de conserver une surface de jardin équivalente et de créer des serres communes pour une production potagère locale. La vie sociale avait changée du tout au tout avec en particulier des personnes âgées heureuses d‘une utilité retrouvée au service de tous.

En contemplant l’indicateur de la centrale photovoltaïque, Joseph sourit : 1065 KW ; c’est la puissance directement générée par les toitures des 18 petits immeubles de 3 étages et la petite centrale expérimentale au sol à concentrateur. Prix instantané de l’électricité 14 centimes le kWh en nouvel euro (1,40 euros en euros anciens, environ 40 cts en euros 2012), un tarif élevé du fait de la forte demande de climatisation des vieux immeubles de bureaux dont les vieilles tour de la Défense promises à la démolition. Les nouvelles tours, avec climatisation solaire, auxquelles l’entreprise de Joseph travaille, ne consommeront rien d’autre que la chaleur du soleil pour générer de l’air frais.

Sur l’écran de Joseph, les jauges des systèmes de stockage d’énergie - batteries, réservoirs d’hydrogène, ballons d’eau chaude, réservoirs d’eau glacée - étaient au maximum. Il en est souvent ainsi au printemps et le système tend à vendre son surplus d’énergie au moment de la journée où les prix sont les plus élevés, généralement lors de la période de pointe du début de soirée. Avec la canicule, et la forte demande de l’après midi, Joseph décide d’infléchir un peu les paramètres de calcul en faveur de la revente totale de toute l’électricité produite en milieu de journée, à vider les batteries pendant la période de pointe du soir, quitte a racheter du courant en deuxième partie de soirée. La nuit qui vient, les batteries seront peut être rechargées depuis le réseau public, puis l’électricité revendue en fonction du différentiel entre son prix d’achat et le prix prévisible de la période de pointe du matin ; l’ordinateur décidera.

L’hydrogène produite par un électrolyseur Nocera (*) et stocké à basse pression sous la forme d’acide formique est revendu intégralement à la municipalité dont les bus sans chauffeur fonctionnent avec des piles à combustibles. Sur l’année, le quartier produit quatre fois plus d’énergie que ce dont il a besoin. En euros, la vente d’énergie représente plus de 10 fois le coût des appels aux réseaux publics d’électricité et de gaz. Un seul indicateur est dans le rouge, celui des réserves d’eau de pluie. Joseph songe à ses amis éthiopiens dont il avait installé des systèmes d’irrigation solaire quelques années plus tôt. Il sait que cette année, il n’y aura rien pour irriguer, et si peu à récolter.  

 

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