Voiture électrique : Tesla annonce 515 km d'autonomie

samedi 12 mai 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Alors que Tesla s’apprête à livrer le premier exemplaire de série de sa berline Model S, le constructeur de référence de voitures électriques annonce une autonomie de 515 km. Qu’en dites-vous ?

La berline Model S de Tesla sera livrée avec différentes options de batteries : 40 kWh, 60 kWh et 85 kWh. Avec la batterie de plus grande capacité et selon le test de consommation en circuit mixte de l’EPA (agence américaine de protection de l‘environnement), le constructeur annonce une autonomie de 515 km (320 miles). Il faut toutefois remettre les choses en perspective.

Aussi sur ddmagazine.com

"Pour la cité l'automobile est un anachronisme"

"Il faut repenser la place de l'automobile dans notre société"

L'automobile électrique roulera-t-elle à l'uranium, à l'énergie solaire, ou au charbon ?

Est-ce la fin de l'automobile faite en France ?

Pour comparer l’autonomie de sa nouvelle berline avec celle de son fameux roadster, Tesla utilise le test EPA à 2 cycles, un test qui mixte parcours urbains et parcours sur route avec une vitesse maximale de 100 km/h. Mais l’EPA a changé le protocole de mesure de la consommation en cycle mixte en y ajoutant un cycle hivernal qui exige l’utilisation du chauffage, un cycle estival qui demande la mise en marche de la climatisation, et un cycle à grande vitesse avec des accélérations plus franche. Résultat, l’autonomie, toujours selon Tesla, passe de 515 à 426 km (source). Ce qui reste vraiment excellent pour une automobile électrique. Notons toutefois que le le prix du Model S avec la batterie de 85 kWh démarre à 70 000 dollars (50 000 avec la batterie de 40 kWh).

Même si la berline Model S est bien plus grosse que le petit roadster sportif, Tesla annonce une consommation sur route de seulement 10% de plus. Ceci du fait d’un très bon cœfficient aérodynamique de la voiture et aussi du fait, qu’à vitesse constante, le poids de la voiture n’entre pas trop en jeu (contrairement à un usage urbain).

Combien aux cent ?

La voiture électrique fait très rarement, sinon jamais, état de la consommation d’électricité aux 100 km. C’est que l’électricité, dont les prix sont maintenus le plus bas possible, parfois avec le soutien des états, est généralement peu chère comparée à l’essence ou au gazole, qui à l’inverse sont fortement taxés. économiquement donc la mesure de l’autonomie fait ainsi plus de sens car elle est proportionnelle à la capacité d’une batterie qui n’est pas inusable et dont le prix est très élevé.

Mais d’un point de vue environnemental, c’est bien la consommation qui est importante. Et d’autant plus pour une voiture électrique, largement, sinon unanimement, présentée comme voiture propre ou voiture à "zéro émission" . Face à l’absence de chiffre précis sur un sujet quasi tabou, nous avons dû à plusieurs occasions, estimer des consommations (entre 10 kWh au 100 pour une petite voiture et 25 pour une vraie berline).

Sur la base des chiffres de Tesla, et du nouveau test EPA (plus réaliste pour des voitures électriques), la division de 85 kWh par 426 donne une consommation de 19,95 kWh au cent, un résultat que nous considérons comme excellent.

Combien de CO2 ?

Reste à établir les émissions de gaz à effet de serre générées pour produire ces 19,95 kWh aux cent, chiffre dont notre lecteur nous pardonnera la commodité d’un arrondi à 20 kWh. Selon la base de donnée Carma (Carbon Monitoring), l’intensité carbone du kWh aux Etats-Unis est de 610 g (en Chine de 870 g, en Europe 400g). Ce qui donne pour les Etats-Unis des émissions de 120 g au km (en Chine 174, en Europe 80 g).

Ces chiffres sont à comparer avec des émissions de CO2 pour les meilleures voitures du même type, soit de l'ordre de 100 g au km. Bien évidemment il ne s’agit pas ici d’une analyse de cycle de vie, mais d’une indication de ce qu’en toute logique devrait mentionner l’étiquette environnementale de la voiture électrique calculé sur les mêmes bases que les émissions de CO2 des voitures à essence.

Il ne s’agit pas non plus de condamner la voiture électrique, mais de remettre les pendules à l’heure. Et par la même occasion de rappeler que la meilleure façon de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’automobile, c’est de créer des villes ou le déplacement automobile individuel, si peu efficace par ailleurs (économiquement, socialement, environnementalement), n’est plus nécessaire. Rappelons que nous devons construire une ville d’un million d’habitant tous les 5 jours jusqu'en 2050 (voir notre article).