Rio+20 : entre développement durable et écconomie verte

mardi 19 juin 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Illustration du Greenwashing selon les Amis de la Terre

Ne pas confondre l'économie verte et le développement durable. Un rapport des Amis de la Terre publié à l'occasion du sommet Rio+20 montre deux visions différentes d'un futur respectueux de l'environnement. [photo extraite du rapport]

Dans un rapport titré « Reclaim the United Nations from Corporate Capture » (en français, « Assainir les Nations Unies de la mainmise des multinationales » ), l’association de protection de l’environnement « Les Amis de la Terre » montre des liens croissants entre les grandes entreprises et l’organisation des Nations Unies. Le rapport D’abord précisons que dans l’introduction de son rapport publié le 19 juin 2012, Les Amis de la Terre rappellent que malgré des défauts de transparence, de répartition des pouvoirs ou de représentation, l’organisation des Nations Unies est plus à même de traiter du climat, de la crise mondiale, des problèmes alimentaires ou d’environnement que le G8, le G20, le FMI, ou la Banque Mondiale, organisations où les intérêts des pays les plus pauvres sont faiblement représentés.

Le rapport veut montrer comment le sommet Rio+20 a été préparé par les Nations Unies avec le concours des grandes entreprises et des lobbies aux fins de promouvoir le concept de « green business » au détriment de celui de développement durable. La vision de « green business » ou plus généralement d'économie verte  vise à donner une valeur aux services rendus par la nature et à les faire rentrer dans une logique de marchés, marchés qui, toujours selon le rapport, seraient investis par ceux-là même (les grandes industries polluantes) à l’origine même des problèmes planétaires (voir ici en français la déclaration des Amis de la Terre sur la capture des Nations Unies par les entreprises).

Economie verte contre Développement durable

Pourtant le concept d’économie verte, tel que promu par les Nations Unies incite à l’arrêt des subventions aux activités dommageables pour l’environnement (par exemple la recherche pétrolière ou la pêche) et à l’investissement dans des nouvelles technologies dites « vertes ». (voir ici la synthèse du rapport Green Economy Report de février 2011).

Il promeut les énergies renouvelables ou bas carbone, une agriculture responsable, le découplage entre la richesse et la production de déchets, l’efficacité énergétique dans le bâtiment, la mobilité bas carbone dans les villes et il est, en apparence au moins, pétri de bonnes intentions capables de satisfaire le citoyen planétaire vert.  Alors que viennent dénoncer les Amis de la Terre ?

1) Tout ne rentre pas dans une logique de marché. Comment par exemple concilier, l’accès à l’eau comme un droit inaliénable de chaque être humain, avec l’eau douce comme marché planétaire… La valeur de la biodiversité peut-elle seulement s’exprimer en dollars et quid des espèces dont on considérerait qu’elles ne servent à rien ? Est-il légitime d’investir dans la protection de la nature ici pour obtenir le droit de polluer là, ce qui est le principe même d’un marché et qui en matière d’environnement devient «mécanisme de compensation » .

2) Dissoudre le problème environnemental dans un concept économique laisse la main aux grandes entreprises et à la finance pour définir elles-mêmes ce qu’est un investissement propre, sa valeur sur le marché, et de manière générale la valeur et la propriété des ressources fournies gratuitement par la nature.

Le rapport cite en exemple le « Plan énergie durable pour tous » lancé en novembre 2011 dont les grandes lignes seraient décidées par quelques grandes entreprises du secteur énergétique dominées par des acteurs des énergies fossiles, et ce sans réelle consultation de la société civile.

Autre exemple : en matière d’agriculture et de politique alimentaire, les Amis de la Terre montrent les liens entre le Fond international des Nations Unies pour le développement de l’agriculture (supposé travailler dans l’intérêt des plus pauvres) avec la Fondation Bill and Melinda Gates, elle-même liée à des multinationales comme Monsanto ou Dupont.

Les lobby aux commandes

Selon les Amis de la Terre les grandes entreprises et les lobbies sont à la place du conducteur lors de la rédaction de rapports majeurs des agences des Nations Unies, et mettent à l’ordre du jour leurs propres propositions à la résolution des problèmes. Le résultat est que ceux-là même qui sont à l’origine des problèmes planétaires d’aujourd’hui se posent en sauveur et proposent les solutions qui les arrangent pour en sortir.  

L’association propose une série de remèdes, dont la nécessité de rappeler que le rôle des Nations Unies est de servir l’intérêt du public, et plus prosaïquement de supprimer tous les mécanismes qui permettent des relations trop étroites entre les agences des Nations Unies et les industries, et à tout le moins de les rendre publiques. Parmi ces mesures l’impossibilité pour un agent des Nations Unies de travailler, au moins pendant un certains temps, pour l’industrie ou des organisations professionnelles.