Combien coûte vraiment l'électricité ?

samedi 21 juillet 2012 Écrit par  Yves Heuillard

ligne électrique à haute tension

Le rapport de la Commission d’enquête sénatoriale sur le coût réel de l’électricité, présenté le 11 juillet 2012, nourrit le débat sur les questions énergétiques. Synthèse [photo cc Stephen Hill]

Le rapport de la Commission d’enquête sénatoriale sur le coût réel de l’électricité est intéressant à plus d'un titre. Il s'agissait en particulier d'apporter tous les éléments d'informations sur la question nucléaire. Beaucoup de questions restent cependant ouvertes, mais c'est le mérite du rapport de les poser pour nourrir le débat à venir sur les questions énergétiques.

Petit prix et grosses factures

Le faible coût au kWh de l’électricité en France n’empêche pas les Français d’avoir une des factures électriques les plus lourdes d'Europe. Le recours au chauffage électrique, qui se poursuit aujourd'hui, en est l'une des raisons. Cependant, certains pays ont fait le choix de transférer une partie de leur fiscalité classique sur des assiettes énergétiques. Ainsi, la part totale de la fiscalité pour un consommateur final résidentiel représente 100 €/MWh en Allemagne en 2010, contre 32 €/MWh en France.

Hausse durable du nucléaire ?

La commission s'interroge sur la hausse du prix de l'électricité nucléaire. Le rapport rappelle un coût actuel (cet épithète est important) de l'énergie nucléaire de 54,2 € (estimation Cour des comptes + estimation programme maintenance post-Fukushima). Il serait de 75 € si on y incluait l'assurance d'un accident majeur, la recherche publique, et des hypothèses de surcoûts concernant par exemple le démantèlement ou la gestion des déchets.

Concernant le nucléaire futur, La Cour des comptes évoque le chiffre de 70 à 90 € / MWh pour l’EPR de Flamanville, sans qu’elle n’ait pu valider ce chiffre. Le rapport indique qu'au Royaume-Uni l'électricien nucléaire EDF-Energy demande un tarif d'achat garanti qui pourrait être de l'ordre de 90 à 110 euros le MWh et la commission de s'interroger sur la durabilité de la hausse des coûts du nucléaire. Notons qu'il paraît invraisembable que l'on ne puisse pas exprimer avec précision ce que sera le coût de l'électricité fournie par un EPR.

Durée de vie des centrales nucléaires

La commission pèse longuement les avantages et les risques d'un prolongement de la durée de vie des réacteurs à 60 ans (durée initialement espérée de 30 ans) admettant que "la prolongation des centrales apparaît donc comme une solution d’attente et de moindre coût, mais la frontière entre les bénéfices de l’attente et le coût de la non-action demeure délicate à tracer".

La commission estime que l'arrêt à 40 ans plutôt qu'à 60 ans couterait 1 milliard d'euros par réacteur de 900 MW mais que "le vieillissement des centrales pourrait diminuer leur sûreté et la survenance d’un éventuel accident majeur annulerait de loin tous les avantages". Le rapporteur souligne que "la prolongation à 60 ans repose sur un pari industriel puisqu’aucune centrale nucléaire n’a encore fonctionné pendant une telle durée, la durée maximale d’exploitation d’un réacteur étant jusqu’à présent de 47 ans".

Accident nucléaire majeur

On apprend que les montants d'indemnisation d'un accident nucléaire ne sont pour le moment que de 345 millions d'euros par accident (bien peu au regard du coût des vignobles du Haut-Médoc, Saint Estèphe et Pauillac situés en face de centrale du Blayais, par exemple, ndlr). Un protocole signé le 12 février 2004 prévoit une augmentation substantielle de ces niveaux de responsabilité à 1,5 milliard, mais il n'est pas encore ratifié par les états signataires.

Les renouvelables et l'emploi

La commission d'enquêté note que la recherche publique française consacrée à l’énergie s’est concentrée quasi exclusivement sur la filière nucléaire, au détriment des autres secteurs de l’énergie et s'interroge sur les conséquences d'une orientation différente. Difficile de répondre précisément mais la commission "convient de considérer que les filières des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (par exemple dans la rénovation du bâtiment) sont hautement intensives en emploi et, qu’en conséquence, leur développement aurait possiblement pu conduire à une situation économique passée et présente plus favorable".

L'éolien compétitif avec le nucléaire

L'éolien terrestre apparaît comme "une filière mature, compétitive par rapport à la plupart des filières non renouvelables, et dont les coûts n'excèdent pas ceux des réacteurs nucléaires EPR actuellement en construction en Europe". Le coût de l'éolien terrestre est de 82 € le MWH les dix premières années, puis de 28 à 82 cts d'euros pour les 5 années suivantes selon les sites. Mais le coût du mégawatt-heure éolien pourrait descendre à 70 euros si cette durée de vie était finalement de vingt ans.

Sur la base des appels d'offres attribués par le gouvernement en 2011, le prix de l'éolien offshore serait de 226,5 euros le MWh, prix très au-dessus des conditions pratiquées dans d'autres pays d'Europe (le rapport fait état d'un prix de vente de 140 €/ MWh dès cette année au Danemark pour le parc éolien d'Anholt exploité par Dong Energy).

Photovoltaïque : patience...

Pour le photovoltaïque, les appels d'offres récents font état d'un coût de 229 € le MWH en 2020 pour des installations moyennes (pas de chiffres pour les grandes installations), mais le rapporteur estime qu’il devrait assez rapidement se retrouver au niveau de la parité réseau. (prix auquel l'électricité est vendue aux particuliers).

Lire le rapport

Si on s'intéresse au sujet, il faut lire le rapport qu'on trouvera ici. Parmi les autres sujets traités que nous n'avons pas abordés ici : Donner une nouvelle impulsion aux économies d'énergies ; trouver un équilibre entre produire plus et consommer moins ; les enjeux du stockage de l'énergie ; la proposition de trois sécnarii à l'horizon 2050 : un "scénario sobriété" (avec sortie du nucléaire et développement très volontariste des renouvelables) ; un "scénario intermédiaire" (maintien d'une part limitée de nucléaire avec quelques EPR en remplacement des machines existantes) ; un "scénario nucléaire nouvelle génération"  maintenant la politique nucléaire avec des EPR voire des réacteurs de 4ème génération au plutonium.