L'électricité nucléaire serait-elle si chère ?

mardi 14 août 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Centrale nucléaire de Hinkley Point dans la brume

Au Royaume-Uni, la réforme des marchés de l'énergie prévoit de subventionner l'énergie nucléaire par un mécanisme de soutien qui garantirait aux énergéticiens un prix de l'électricité nucléaire deux ou trois fois plus élévé que le prix tambouriné en France. 

En 2007, lorsque le gouvernement Blair avait soutenu le développement de nouveaux réacteurs nucléaires au Royaume-Uni, les énergéticiens disaient pouvoir le faire sans l'aide de l'argent public. Depuis, les coûts de production des énergies renouvelables ne cessent de baisser, alors que les coûts des réacteurs nucléaires, pour autant qu'on puisse correctement les évaluer, ne cessent d'augmenter. L'EPR de Flamanville en construction dans le département de la Manche (France) a pratiquement doublé son prix prévu initialement de 3,3 milliards d'euros.

Récemment les énergéticiens allemands EON et RWE ont mis en vente leur filiale Horizon Nuclear Energy qui devait construire quatre nouveaux réacteurs au Royaume-Uni. Horizon est maintenant en discussion avec des investisseurs chinois pour construire les réacteurs, en partenariat avec Areva, ou avec Westinghouse (Toshiba).

EDF, qui a fait l'acquisition en 2009 de l'exploitant nucléaire British Energy (avec Centrica qui détient 20%) projette de construire en tout quatre réacteurs de type EPR outre-Manche, dont le premier, situé à Hinkley Point, est censé entrer en service fin 2018-début 2019.

La réforme en cours des marchés de l'énergie au Royaume-Uni, qui vise à soutenir la production d'énergies produisant peu de gaz carbonique prévoit d'offrir aux énergéticiens un mécanisme de garantie des prix sur le long terme de manière à favoriser les investissements à fort besoin en capital, dont l'éolien en mer et le nucléaire.

Le système marchera de la manière suivante : si le prix du marché de gros de l'électricité baisse sous un prix de référence (strike price) le gouvernement paiera la différence aux énergéticiens. Si à l'inverse, les prix de gros dépassent le prix de référence, l'énergéticien paiera la différence au gouvernement. L'Etat garantit donc à l'énergéticien un prix fixe de revente de l'électricité sur le long terme. Reste à fixer ce prix de référence, selon les projets. Ce qui devrait être fait l'année prochaine, mais des pourparlers sont déjà en cours entre EDF Energy et le gouvernement du Royaume-UNI. Ces pourparlers sont dénoncés comme manquant de transparence par les autres énergéticiens.

Selon le Financial Times, qui ne cite pas ses sources, le gouvernement avait anticipé l'année dernière un prix de référence pour les nouveaux réacteurs nucléaires bien en dessous de 127 euros (100 £) à comparer avec le prix actuel de l'électricité de gros de 52 euros (41 £) au Royaume-Uni.

Dans une interview au Daily Telegraph du 13 août 2012, Vincent de Rivaz, le patron de EDF Energy, parle d'un prix de référence pour les nouveaux réacteurs nucléaires bien en dessous du prix de production de l'électricité éolienne offshore de 178 € le MWh (140 £). Mais M. de Rivaz n'a pas souhaité préciser si le prix de référence sera de l'ordre de 127 € le MWh (100 £), le coût estimé de production de l'électricité éolienne offshore en 2020, date à laquelle le premier nouveau réacteur nucléaire pourrait être mis en service à Hinkley Point. Toujours selon le Daily Telegraph M. de Rivaz n'a pas davantage souhaité divulguer le prix du réacteur de Hinkley Point, mais l'article suggère un prix de près de 9 milliards d'euros (7 milliards de livres).

On pourra s'étonner qu'en France le prix de revente de l'électricité nucléaire par EDF à ses concurrents ait été fixé en France à 42 € le MWh - ce prix étant censé représenter le coût de production - alors que les tractations britanniques évoquent un prix garanti par le gouvernement deux à trois fois plus élévé. On s'étonnera aussi que les coûts de production de l'électricité nucléaire soit présentés ici comme les plus compétitifs du marché, que le système de prix de rachat garanti de l'électricité solaire ou éolienne soit largement décrié par les promoteurs de l'énergie nucléaire, alors que de l'autre côté de la Manche, le même nucléaire ne serait pas viable sans une intervention forte de l'état.

On comprend que l'industrie éolienne offshore naissante, dont les prix de production vont décroissants, fasse appel au subsides publiques pour son développement, mais quelle logique voudrait qu'on subventionne encore une technologie nucléaire déjà soutenue pendant 50 ans par la puissance publique et dont les prix de production de l'électricité vont croissants ?

Avec humour, le journaliste du Daily Telegraph rapporte une comparaison de l'énergie nucléaire et des jeux olympiques faite par M. Vincent de Rivaz : "le nucléaire, comme les jeux, aurait l'ambition de transformer le pays". Comparaison considérée comme malheureuse car les jeux de Londres seraient les plus coûteux de l'histoire avec un budget qui a largement dérapé de ses estimations initiales.

 [Photo d'ouverture centrale nucléaire anglaise de Hinkley Point photo cc Me'nthedogs]

 

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