Énergie, climat, économie : la solution allemande à la crise mondiale

lundi 10 septembre 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Couverture des rapports sur le financement de la transition énergétique

Le German Advisory Council on Global Change montre que la planète pourrait très bien fonctionner 100% aux énergies renouvelables. Modalités et  coûts de la "Grande Transformation" sont explorés.

Le German Advisory Council on Global Change (acronyme allemand WBGU) est une sorte de Haut Conseil allemand pour le changement global. Dans ses deux derniers rapports, il explique que les technologies existent pour une économie mondiale sans émission de CO2, expose les modèles de financements et de politiques publiques à mettre en oeuvre, explore les transformations profondes sous-jacentes en matière d'infrastructures, procédés de production, systèmes de régulation, et modes de vie. Le WBGU pose aussi les bases d'un nouveau rapport entre la sphère politique, la société, la science et l'économie.  

Le WBGU est un organisme indépendant mis en place par le gouvernement fédéral pour la préparation du Sommet de Rio en 1992. Le dernier rapport du WBGU titré "Financing the Global Energy-System Transformation" montre que la transition énergétique vers 100% d'énergies renouvelables est tout à fait possible.

Pour bien comprendre il faut aussi se référer au précédent rapport "World in Transition - a Social contract for sustanaibility". Les deux rapports donnent tout simplement la solution aux problèmes climatique, économique et energétique (qui sont intimement liés) et posent les bases d'un nouveau contrat social pour résoudre la crise mondiale. Les éléments repris dans cet article proviennent des deux rapports.

Rien de bien nouveau sous le soleil du côté des développements industriels et des investissements nécessaires, en particulier en matière d'efficacité énergétique. Le problème principal, du moins côté allemand, n'est plus de convaincre du bien-fondé de la transition énergétique mais de mettre en place les mécanismes qui incitent les investisseurs privés à des investissements de long terme, parfois considérés comme risqués, voire pas assez rentables pour le moment ; et pour le régulateur à anticiper les bénéfices pour l'économie d'une dépense locale dans les systèmes énergétiques pérennes plutôt que dans le tonneau des Danaïdes des combustibles fossiles.

Sources d'énergies en 2050 selon le WBGU
Vision de la production énergétique en 2050, sans fossile, sans nucléaire. (Source WBGU)

Clairement nos voisins allemands, qui sont déjà les champions reconnus d'une transformation largement amorcée vers une économie verte, entendent montrer au monde l'exemple d'une économie plus prospère, plus durable et plus équitable. En terme de développement économique, de création de nouvelles industries, de relocalisation des emplois et de la valeur ajoutée, ils savent tous les bénéfices à en tirer.

Le WBGU donne l'idée d'une économie plus prospère, parce que précisément fondée sur un nouveau contrat social planétaire pour un développement durable et équitable pour tous. Il réaffirme que seule une société démocratique peut développer suffisamment de créativité et d'innovations pour mettre en place cette transformation du monde (appelée la "Grande Transformation").

La participation citoyenne, le partage des savoirs, l'éducation permanente, sont vus comme des éléments clés pour une mutation acceptée vers une société durable. Et sauf à renoncer à la démocratie pour une "expertocratie", l'acquisition par les politiques des connaissances scientifiques nécessaires à la compréhension des écosystèmes et de la physique de la Terre est présentée comme essentielle (à ce sujet, la qualité de physicienne quantique de Angela Merkel a été un élément déterminant de l'abandon du nucléaire en allemagne après Fukushima, voir notre article).

Combien ça coûte ?

En valeur absolue, les analystes du WBGU calculent qu'un investissement initial dans les développements durables et les systèmes énergétiques de 1100 milliards de dollars par an sera nécessaire jusqu'en 2030 et jusqu'à 3500 milliards de dollars par an aux alentours de 2050.

Les investissements mondiaux actuels dans le secteur de l'énergie sont de l'ordre de 1 300 milliards (2% du PIB mondial) dont environ 1000 milliards par an pour la fourniture de l'énergie, c'est à dire l'extraction des matières fossiles, la production, la conversion, et la distribution de l'énergie. 300 milliards d'investissements sont faits du côté de la consommation (industries, transports, bâtiments, consommation des ménages) ; c'est par exemple les investissements réalisés dans des moteurs plus efficaces pour les transports. Les seuls investissements dans les énergies renouvelables ont atteint 210 milliards de dollars en 2010 dont 190 pour la seule production d'électricité. Environ 50 milliards de dollars ont été investis dans la recherche et le développement du secteur de l'énergie, dont 50% pour les énergies fossiles et nucléaires, et seulement 18% -quoiqu'en très forte augmentation - pour les énergies renouvelables (chiffres 2010).

C'est faisable...

Pour passer de la situation actuelle à une situation où la production mondiale de l'électricité serait entièrement renouvelable d'ici 2050, il suffirait, selon le WBGU, de déplacer les investissements actuels jusqu'en 2030 vers les énergies renouvelables, de ne plus subventionner les énergies fossiles (300 à 500 milliards de dollars par an) et le nucléaire ; de doubler ces investissements à partir de 2030 et de les tripler d'ici le milieu du siècle. En tout, d'ici 2050, 68 000 milliards de dollars d'investissements devraient être réalisés d'ici 2050. Si le chiffre peu paraître astronomique au profane, en réalité il s'agit simplement de dépenser de l'ordre de 1,5 % de plus du PIB mondial dans le secteur de l'énergie.

Sommes-nous prêts à faire cet investissement pour assurer la transition énergétique, et pour sauver la planète ? Oui répondent les allemands, et ce d'autant plus volontiers, que l'industrie allemande devrait en profiter au premier chef. Sans compter que les bénéfices indirects (sur la santé, ou sur les armements nécessaires aujourd'hui à maintenir un ordre mondial favorable à la consommation par les pays riches de ressources fossiles extraites dans les pays pauvres, ndlr) sont gigantesques. Ces bénéfices indirects rendent en fin de compte la transition énergétique très favorable à la collectivité planétaire à moyen terme, mais pas nécessairement, à court terme, aux investisseurs. Sauf à pouvoir par exemple intégrer dans les coûts des énergies fossiles et nucléaire, les impacts environnementaux.

Le rapport du WBGU sur le financement, plutôt technique, analyse donc les politiques publiques qui devraient être mises en place pour parvenir à orienter différemment les investissements. Il fait treize recommandations en ce sens (pages 20 à 32 du rapport) sur le financement.

Sans le nucléaire, sans la CSC

Bien que le nucléaire et les énergies fossiles associées à la capture du gaz carbonique pourraient être des options possibles au regard de la protection du climat, le WBGU conseille d'éviter ces technologies. Pour le nucléaire du fait de coûts associés très élevés, du risque de catastrophe et de prolifération nucléaire, et du problème des déchets qui n'est pas résolu. Pour la capture et le stockage du carbone, le WBGU considère que les risques liés à cette technologie n'ont pas été assez évalués.

Le WBGU conseille d'ailleurs de réallouer les subventions directes ou indirectes aux énergies fossiles ou à l'électricité nucléaire, à l'éolien, au solaire, à la cogénération, à l'efficacité énergétique des bâtiments, aux réseaux électriques intelligents, au stockage de l'électricité. 

Article rédigé sur une information de André Langwost, notre correspondant allemand