Les dessous de la fracturation hydraulique

lundi 08 octobre 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Prises d'échantillon par l'Anece de protection de l'environnement américaine (EPA)

Un rapport de contamination des nappes phréatiques, une action en justice de citoyens contre des exploitants gaziers et une enquête journalistique pour tout comprendre des accusations portées contre l'exploitation des gaz de schistes. [Ci-dessus collecte d'échantillons dans les nappes - Photo EPA]

Couverture du rapport préliminaire de l'EPA sur une contamination possible par l'exploitation des gaz de schistesL'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a publié, à la fin de l'année 2011, un rapport préliminaire faisant état de la contamination des nappes phréatiques dans la région de Pavillion (Wyoming, Etats-Unis). Le rapport a déclenché une tempête de protestations et de controverses, les producteurs de gaz mettant en cause l'étude. Une autre étude, réalisée sur les mêmes puits par une autre agence fédérale américaine la U.S Geological Survey (l'équivalent de notre Bureau de recherche géologique et minière, BRGM) fait également état de contaminations (septembre 2012). Il faudra attendre 2013 pour que l'EPA publie son rapport final.

Dans ses conclusions le rapport préliminaire de l'EPA note les traces de nombreux produits chimiques dans les nappes phréatiques, au niveau ou en dessous des nappes phréatiques utilisées pour la fourniture d'eau potable. Parmi les produits chimiques, des composés organiques aromatiques toxiques et des hydrocarbures (benzène, xylènes, naphtalène, isopropanol, diéthylène glycol, triéthylène glycol, triméthylbenzène) qui sont généralement associés à la fracturation hydraulique. EPA mentionne également un PH de l'eau anormalement très élevé (très basique). L'Agence de protection de l'environnement note aussi qu'il est probable que la fracturation hydraulique, ait facilité la migration et la dissolution de méthane dans les nappes d'eau à usage domestique. L'agence met en cause la défaillance de l'étanchéité des puits de fracturation hydraulique et la décharge sur place, dans des puits forés à cet effet, des résidus liquides d'exploitation.

Les gaz de schistes aux états-Unis

La consommation de gaz naturel des
états-Unis est de l'ordre de 700 milliards de m3 par an. L'estimation des réserves récupérables de gaz de schistes du pays se situe pour le moment autour de 13000 milliards de mètre cube (Source EIA 2012).

La production de gaz de schiste devrait atteindre 385 milliards de m3 par an en 2035, soit 49% de la production américaine de gaz.

Dès 2017 les états-Unis devraient devenir le premier producteur mondial de gaz devant la Russie. Et dès 2021 la production (tous types de gaz confondus) devrait dépasser la consommation.

L'EPA demande plus de transparence sur la composition des produits utilisés pour la fracturation hydraulique, recommande que des analyses systématiques des nappes d'eaux souterraines soient effectuées avant toute exploitation de gaz de schiste et invite à l'amélioration des standards de construction des puits de forage de manière à assurer leur étanchéité.

L'idée est de pouvoir vérifier les arguments de l'industrie, qui a beau jeu de dire que nombre de produits chimiques présents dans les nappes phréatiques (dont le méthane) y parviennent naturellement, puisqu'on est dans un champ d'hydrocarbure.

Des puits de décharge pour produits chimiques

Une action collective en justice (class action) de citoyens de l'Arkansas contre une compagnie d'extraction de gaz de schiste met en cause les exploitants pour des pratiques polluantes. Selon le mémoire de l'accusation remis à la justice, environ 10% des 30 000 m3 de produits chimiques injectés à très haute pression dans chaque puits de forage refluent à la surface, et doivent être traités comme des déchets industriels (en tout des dizaines de millions de m3 pour l'Arkansas). Ces déchets liquides sont réinjectés dans le sol dans des puits de décharge forés localement.

Extrait de l'accusation - class action contre gaz de schiste en Arkansas
Les exploitants sont accusés d'avoir caché aux plaignants que leurs terres seraient
utilisées comme décharge de produits chimiques dans des proportions gigantesques.  

Les plaignants accusent les exploitants d'avoir occulté la nature toxique des injections (présentées comme de l'eau salée), d'avoir sous-estimé les volumes de ces injections, et oublié de préciser la migration souterraine horizontale de ces déchets bien au delà du point d'injection (jusqu'à 5 km), évitant en cela de rémunérer les milliers de propriétaires des terrains situés au dessus. à noter que le texte de l'action collective met en évidence la nature et la toxicité des produits chimiques employés dans la fracturation hydraulique.

Une réglementation bienveillante

Cpature d'écran de Propublica / foragesSelon un rapport publié par Propublica, l'industrie pétrolière et gazière aux Etats-Unis bénéficie d'une réglementation bienveillante qui autorise l'élimination des produits chimiques issus des forages pétroliers ou gaziers dans des puits de décharge creusés sur place à cet effet. Selon Probublica ces puits de décharge ont proliférés depuis 60 ans et permettent à l'industrie de se débarrasser à bon compte de centaines de millions de mètre cube de déchets industriels par an.

Toujours selon Propublica il y aurait 150 000 de ces puits de décharge dans 33 états des U.S.A. Le journal explique comment, depuis les années 60, les lobbies de pétrole et du gaz ont su infléchir la réglementation en leur faveur, contourner les lois, en particulier la loi sur l'eau potable (Safe drinking Act), déjouer les projets de réglementation plus sévère. De toute façon le nombre de puits de décharge est tel que l'administration n'a pas les ressources pour les contrôler. La publication citoyenne mentionne par exemple la découverte par une association anti-forage de déchets de radium (un produit très radioactif) déversés dans un puits de décharge.

Aussi sur ddmagazine.com

Gaz de schiste : les révélations de Josh Fox

Gaz non conventionnels : eldorado à risques ?

Tous nos articles sur le sujet  

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.