Électricité : davantage de CO2, la faute à l'Allemagne ?

jeudi 29 novembre 2012 Écrit par  Yves Heuillard

L’étude « Changement climatique et électricité » du cabinet d’audit et de conseil PwC compare les émissions de CO2 d'un panel des principaux électriciens européens et dresse un classement du facteur carbone (les émissions de CO2 par MWh produit). 

Après une baisse soutenue entre 2007 et 2010 (-12,7%), le facteur carbone des 20 électriciens du panel est reparti à la hausse (+ 2,7%). Certains journaux mettent en cause la sortie du nucléaire en Allemagne. Ce n'est pas si simple. L'étude complète disponible ici et notre mise en perspective ci-après. [photo CC Ribarnica]

Rapport PWC sur le changement climatique et l'électrictéEn 2011, la production d’électricité des 20 industriels analysés dans l’étude PwC a baissé de 36 TWh, passant de 2 144 TWh à 2 109 TWh, soit -1,7% par rapport à 2010.

Au contraire, les émissions de CO2 des producteurs d’électricité européens ont augmenté de +1,1% sur l’année 2011, passant de 705 millions de tonnes de CO2 (Mt CO2) en 2010 à 713 Mt CO2.

L'étude PwC, réalisée avec Enerpresse, est l'une des meilleures du genre. Elle montre que l'évolution du facteur carbone s'inverse. Mais à mettre en exergue tel ou tel résultat en occultant le reste, les médias peuvent à peu près tout lui faire dire. D'où notre remise de pendules à l'heure.

Précisons d'abord que l'étude ne concerne pas toute la production électrique européenne mais à peu près les deux tiers (3 164 TWh pour l'Europe des 27 selon Eurostat). L'étude PwC concerne 20 des principaux producteurs.

Le facteur carbone

Selon PwC, le facteur carbone européen atteint 338 kg CO2/MWh en 2011, soit une augmentation de 9 kg CO2/MWh par rapport à l’année 2010 (+2,7%), mais une dimuntion de 11,5% par rapport à 2007.  Le meilleur facteur carbone est celui de l'électricien norvégien Statkraft avec 23 kg CO2/MWh, suivi de EDF avec 83kg.

Ce facteur carbone ne résulte que des émissions produites par l'exploitation des centrales électriques, et ne tient pas compte des émissions en amont (extraction du charbon, la fabrication du combustible nucléaire, fuites de gaz dans le transport par exemple) ; ni des émissions en aval (transport et traitements des déchets, démantèlement des installations).

Le facteur carbone est par ailleurs calculé sur l'électricité produite et non sur l'électricité finale (ou électricité consommée par les utilisateurs).  

GDF Suez a acquis l'électricien International Power en 2011. International Power ne faisant pas partie du panel de 2010, la production d'electricité globale de l'étude augmente mécaniquement, de même que les émissions globales, et a fortiori celles de GDF Suez. Une lecture superficielle pourrait laisser croire que GDF Suez est le vilain canard de l'affaire.

En réalité à périmètre constant, c'est à dire sans tenir compte de International Power, la baisse de la production est encore plus importante. Elle est essentiellement conjoncturelle : la croissance industrielle élevée en Allemagne n’a pas suffi à contrebalancer la diminution de la production d’électricité des pays du sud de l’Europe (Espagne, Portugal et Grèce), affectés par la faiblesse de l'économie.

Plus de CO2, la faute aux Allemands ?

D'abord l'étude PwC montre, qu'en 2011, la part du nucléaire dans la production d'électricité est plus grande qu'en 2010 (EDF en particulier a mieux exploité ses centrales). L'étude étant globale, ne traitant pas des pays mais des industriels, il faut de sacrées contortions intellectuelles pour en tirer des conclusions spécifiques sur l'Allemagne. 

Il est toutefois indéniable que la fermeture de sept réacteurs nucléaires en Allemagne en juillet 2011 a été compensée, au moins en partie, par le recours au charbon. Mais mettre en cause la politique énérgétique de l'Allemagne au vu des résultats de l'étude PwC n'est pas justifié. 

Les réacteurs allemands arrêtés en 2011, les plus vieux, n'auraient produit qu'environ 10 TWh de plus s'ils étaient restés en fonctionnement (sur la base des chiffres de la European Nuclear Society). Hors, dans le même temps, la production d'énergies renouvelables en allemagne a progressé de 18 TWh (+17%) en 2011, pour une production totale de 122 TWh (source BMU, Ministère allemand de l'environnement).

Pour donner à notre lecteur la dimension de la mutation allemande, la seule production d'électricité photovoltaïque en 2012 sera de l'ordre de 26 TWh (notre article). La croissance des énergies renouvelables en Allemagne pourrait même entraîner la fermeture de la moitié des centrales à charbon et à gaz en Rhénanie-du-Nord-Wesphalie d'ici 2030 (Sources : Der Spiegel 25/11/2012 et une étude de Prognos réalisée pour E.ON).

L'enjeu industriel allemand est maintenant celui du stockage et de la distribution de l'électricité solaire ou éolienne (notre article sur Solar Fuel). 

à qui la faute ?

Pour Olivier Muller, Directeur énergie et Climat chez PwC et auteur de l'étude, "Les causes de la dégradation du facteur carbone sont connues : pour 2/3 l'augmentation de l'intensité carbone des énergies non renouvelables et pour 1/3 la baisse de la part de l'énergie renouvelable dans la production électrique".

Selon l'étude PwC, La baisse des énergies renouvelables en 2011 représente 22 TWh (61 % de la baisse totale de production). Cette diminution s’explique notamment par la sécheresse de cette année - la plus importante depuis 1976 - puisque la principale source d’énergie renouvelable reste l’électricité hydraulique, représentant 13 % de la quantité totale d’électricité produite par le panel de l'étude en 2011. Ce qui nous fait lire le titre de l'étude PwC "Changement climatique et électricité" d'une autre manière. Ci-dessous barrage de Roselend en Savoie, à sec en avril 2011 (photo cc Yatatoon).

Barrage de Roseland en Savoie

Un élément qui n'est pas directement evoqué par l'étude mais susceptible d'expliquer, au moins en partie, l'augmentation de l'intensité carbone des non-renouvelables, concerne le marché des quotas de carbone. Du fait de la baisse d'activité et d'une faiblesse de la réglementation du marché des permis d'émissions, ces derniers ont baissé considérablement, passant à moins de 10 euros en juin 2011.

Un prix du carbone faible, un prix du gaz trop élevé au regard d'un prix de l'électricité en baisse du fait d'une faible demande, incitent à user du charbon le plus souvent et à réserver le gaz pour les périodes de pointe. (en pourcentage le charbon augmente de 1,1 point dans le mix energétique de l'étude PwC, contre 0,2 pour le gaz). 

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