Déchets nucléaires : quel rapport avec la chrétienté ?

jeudi 13 décembre 2012 Écrit par  rédaction

Un groupe de travail composé de personnes aux convictions diverses, chrétienness ou non, s'est penché sur les aspects éthiques du projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse.

C'est autour de Marc Stenger, évêque de Troyes, et président de Pax-Christi France (association chrétienne pour la paix dans le monde), qu'un groupe de travail composé de personnes aux convictions diverses s'est penché pendant plus d'un an sur les aspects éthiques du projet CIGEO d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse.

Le fruit du travail de ce groupe, réflexions et questions, vient d'être publié (une synthèse ici et la version complète ici). Les quatre évêques des territoires concernés (Evêques de Langres, Troyes, Verdun et St Dié) ont reconnu l'intérêt de cette démarche et signé un liminaire qu'on trouvera ici. Nos lecteurs de la région de Bar-le-Duc sont invités à réfléchir et débattre avec le groupe de travail, le jeudi 20 décembre à 20h30 à la salle des fêtes de l'Hôtel de Ville. Ci-dessous quelques extraits choisis.

Le rapport du groupe de travail rappelle d'abord la génèse et les risques liés au projet d'enfouissement dont nous tirons ici quelques extraits.

La production d’électricité dans les centrales nucléaires génère des déchets radioactifs extrêmement dangereux et en l'absence de solution pour les rendre inoffensifs, l'idée de leur enfouissement en couche géologique profonde émerge dans les années 60. [...]

Le projet Gigeco d'enfouissement à Bure prévoit de concentrer en ce lieu 99,96% de la radioactivité totale des déchets produits en France. Trois cents hectares seront utilisés pour les installations de surface dont d’importants entrepôts de stockage provisoire. Ce site d’exploitation est prévu pour recevoir plusieurs milliers de containeurs par an pendant 100 ans. Ce qui entraînera immanquablement une contamination radioactive (voies ferrées, gares, routes…) et une pollution atmosphérique multiple (rejets radioactifs et chimiques…). [...]

L'exploitation du site et le stockage des déchets en profondeur lui-même n’est pas sans risques : explosions à la moindre étincelle due à la production continue d’hydrogène de certains déchets, éboulement, incendies difficiles à combattre dans un milieu souterrain confiné - dépassement du seuil de criticité - réaction nucléaire en chaîne non contrôlée dont le risque augmente en présence d’eau. [...]

Réversible, euh...

Le groupe de travail pointe ensuite les incertitudes scientifiques, les difficultés de mise en oeuvre du projet par l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), et fait part de ses doutes sur la réversibilité de l'enfouissement pourtant exigé par la loi. Il examine ensuite les aspects économiques (35 milliards d'euros ?) et les risques pour une région, et notamment pour le Champagne, qui pourrait être assimilé à la plus grande poubelle nucléaire du monde.

Derrière des termes rassurants, des réalites qui le sont moins

Une partie du rapport se consacre au sens des mots et à la communication officielle autour du nucléaire qui voudrait associer à la radioactivité le qualificatif de "naturelle", avec un risque de mauvaise information du citoyen. Les auteurs précisent par exemple que

"la radioactivité a certes toujours existé, mais il est important de limiter les quantités ajoutées. En effet, nous vivons dans cette radioactivité naturelle dont on ne peut pas assurer qu’elle soit sans effet sur notre santé. Cependant, l’ajout de radionucléides artificiels peut être le déclencheur de pathologies. Ainsi, le tritium peut atteindre la cellule et donc l’ADN, qui est transmis à la descendance. La radioactivité s’attaque au vivant, au sens large, dans sa programmation".

Le groupe de travail expose des techniques de communication rassurantes, qui par leur existence même ne sont pas de nature à rassurer sur les intentions de leurs utilsateurs. Par exemple :

"l’ANDRA utilise le mot colis pour désigner le conditionnement des déchets radioactifs. Pourquoi pas conteneur traduction du mot container ? Le mot colis évoque davantage le paquet acheminé par la poste, inconsciemment perçu comme un cadeau, et de volume et de poids réduit. L’impression perçue est à l’exact opposé de ce que le mot désigne réellement. En effet stationner une minute à un mètre d'un colis de déchets haute acctivité entraîne la mort ! Ce qui explique qu'à Bure, ils seraient manipulés par des robots."

"Les techniques peuvent détruire les valeurs humaines"

Viennent ensuite les aspects éthiques. Concernant la question du nucléaire et de ses conséquences (le devenir des déchets produits), les auteurs rappellent que l'enjeu ne se situe pas simplement au niveau du traitement des déchets, mais bel et bien à celui de la pérennité de l’humanité :  

"La technique est un instrument pour assumer cet héritage qui nous vient de ceux qui nous ont précédés. Elle a pour raison d’être de servir l’humanité. Mais au nom même de notre responsabilité d’homme, nous devons demeurer conscients que les techniques peuvent aussi détruire les êtres et les valeurs humaines".

Et de rappeler que

"l'impératif de solidarité devrait nous conduire à reconsidérer nos modes de vie et de consommation. Cela doit s’inscrire dans un projet de société mondialisée, où la justice et l’équité au service de l’homme seront les valeurs déterminantes".

Il est particulièrement significatif que le groupe de travail se réfère à l'encyclique "L’amour dans la vérité", du pape Benoît XVI (juin 2009). Celle-ci appelle notamment à ce "que les coûts économiques et sociaux dérivant de l’usage des ressources naturelles communes soient établis de façon transparente et soient entièrement supportés par ceux qui en jouissent et non par les autres populations ou par les générations futures".

Un document de référence

En annexe de son rapport, le groupe de travail autour de Marc Stenger, évêque de Troyes, mentionne de très nombreux liens vers les sources de sa réfléxion, tant dans ses aspects techniques, scientifiques, qu'éthiques. Ce qui en fait un document de référence sur le sujet.

[Photo d'ouverture. Source Wikimedia].