Nucléaire et transition énergétique : c'est une question d'économie

mardi 15 janvier 2013 Écrit par  Yves Heuillard

centrale nucléaire de Cattenom

Un article du très sérieux "Bulletin of the Atomic Scientists" démonte, non sans humour et chiffres à l'appui, toute la réthorique pro-nucléaire française qui voudrait que la sortie du nucléaire mène le pays à la catastrophe.

Dès le titre de son article sur la transition énergétique en France, le Bulletin of the Atomic Scientists (le Bulletin des savants atomistes) annonce la couleur : "Nucléaire et transition énergétique : c'est une question d'économie, imbécile !". C'est bien évidemment un pastiche du désormais célèbre titre de l'hebdomadaire Business Week au sujet de l'ouragan Sandy " C'est le réchauffement climatique, imbécile ! ". Le Bulletin of the Atomic Scientists est une très sérieuse publication fondée en 1945 par les physiciens à l'origine de la première bombe atomique. L'article analyse la réthorique pro-nucléaire française qui voudrait que la sortie du nucléaire mène le pays à la catastrophe. Il fait référence à de nombreuses études et rapports (ADEME, ASN, Cours des Comptes, EDF, Global Chance, Negawatt, PwC, UFE...).

L'article du Bulletin of Atomic Scientists suggère qu'il sera à la fois plus coûteux et moins avantageux au plan environnemental de continuer à s'accrocher au nucléaire. Il dénonce les catastrophes annoncées par les nucléocrates français à renfort d'études et de déclarations (en terme de pertes d'emplois et d'investissements nécessaires), et rappelle comment, depuis ses origines, l'industrie nucléaire s'est toujours fondée sur des estimations très optimistes des investissements et des coûts de production de l'électricité. 

Mycle Schneider

Consultant international dans le domaine de l'énergie et du nucléaire, Mycle Schneider est le co-fondateur et ancien directeur de Wise-Paris, une agence indépendante d’information, d’étude et de conseil sur le nucléaire et les politiques énergétiques. L'article est le deuxième d'une série du Bulletin of the Atomic Scientists consacrée à la sortie du nucléaire en Allemagne, en France et aux Etats-Unis.

L'auteur de l'article, Mycle Schneider (voir ci-contre) rappelle par exemple, sur la base du rapport de la Cour des comptes de janvier 2012, que le coût de production du mégawatt-heure de l'EPR de Flamanville sera de l'ordre de 70 à 90 euros, soit trois fois plus que le coût qui a servi à justifier la décision de le construire. Schneider indique que depuis des lustres les scénarios énergétiques envisagés par les gouvernements successifs ont tous été réalisés avec le même modèle développé par Enerdata et l'Ecole des Mines, ne laissant pas la place a une possible remise en cause du bien-fondé du choix nucléaire.

Plus loin l'auteur rappelle encore que, selon le rapport Charpin commandé par Lionel Jospin en 2000, les coûts des réacteurs nucléaires n'ont cessé de croître entre 1973 et 1997, offrant un des rares exemples d'une technologie dont la courbe d'apprentissage est négative. Dans le bulletin des savants atomistes l'auteur va plus loin, et toujours en s'appuyant sur des études indépendantes, il remet en cause la contribution du nucléaire à la richesse du pays. Il souligne en particulier le rôle du nucléaire dans le recours facile à l'électricité (plutôt qu'à l'isolation, ndlr) pour le chauffage des logements (30% de la charge électrique dans les pointes d'hiver, selon l'article), méthode de chauffage qualifiée d' "extrêmement inefficace" qui a contribué progressivement à la précarité énergétique de millions de ménages.

Quand au mythe de l'indépendance énergétique, quand bien même on oublierait qu'il y a belle lurette que l'uranium ne vient plus de France (mais du Niger par exemple), Mycle Schneider rappelle que 70% de l'énergie consommée en France provient des combustibles fossibles, le nucléaire n'en fournissant que 17% (source Commissariat général au développement durable).

Aussi pour l'auteur, le vieillissement des réacteurs (22 des 58 réacteurs en service auront plus de 40 ans en 2020), la situation financière difficile des deux entreprises nucléaires, EDF et Areva, controlées par l'Etat et dont les intérêts ne sont pas toujours convergents, réduisent considérablement la marge de manoeuvre du gouvernement.

Resterait le rôle positif de l'énergie nucléaire au regard du réchauffement climatique. Même pas : Mycle Schneider lui oppose la vision du scénario Negawatt pour 2050 fondé sur la sobriété énergétique (économie des 2/3 de l'énergie primaire) et les énergies renouvelables (90% de la production).

[Photo CC Nioufs ]  

4 Commentaires

  • Lien vers le commentaire vendredi 15 mars 2013 Posté par Patrick

    La phrase "c'est une question d'économie, imbécile !" ne date pas de Sandy. Bill Clinton l'avait utilisée pendant sa campagne électorale en 1992.

  • Lien vers le commentaire vendredi 25 janvier 2013 Posté par yves

    Merci pour votre analyse documentée. Merci de nous contacter. Nous vous invitons à  nous rejoindre. Nous pouvons garantir votre anonymat.

  • Lien vers le commentaire jeudi 24 janvier 2013 Posté par Damien2

    Le coût de l'électricité sera maintenant autour de 105 à  110 euros le MWh pour l'EPR.

    En voici une estimation récente

    http://energeia.voila.net/electri/cout_electri.htm

    C'est un coût très supérieur à  celui de l'éolien terrestre. C'est aussi plus cher que le tarif d'achat pour le photovoltaïque d'une puissance de 100 kW et plus.

    En supposant de très hypothétiques EPR de série, le coût de production resterait supérieur à  80 euros le MWh pour du nouveau nucléaire.

    La part du nucléaire est maintenant réduite à  12% de l'électricité produite dans le monde. Et tous les efforts de l'industrie nucléaire ne changeront rien pour le CO2 et les GES puisque la production d'électricité ne représente que 19% des émissions de gaz à  effet de serre.

  • Lien vers le commentaire mercredi 16 janvier 2013 Posté par Nikopol

    Vu les rapports Negawatt et Ademe facilement recusés (exemples sur http://www.sauvonsleclimat.org) les rapports ASN et cour des comptes demontrent clairement l'importance de la contribution a venir des solutions electronucleaires a parité des EnR (40% chacun d'ici 2050).
    Soyons realistes si on veut avoir une chance de sortir de la crise par le haut...

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