Pandora, les fausses promesses

mercredi 19 juin 2013 Écrit par  Yves Heuillard

"Pandora's Promise" un documentaire à la gloire du nucléaire vient de sortir aux Etats-Unis. Ci-après un court résumé des critiques de Kenette Benedict, directrice du Bulletin of the Atomic Scientists (le Bulletin des savants atomistes) et de Linda Pentz Gunter, militante antinucléaire.

Le film documentaire Pandora's Promise présente le nucléaire comme la seule source d'énergie capable à la fois de répondre à la demande énergétique du monde et de contrecarrer le changement climatique. Dans le film des ingénieurs attestent de la sécurité et de la fiabilité des réacteurs nucléaires sans aucune référence aux risques que posent la production de l'électricité nucléaire.

Le film met en scène de supposés anciens militants de la défense de l'environnement convertis au nucléaire (dont Stewart Brand, écrivain scientifique et éditeur du "Whole Earth Catalog", sorte de catalogue de La Redoute pour hippies dans les années 60, Gwyneth Cravens, auteure de "Power to Save the World: The Truth About Nuclear Energy" publié en 2007, et Mark Lynas, écrivain environnementaliste anglais.) ; ils expliquent pourquoi ils ont changé d'avis, la raison principale étant la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour Kenette Benedict (1), le principal défaut du film, qui ruine sa crédibilité, réside dans la présentation du nucléaire comme la seule et unique solution, une façon de pensée ressentie comme totalitaire, la même dit-elle que celle qui amené les militants verts des années 70 et 80 à s'opposer au nucléaire et qui maintenant amènent à le promouvoir avec si peu de discernement.

"Peut être que le nucléaire sera une partie de la solution qui permettra à la fois de limiter le changement climatique et de conduire à de meilleure conditions de vie sur la planète dit Kennette Bendedict", mais les défis posés par le nucléaire - les risques de prolifération nucléaire, les accidents des réacteurs, la nécessité de stocker les combustibles usés pour de nombreuses générations - ne sont pas abordés de façon adéquate dans le film.

À l'inverse, le nucléaire est présentée comme la solution unique enfin révélée aux protagonistes, une conversion quasi religieuse que les spectateurs sont invités à suivre. Le film se moque de ceux qui continue à s'opposer au nucléaire, les présentant comme des extrémistes. Le film se moque des énergies renouvelables, montrant par exemple des éoliennes sans vent. "À la fin" dit Kennette Benedict, "le fait de ne même pas opposer les avantages et les inconvénients du nucléaire ruine le message du film".

On retrouve à peu de chose près les mêmes critiques exprimé par Andrew Revkin sur le blog "Earth 360" du New York Times, à ceci près que Revkin considère toutefois certains passages du film comme convaincants.

Linda Pentz Gunter, de l'association Beyond Nuclear est dans son rôle, quand elle dénonce (2) les mensonges du film et le dénigrement de la révolution énergétique allemande. Pour elle, les militants convertis montrés dans le film, ne viennent pas du mouvement anti-nucléaire. Pire, le film aurait la prétention de renverser les rôles, associant la défense du nucléaire à la défense de l'environnement, oubliant d'un coup "les pollutions radioactives sources de cancers, les accidents catastrophiques, capables de transformer des régions entières en zone de sacrifice". Elle rappelle les dangers extrême de la nouvelle génération de réacteurs promus dans le film (des surgénérateurs remplis de plutonium) et leurs coûts exorbitants, en dénonce les faux avantages ; elle rétablit la vérité des chiffres sur l'impact sanitaire des accidents, rappelle qu'il faudrait construire un réacteur tous les 15 jours pour juguler le réchauffement climatique, une proposition techniquement et financièrement impossible.

La meilleure critique du film est probablement celle du journal "The nation" qui oppose, une militante anti-nucléaire victimes des essais atomiques dans le desert du Nevada, à Mark Hertsgaard, auteur du livre "Nuclear Inc" . On y apprend, entre autres, que Bill Gates, qui est actionnaire de TerraPower (une jeune entreprise qui met au point des petits réacteurs nucléaires jetables), a soutenu financièrement le film (3)

Dans le journal Scientific American David Ropeik, considère que le film sera convaincant surtout auprès des jeunes. David Ropeik est consultant en perception du risque, communication du risque, et gestion du risque, il est l'auteur de l'article "Why are we afraid of nuclear power" publié malheureusement quelques mois avant Fukushima (4), et a participé avec le producteur du film et ses protagonistes a deux séminaires de deux jours organisé par le Breakthrouh Institute un think tank américain dont les fondateurs sont les auteurs de l'ouvrage "the death of environmentalism" (la mort de l'environnementalisme) et promoteur d'une vision pragmatique du nucléaire.

Liens
1) Pandora's false promise
2) Busting the pro-nuclear propaganda

3) Pandora's Terrifying Promise: Can Nuclear Power Save the Planet?
4) Why are we afraid of nuclear ower