De l'électricité à prix négatif

mercredi 19 juin 2013 Écrit par  Craig Morris

Eoliennes à proximité de la Mer du nord

Pendant le week-end des 16 et 17 juin, le solaire photovoltaïque et le l'éolien ont considérablement réduit la demande allemande d'électricité aux combustibles fossiles et même nucléaire. C'est en France que les conséquences ont été les plus remarquables.

Pendant le week-end, en Allemagne et en Autriche, les prix de marché sur la bourse de l'électricité (Phelix) sont tombés à près 2 centimes d'euro le kilowattheure pour l'électricité de pointe et même légèrement en dessous de zéro (-0,3 centimes) pour l'électricité en base (la quantité d'électricité qui répond à la charge de base, ndlr).

En France, l'effet du solaire et de l'éolien a été encore plus marqué, bien qu'inversé en ce qui concerne l'électricité de pointe et l'électricité en base, avec l'électricité en base à -4cts (vous avec bien lu) et l'électricité de pointe à -2cts.

Le blog allemand Proteus explique : "la transition énergétique allemande n'est pas la coupable ; après tout d'autres pays (comme la France) ont connu des prix négatifs". En fait le problème de la France c'est que l'Allemagne et l'Italie ont récemment installé d'énormes quantités de solaire photovoltaïque. La France a toujours été un gros exportateur d'électricité vers l'Italie. Mais conjuguez la faible demande du week-end et un beau soleil sur l'Italie, et les Italiens n'ont pas besoin du courant français.

J'ai expliqué récemment que maintenant la France est contrainte à exporter plus d'électricité quand la demande est faible et à importer de l'électricité quand la demande est forte du fait de la non-flexibilité des centrales nucléaires. Ces dernières marchent plein pot tout le temps, se ralentissent difficilement quand la demande baisse, et ne peuvent pas remonter en puissance rapidement quand la demande remonte.

Samedi 15 juin, du fait de la production éolienne et solaire, la demande d'électricité conventionnelle allemande est passée de 34 GW à midi à 24 GW pendant quelques heures de l'après midi (voir sur le site de RTE ). La production a la lignite à dû baisser de 5 gigawatts, et celle au charbon, qui n'était pas déjà très importante (de l'ordre de 4 GW), a été réduite. Le plus surprenant c'est la réduction de 2 GW de  la puissance nucléaire, à peu près de 9,2 à 7,2 GW.

Production électrique en Allemagne le 15/06/2013
Mix électrique allemand le 15 juin 2013. Source EEX

En France samedi, la puissance nucléaire à été réduite de 39,8 GW à minuit à environ 33 GW dans l'après midi, un chiffre faible au regard de la puissance des 58 réacteurs français (de l'ordre de 63 GW).

Les prix négatifs de l'électricité auront des conséquences différentes en Allemagne et en France. En Allemagne ils feront augmenter le calcul du surcoût des renouvelables, puisque celui-ci est calculé en déduisant le prix réel de l'électricité du prix payé pour les renouvelables. Déduire un prix négatif signifie ajouter un prix positif. Donc il est possible que les Allemands voient la part des renouvelables augmenter dans le prix de l'électricité si le prix de l'électricité baisse sur les marchés.

En France, ce n'est pas le marché qui décide. Les prix de l'électricité sont régulés de manière à les maintenir artificiellement bas. L'année dernière, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a estimé que 1,47 milliard d'euros n'ont pas été facturés aux consommateurs français.  

Craig Morris est un journaliste américain spécialisé dans les énergies renouvelables qui vit en Allemagne. Il est aussi écrivain et fondateur de l'agence de traduction PetitePlanète. Cet article a été publié en langue anglaise dans le magazine Renewables International.   

Photo d'ouverture CC David : Eoliennes en Allemagne sur le littoral de la Mer du nord.

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