Fukushima : une bombe à retardement

samedi 10 août 2013 Écrit par  Yves Heuillard

Fukushima : l'association environnementale autrichienne Gobal 2000 avertit d'un péril encore pus grand que le rejet permanent à la mer d'eau hautement radioactive depuis les ruines des réacteurs. Les morceaux de combustibles fondus qui se sont enfoncés dans les fondations en béton des réacteurs seraient une véritable bombe à retardement. [Photo Tepco avril 2013)

Selon Global 2000, la pollution radioactive de l'océan Pacifique par les effluents de la centrale en ruine, n'est que le sommet de l'iceberg. Le pire serait à venir avec les 210 tonnes de combustible nucléaire fondu dont une partie s'est enfoncée dans le sol sous les réacteurs. La position de ce combustible est mal connu et son refroidissement est mal assuré. Il est extrêmement dangereux, extrêmement radioactif, il contient du plutonium, est capable d'irradier de façon mortelle en quelques minutes un être humain qui s'en approcherait et il extrêmement carcinogène (l'ingestion ou l'inhalation de quelques millionièmes de grammes peut suffire à générer un cancer, ndlr).

Les nouvelles de Fukushima ne cessent jamais d'inquiéter. Le rapport indépendant sur l'industrie nucléaire, le World Nuclear Industry Status Report, publié en juillet dernier, mentionne en particulier le risque de voir le bâtiment en ruine du réacteur 4 s'effondrer sous l'effet d'un nouevau séisme. La piscine de stockage du réacteur contenant 1535 assemblages de combustibles (1331 irradiés et 204 nouveaux), soit trois charges complètes du réacteur, s'écraserait au sol ; les éléments de combustibles, qui ne seraient plus refroidis, pourraient s'enflammer ; selon la direction des vents, plus de 10 millions d'habitants dans un rayon de 250 km, et donc jusqu'à Tokyo, pourraient être évacués.

L'actualité récente concerne l'incapacité de Tepco, l'opérateur des centrales nucléaires de Fukushima, à contenir les eaux contaminées sur le site. 360 000 litres d'eau contaminée (source Ministère de l'industrie japonais) s'échappent dans la mer quotidiennement alors que 400 000 tonnes d'eau contaminée sont déjà stockées sur le site dans des réservoirs dont la durée de vie est de 5 ans.

Deux ans et demi après la catastrophe, 15 000 litres d'eau par heures sont toujours pompés vers les réacteurs et les piscines de stockage de combustibles usés.

Pas de coupable

Selon le quotidien japonais Asahi Shimbum, alors que 15 000 plaintes ont été déposées par des victimes ou des associations de victimes de la catastrophe, aucun dirigeant de TEPCO, ni aucun des membres des institutions publiques en charge de la sûreté nucléaire, ne sera probablement tenu pour pénalement responsable de la catastrophe, la plus grande catastrophe industrielle que le monde a connu, catastrophe pourtant annoncée de longue date par les organisations environnementales. Toujours selon le Asahi Shimbun, une étude de Tepco datant de 2008, aurait estimé possible un tsunami et une vague de 15,7 mètres de haut. Celle qui a balayé le nord-est du japon en mars 2011 faisait 15,5 mètres de haut.  

Tepco est en train de construire un mur d'enceinte autour de la centrale censé retenir les eaux contaminées et examine un projet de geler le sol autour des réacteurs pour limiter l'inondation des réacteurs (400 tonnes par jour) par les eaux souterraines qui s'écoulent des montagnes vers la mer. Le démantèlement de l'ensemble des installations pourrait prendre 40 ans et coûter 11 milliards de dollars, toujours selon le Asahi Shimbun qui met en cause la capacité de l'opérateur à gérer cette catastrophe.  

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