Il faut vite abattre les énergies renouvelables

jeudi 29 août 2013 Écrit par  Yves Heuillard

La guerre de l'électricité est perdue d'avance pour les énergies conventionnelles, sauf à modifier les règles du jeu. Ce à quoi on s'affaire.

La préparation d'une loi française sur la transition énergétique et les prochaines élections en Allemagne alimentent un débat entre opposants et partisans des énergies renouvelables. Le modèle allemand de la Energiewende (le tournant énergétique) fait l'objet de vives critiques de la part des industries conventionnelles de l'énergie dont les modèles économiques sont menacés. Nous avions déjà écrit sur les mythes et mensonges au sujet de la Energiewende et un dossier a été publié sur ce même thème par le WWF.

garphique de la baisse duprix d'un système photovoltaïque et du volume global d'installation
Baissse de prix du photovoltaïque (à gauche) et prévision de capacité totale installée (à droite)

Les énergies renouvelables sont inépuisables, et progrès aidant, elles seront de moins en moins chères. Par exemple le prix des installations photovoltaïques individuelles a baissé de 66% depuis 2006 en Allemagne (source BSW solar). à l'inverse les combustibles conventionnels seront de plus en plus rares et plus chers sans compter les coûts astronomiques de leurs impacts sur l'environnement, la société, la santé.

"Le solaire va tout dépasser"

Juillet 2013 - Las Vegas. "La croissance du solaire est telle que ça va tout dépasser" confie Jon Wellinghoff, président de la Commission fédérale de régulation de l'énergie des Etats-Unis, à notre confrère de Greentech Media .

Et de préciser, "le solaire sera bientôt la technologie dominante, et lorsque il sera plus avantageux de construire du solaire avec du stockage, plutôt que des éoliennes ou des centrales thermiques, ce sera la fin de la partie".

Selon GTM Research, le parc photovoltaïque installé mondial devrait presque doubler dans les 2,5 années confirmant une sorte de loi de Moore du secteur (graphique ci-dessus)

L'éolien est déjà compétitif avec toutes autres sources de production d'électricité, et tout le monde s'accorde à dire qu'entre aujourd'hui (pour le Chili) et 2020 (pour la Norvège), le solaire sera également compétitif avec toutes les autres formes d'énergie (voir notre encadré ci-contre). Et par compétitif, on veut dire au sens de la comptabilité classique, c'est à dire sans tenir compte des coûts environnementaux ou des risques associés.

Les stratégies contre les renouvelables

Alors si vous étiez marchand d'électricité au charbon, ou à l'uranium, que feriez-vous dans cette situation dramatique où vos concurrents vont bientôt disposer d'une source d'énergie inépuisable et gratuite. Sachant que vos concurrents, tout d'un coup, c'est tout le monde : les particuliers, les agriculteurs, les citoyens organisés en coopératives, les petites entreprises, les collectivités. Vous n'allez pas vous laissez mourir près de vos vieilles centrales électriques. Voici plusieurs pistes.

Saisir le Conseil d'Etat par le biais d'une association anti-éolienne pour considérer le mécanisme de tarif de rachat préférentiel de l'énergie éolienne comme une subvention. Le Conseil d'Etat a lui même saisi la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Cette dernière s'était prononcée en 2001 contre l'idée que les tarifs de rachat équivalent à une subvention publique. Rappelons que le mécanisme de tarif de rachat vise à permettre le décollage de nouvelles technologies nouvelles jusqu'à leur compétitivité. Ce sont les consommateurs et non la puissance publique qui le financent.

Demander à la Commission européenne de bien vouloir accepter des mécanismes de subventions au nucléaire. Au Royaume-Uni, EDF demande au gouvernement anglais un prix garanti de l'électricité nucléaire autour de 11 ou 12 cts d'euros pour démarrer la construction de deux EPR. Le terme tarif de rachat n'est pas utilisé, mais il s'agit bien d'appliquer un tarif de rachat garanti à l'électricité nucléaire, et ce sur 35  ans. Ce qui serait pour le coup une entorse à l'idée que les aides publiques sont destinées à faire émerger de nouvelle filières technologiques, et non à financer des filières vieilles de 50 ans devenues à la fois trop risquées et incompatibles avec une logique de marché.

Taxer le photovoltaïque, et même rétroactivement comme on vient d'en décider en République Tchèque quitte à saper la confiance des investisseurs dans le pays. En même temps qu'une taxe de 10% sur toutes les installations solaires construites depuis 2010, la République Tchèque projette de nouvelles centrales nucléaire avec les japonais qui n'en veulent plus chez eux. L'industrie du solaire porte l'affaire en justice mais même si elle obtient gain de cause, nombre d'entreprise du solaire pourraient faire faillite. C'est toujours ça de gagné.  

Revenir en arrière sur des contrats de vente d'électricité photovoltaïque, signés pour 20 ans avec la garantie de l'état. C'est ce que vient de faire l'Espagne en juillet 2013 sans discussion préalable avec les industriels du solaire. C'est ce qu'a essayé de faire le gouvernement australien avant de faire marche arrière sous la pression du public (voir ici le Solar Citizens network). 

Influencer les politiques publiques pour continuer les subventions aux combustibles fossiles (550 milliards en 2012, selon l'Agence internationale de l'énergie). 242 milliards pour le charbon et la lignite en Allemagne depuis 1970, 187 pour le nucléaire (Source FöS).

Faire croire que les énergies renouvelables ont fait exploser les factures d'électricité en Allemagne, alors que le prix de l'électricité sur le marché de Leipzig a perdu plus de 20% depuis la fermetures de 8 réacteurs nucléaires en Allemagne (en jouant sur la confusion entre le prix de l'électricité - que vous pouvez voir en temps réel ici sur la bourse de l'électricité - et le tarif de l'électricité pour les consommateurs qui dépend des politiques publiques).

Faire croire que les énergies renouvelables vont entraîner la désindustrialiastion de l'Allemagne, toujours du fait d'une hypothétique hausse de l'électricité. En réalité, les industriels, qui achètent directement le courant sur le marché et sont exemptés de certaines taxes, profitent de la baisse de l'électricité.

Faire croire encore que les énergies renouvelables vont exiger des dépenses pharaoniques de modernisation du réseau, alors que ces dépenses sont nécessaires à l'intégration des réseaux européens, que cette intrégration favorisera la sécurité du réseau, la concurrence, les complémentarités régionales, et que les nouvelles formes de gestion et de consommation de l'électricité sur les réseaux représentent des débouchés économiques gigantesques.

Freiner des quatre fers sur l'efficacité énergétique qui pourrait diviser par deux la consommation d'énergie. En France, la loi dite Grenelle de l'environnement de juillet 2010, prévoit une réduction des consommations dans les bâtiments existants de 38% en 2020, mais aucune mesure sérieuse propre à assurer cet objectif  n'est mise en place.

Soutenir des mouvements de contestation contre les éoliennes au motif qu'elle seraient laides, bruyantes, polluantes et, à force de recours contentieux, et d'une administration kafkaienne, décourager les investissements. La France qui dispose de 3 fois plus de côtes que l'Allemagne, a installé 4 fois moins d'éoliennes que l'Allemagne sur une superficie 54 % plus élevée. 

Soutenir les fondations et associations qui mettent en doute le réchauffement climatique ou qui laissent entendre que celui-ci se serait arrêté, en même temps qu'elles insistent sur l'existence de ressources gazières et pétrolières bon marché et quasi-infinies. 

Photo d'ouverture aimablement fournie par Repower.

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