Les citoyens veulent reprendre leur réseau électrique

lundi 23 septembre 2013 Écrit par  Yves Heuillard

Les citoyens de Hambourg ont voté pour la reprise de leur réseau électrique. à Berlin, à Boulder aux Etats-Unis (en photo), on veut en faire autant, le mouvement est mondial.

Hambourg, 22 septembre 2013, les citoyens ont voté à 50,9% pour le rachat du réseau de distribution électrique local. Le résultat est intéressant car même le maire social-démocrate de la ville (Olaf Scholz, SPD) est contre, comme le sont, de façon moins surprenante, les chrétiens démocrates et les libéraux aux côtés des grandes entreprises de distribution de l'énergie. à Hambourg c'est le géant de l'énergie suédois Vattenfall qui est concessionnaire du réseau de distribution électrique.

page d'accueil du site de l'association citoyenne pour reprendre le réseau électrique de Hambourg
"Le réseau éléctrique de Hambourg dans les mains des citoyens"

Même s'il reste des incertitudes juridiques sur la mise en application du scrutin, celui-ci montre la capacité des citoyens à prendre des décisions de fond sur des questions très techniques. La proposition de reprise du réseau électrique de Hambourg a été soutenue par la coopérative  Energienetz Hamburg qui n'a cessé de critiquer l'opacité de la gestion actuelle du réseau et qui a récolté 50 millions d'euros de la part des citoyens.

Depuis 2005, 72 nouveaux réseaux locaux de distribution d'énergie (pas seulement d'électricité) ont été créés en Allemagne, 190 municipalités ont repris des réseaux en concession, et plus de 600 coopératives énergétiques citoyennes ont vu le jour.

Pourquoi remunicipaliser

Pour les citoyens réunis en coopératives la maîtrise du réseau électrique est nécessaire de manière à le moderniser dans le sens de l'intérêt général et pour pouvoir décider des sources d'approvisionnements électriques et de l'adaptation du réseau aux énergies renouvelables.

Ce dernier point est majeur : les gestionnaires du réseau, souvent eux-mêmes producteurs d'électricité, peuvent influencer la construction des infrastructures de distribution en faveur de leur propre modèle de production, le charbon en Allemagne, le nucléaire en France, par exemple.

à l'inverse, un opérateur publique a intérêt à orienter ses investissements dans le sens des économies d'énergies, et dans le sens de la protection de l'environnement.

Pour favoriser les renouvelables, il est en particulier nécessaire d'introduire plus d'intelligence dans le réseau, donc d'investir, d'abord pour consommer moins, et surtout pour consommer moins pendant les périodes de pointe, périodes où l'électricité est la plus chère. Un modèle économique dans lequel la collectivité y trouve un intérêt évident, mais pas un opérateur privé : ce dernier est plutôt enclin à minimiser les investissements et à favoriser la consommation d'électricité.

Bientôt Berlin ?

En 2014, la concession du réseau de distribution de l'électricité du land de Berlin arrive à échéance. La coopérative Bürger Energie Berlin (littéralement Berlin énergie citoyenne) postule pour la reprise du réseau aussi sous le contrôle du suédois Vattenfall. Il s'agit de reprendre une structure constituée de 35 000 km de câbles souterrains, 1 000 km de lignes aériennes et les poteaux correspondants, ainsi que l'infrastructure connexe de transformateurs et de postes de distribution des 900 km² de l'état de Berlin.

Militante allemande pour l'énergie citoyenne
Militante allemande pour la démocratie de l'énergie à Berlin.
Cliquez pour voir la video de Bürger Energie Berlin.

Un rapport commandé par le land de Berlin fait état d'une valeur de rachat de 400 millions d'euros. De son côté Vattenfall parle de 3 milliards d'euros. Pour le moment 7,5 millions d'euros ont été récoltés via les promesses de don sur le site Internet de la coopérative. L'objectif est de parvenir à 40 % du capital nécessaire le reste étant financé par l'emprunt.

Comment vont-ils faire ?

Portrait d'Ursula SladekDans nos colonnes, nous avions fait l'éloge de l'action de Ursula Sladek (photo ci-contre) et de ses proches, citoyens de la bourgade de Schönau dans le Bade-Wurtemberg, qui ont repris le réseau électrique local pour en faire le premier réseau de distribution d'électricité verte dans le monde. Ursula Sladek, qui n'avait rien d'une révolutionnaire, est aujoud'hui connue dans le monde entier et récompensée par de nombreux prix.

Reprendre un réseau comme celui de Hambourg ou de Berlin est une toute autre affaire. à Hambourg comme à Berlin la coopérative citoyenne entend s'associer à la municipalité pour gérer le réseau. L’objectif est de reprendre les employés actuels et de s'appuyer sur des partenaires et des prestataires ayant déjà l'expérience des réseaux de grande puissance, mais dans un contexte d'énergies renouvelables.

Alors qu'en France de telles compétences ne seraient pas forcément faciles à mobiliser, en Allemagne, championne des technologies vertes, de grands instituts de recherches appliquées travaillent depuis longtemps avec les industriels pour développer les énergies renouvelables, les solutions de stockage de l’énergie, et les réseaux intelligents (par exemple l’institut Fraunhofer, l'une des plus grandes structures de recherche en Europe).

La guerre pour la démocratie de l'énergie

Aux Etats-Unis, dans le Colorado, à Boulder, des citoyens organisés en fondation, la New Era Colorado Foundation, mènent campagne pour reprendre le contrôle de la compagnie de distribution d'électricité locale. L'objectif est le même qu'à Hambourg ou à Berlin : créer un réseau intelligent au service de la collectivité et décider des sources d'approvisionnements.

Ci-dessous, la vidéo de la New Era Colorado Foundation dénonce les manoeuvres de la compagnie d'électricité locale et les mensonges destinés à entretenir le doute et la peur. Elle dessine un future où les milliards de dollars de profits réalisés par les compagnies électriques pourraient mieux servir les intérêts de la collectivité et la lutte contre le changement climatique.

[video:http://www.youtube.com/watch?v=xh1qCf-ohOQ 480x300]

Depuis les premières études en 2011, la compagnie électrique locale Xcel Energy dépense sans compter pour convaincre les citoyens de Boulder de ne pas s'engager dans cette direction. Elle a même favorisé l’émergence d'une association anti-municipalisation de l'énergie qu'elle subventionne massivement afin de contrecarrer le projet.

Un vote doit avoir lieu le 4 novembre prochain. New Era Colorado vient de terminer une opération de soutien populaire pour récolter 40 000 euros nécessaires à faire campagne. En quelques jours sur le site de crowdfunding Indiegogo, 193 000 euros ont été levés. Grâce aux réseaux sociaux...

Ici la campagne de New Era Colorado Foundation.

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