Fermes-usines : une autre agriculture est possible

dimanche 29 septembre 2013 Écrit par  Yves Heuillard

Un projet de ferme-usine de 1000 vaches provoque l'ire des écologistes. Mieux que tous les arguments, voici un petit dessin animé magnifique.

Un projet de ferme-usine de 1000 vaches à Drucat (dans la Somme), projet d'un investisseur issu du BTP, fait réagir les associations de défense de l'environnement, les écologistes, la Confédération paysanne, et tous ceux qui défendent un mode de vie qui prend en compte l'ensemble des impacts de nos actions sur la société et la nature.

Le projet n'est pas sans rappeler celui de l'usine à lait de Nocton Dairies au Royaume-Uni (8100 vaches). Les militants invitent à manifester contre le projet et à signer une pétition.

Dans la petite vidéo qui suit l'entreprise Crow Foods symbolise bien ce qui se passe dans la Somme, et partout ailleurs dans le monde. Et bien que cette vidéo soit au service d'une marque (Chipotle), sa valeur pédagogique est certaine (à regarder avec les enfants en HD plein écran). Après la vidéo quelques précisions sur la ferme des 1000 vaches.

En attendant le lait sans vache...

Retour dans la Somme, à Drucat, et à la ferme des 1000 vaches. Les écologistes dénoncent un élevage laitier concentrationnaire où la souffrance animale est banalisée (8500 m² pour 1000 vaches), un système agricole où l’éleveur n’est plus qu’un exécutant à la merci d’investisseurs guidés par la seule rentabilité ; une pollution de l’environnement et de l’eau engendrée par le rejet de lisiers, bourrés d'antibiotiques, pollution dont les conséquences seront à la charge de la collectivité ; un déni de démocratie où les riverains sont fermement invités à accepter ce projet ou à déménager ; une automatisation maximale qui génère peu d'emplois ; la disparition de la relation entre producteurs et consommateurs, source de qualité, de plaisir de travailler et d'estime de soi ; un processus qui transforme un produit de grande qualité en un produit générique standard dont la seule valeur sera ultérieurement créée ex nihilo par le marketing et la publicité.

Une logique redoutable

La logique de la transformation de l'agriculture en cash machine est redoutable. Voici une recette parmi d'autres : entasser des vaches dans une surface aussi petite que possible. Utiliser la pharmacologie pour contrer les effets de la concentration, et bientôt probablement la génétique. Utiliser le lisier pour faire du gaz. épandre les résidus de la fermentation du lisier sur les champs alentours. Produire des agrocarburants sur les surfaces qu'auraient pâturés les vaches. Avec le produit du lait, de la viande, du gaz, des agraocarburants, investir dans l'automobile, la chimie, la génétique, la grande distribution, l'industrie du traitement des eaux et tout autre secteur, en amont ou en aval de la ferme-usine, partie de l'écosystème qui justifie et permet la ferme-usine. C'est aussi une manière faire financer les impacts environnementaux et sociaux de l'affaire à ceux qui en sont les victimes (la collectivité, les paysans, les consommateurs).

Et puis si possible ne réaliser aucun bénéfice en France, en déplaçant artificiellement la valeur créée vers l'amont (production de l'alimentation des vaches par exemple) ou vers l'aval (vente d'énergie). Influencer les politiques de santé pour inciter à manger des produits laitiers, pour mettre des agrocarburants dans le gasoil. Enfin décourager toute initiative qui viserait à la rentabilité des petites exploitations agricoles familiales.

Si vous suivez cette recette, grâce à vous le lait, la viande, l'énergie seront moins chers, en apparence du moins, et le pouvoir d'achat augmentera réduisant la nécessité d'augmenter le salaire minimum ; vous serez un héros, vous pourrez sûrement bénéficier de subventions.