La vérité sur les prix de l’électricité et les renouvelables

jeudi 21 novembre 2013 Écrit par  Yves Heuillard

Certains médias titrent "électricité : la taxe pour les renouvelables doit bondir de 67%". Vous en déduisez que si les prix de l’électricité augmentent c'est la faute aux renouvelables. La vérité n'est pas si simple.

La taxe pour les renouvelables n'existe pas. Il s'agit de la CSPE, la contribution au service public de l'électricité, facturée à tous les consommateurs d'électricité. Enfin pas tous, les gros consommateurs industriels bénéficient d'un plafonnement.

La CSPE finance certes le soutien aux énergies renouvelables mais pas seulement. Elle prend également en charge une partie du prix de l'électricité dans les zones non connectées au réseau électrique national (les îles, les territoires d'outre-mer), ainsi que les tarifs sociaux consentis aux plus démunis.

L'augmentation calculée de la CSPE pour 2014 est bien de 67%. Le calcul est fait par la Commission de régulation de l'énergie, mais le gouvernement n'est pas obligé de suivre, et ne suivra probablement pas (on s'attend à une augmentation de 22 %).

Notre photo

Ci-dessus, la centrale photovoltaïque de Cavaillet (Gers) construite par Solaire Direct. Elle produira deux millions de kWh par an. 7500 panneaux solaires développent une puissance de 1,5 MW. L'investissement est de 2,38 millions d'euros. L'electricité est rachetée par ERDF 11,08 cts d'euros, ce qui nous donne une bonne indication du coût de production de l'électricité photovoltaïque. Photo Solaire Direct D.R

Mais soit, sur le résultat du calcul de ce que devrait être la CSPE en 2014, 60% sont dus au soutien aux renouvelables (1), autrement dit à l'obligation d'achat de l'électricité renouvelable (le tarif d'achat est fixé et révisé par le gouvernement chaque trimestre).

Ce soutien aux énergies renouvelables concerne majoritairement le photovoltaïque (trois fois et demie plus que l'éolien, en euros). Il sert à financer le tarif de rachat garanti par le gouvernement pour soutenir la filière.

Hors pour le photovoltaïque ce tarif est historiquement très élevé, du moins comparé avec l'Allemagne. Les prix actuels de rachat de l'électricité photovoltaïque peuvent atteindre près de 30 cts d'euros en France (pour une petite installation en toiture), alors qu'ils sont inférieurs à 10 cts en Allemagne.

On a du mal à croire que, d'une berge à l'autre du Rhin, la même installation en toiture coûte trois fois plus chère. Il est notoire que, à dessein ou non, la politique française de soutien au photovoltaïque a été gérée de façon très chaotique, et peu concertée. Si nous en faisons les frais aujourd'hui, ce n'est pas une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain.

L'électricité baisse, donc ça augmente. Vous comprenez ?

La deuxième raison de l'augmentation de la charge due aux renouvelables, vient paradoxalement de la baisse des prix de gros l'électricité.

Explications : quand le prix de électricité sur le marché est de 6 cts le kWh et que l'Etat a signé un contrat de rachat d'électricité renouvelable à 15 cts (en général pour 20 ans), la charge publique est de 9 cts (15 - 6). Si le prix de l'électricité sur la bourse de l'électricité baisse, par exemple à 4 cts le kWh, la charge publique augmente à 11 cts (15 - 4), une augmentation de 22 %. Hors les prix de gros de l’électricité ont baissé de plus de 20% depuis le début de 2011 (2). Mécaniquement la contribution pour les énergies renouvelables augmente. Ce qui est assez paradoxal.

Et c'est d'autant plus paradoxal que les énergies renouvelables sont pour partie responsables de cette baisse de prix. Quand le vent souffle au Danemark et en Allemagne, quand le soleil luit en Allemagne, en Italie ou en Espagne, c'est l'équivalent de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires qui s'insèrent dans le réseau européen, faisant baisser les prix. Jusqu'où ? Jusqu'au prix du vent ou du soleil, c'est à dire rien du tout.

Ainsi à elle seule, la très forte production électrique renouvelable allemande (25% de la production) est capable de faire baisser - à certaines heures - les prix jusqu'à zéro euros le kWh ; et des prix de marchés négatifs ne sont pas rares (3). L'Allemagne, depuis la fermetures de 8 réacteurs nucléaires en 2011, après Fukushima, a largement compensé la perte de production nucléaire par l'augmentation de la production des renouvelables. Elle bat désormais tout ses records d'exportations d'électricité. C'est d'ailleurs le seul pays voisin de la France à avoir un solde exportateur d’électricité positif vers celle-ci (ibid). 

30% d'augmentation du prix de l'électricité d'ici 2017

Si en France les médias portent leur attention sur la CSPE, et les vilains renouvelables qui la font grimper, la presse anglo-saxone, dont l'agence de presse Enerdata spécialisée dans l'énergie, nous offre un son de cloche un peu différent. D'ici 2017, les prix de l'électricité en France devrait progresser de 30% dit Enerdata. Mais la première raison invoquée par Enerdata n'est pas la CSPE, mais la nécessaire rénovation du parc nucléaire (4).

Ce qui compte, ce n'est pas l'imbroglio comptable autour du prix de l'électricité produite par des outils vieux de quarante ans, imbroglio que même la Cour des comptes a bien du mal à démêler (5). Ce qui compte c'est le point de vue de l'investisseur d'aujourd'hui.

L'électricité éolienne est souvent la moins chère, moitié moins chère que le nouveau nucléaire. Elle est battue seulement par le charbon, mais pas partout dans le monde (6) ; l'électricité photovoltaïque à grande échelle est déjà moins chère que le nouveau nucléaire (7) et dans certains pays comme le Chili elle est même compétitive avec le charbon (8) ; l'électricité photovoltaïque produite sur le toit des maisons est moins chère que celle du réseau électrique dans de très nombreux pays (en France d'ici deux ans). Et les tendances sont à la baisse pour les renouvelables (66 % de baisse en 6 ans pour une installation photovoltaïque en Allemagne), alors que les autres sources d'électricité, qui dépendent de ressources géologiques finies, ne feront qu'augmenter. Je vais y revenir avec un rapport de l'institut de recherche allemand Fraunhofer sur le sujet.

Notes

1) Voir la communication du 18 novembre 2013 de la Commission de régulation de l'énergie relative aux charges de service public de l’électricité et à la contribution unitaire pour 2014.

2) Voir les prix du marché sur la bourse de l'électricité EPEX pour l'année 2011 et pour l'année 2013.

3) Notre article "La Energiewende dans la bataille de l'électricité ". 

4) 20 Novembre 2013 - Residential electricity prices in France could rise by 30% by 2017

5) Voir le rapport de la Cour des comptes sur les coûts de la filière nucléaire.

6) Notre article "L'éolien moins cher que le charbon en Australie"

7) Notre article "en 2058 le prix de l'électricité nucléaire sera de...". 

8) Interview de Thierry Leperc président de Solaire Direct, réalisée par l'auteur pour la revue We Demain N° 5.

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