L'electricité renouvelable compétitive à court terme

dimanche 01 décembre 2013 Écrit par  Yves Heuillard

Les chercheurs de l'institut allemand Fraunhofer ont mis à jour leurs projections des coûts de production de l'électricité en Allemagne selon les sources. La mariée est plus belle encore que prévu.

Le Fraunhofer ISE, le plus grand institut de recherches sur l'énergie solaire en Europe, a publié dans le courant du mois de novembre 2013 un rapport sur l'évolution des coûts de production de l'électricité d'ici 2030. Les résultats, certes anticipés par les experts de l'industrie, peuvent surpendre le profane ; et ce d'autant que l'Allemagne, de loin, n'est pas le pays le mieux placé pour tirer profit de l'énergie du vent et du soleil.

Le rapport, qui n'a pas passé le Rhin, s'attache à comparer l'évolution des coûts de l'électricité solaire et éolienne avec celle produite par des centrales conventionnelles, c'est à dire à gaz ou au charbon. Le nucléaire n'est pas considéré puisque l'Allemagne a fait le choix de sortir totalement du secteur d'ici 2022. Pour un lecteur français l'accord récent conclu entre EDF et le gouvernement du Royaume-Uni pour la construction de deux réacteurs nous permettra de compléter les chiffres du Fraunhofer ISE.

Le diagramme ci-dessous synthétise les résultats. Les chiffres sont en euros par kWh. Nos explications ci-après.

Diagramme montrant les coûts de production de l'électricité éolienne, photovoltaïque et biomasse

La zone rayée entre les deux lignes jaunes montre l'évolution des coûts du solaire photovoltaïque. La ligne jaune du haut concerne les petites installations en toiture dans les territoires où l'ensoleillement est limité à 1000 kWh/m².a (kilowattheures par mètre carré et par an sur une surface horizontale) et la ligne basse concerne les grosses installation dans les territoires où l'ensoleillement peut atteindre 1200 kWh/m².a.

Aujourd'hui le photovoltaïque allemand produit de l'électricité au prix de 7,8 à 14,2 cts le kWh selon les endroits et la taille de l'installation. En 2030, entre 5,5 et 9,5 cts.

photvoltaïque et éolien contre charbon et gaz La zone bleue concerne l'éolien terrestre dont on voit que le coût minimal - aux endroits les plus favorables - reste stable à un peu plus de 4 cts le kWh. Le coût maximal - dans les endroits les moins favorables – continue à baisser légèrement à 10 cts le kWh.

Au-dessus entre les deux lignes bleues foncées l'évolution du coût de production de l'électricité éolienne en mer (offshore).

La zone verte représente le coût de l'électricité produite par le biogaz. En apparence l’électricité au biogaz est chère mais il ne faut pas oublier que les installation au biogaz peuvent aussi produire de la chaleur (environ 2 fois plus de chaleur que d'électricité en kWh).

Les barres verticales représentent le prix de l'électricité produite par les centrales à charbon (en bleu foncé) et à lignite (en marron) et par les centrales à gaz à cycle combiné, les plus modernes et les plus efficaces des centrales à gaz (en orange).

La promesse d'une énergie propre, bon marché, inépuisable

On voit que dès aujourd'hui, dans les zones les mieux ventées, l'électricité éolienne est compétitive avec le charbon et le gaz et que seule la plus polluante des sources d'énergie, la lignite, parvient à rivaliser.

D'ici 15 ans, même dans les zones les moins ventées, le charbon et le gaz ne sont plus compétitif. La lignite reste compétitive. Le solaire à grande échelle devient compétitif avec le charbon et le gaz avant 2020 et avec la lignite avant 2030. Le petit photovoltaïque, celui du particulier, devient compétitif avec l'électricité produite par les grosses centrales au charbon ou au gaz dans moins d'une quinzaine d'année.

Notez qu'il s'agit de la compétitivité des coûts de production étudiés du point de vue des économistes de la nation allemande. Pour le citoyen allemand et les petites organisations, dont les collectivités locales, à 14,2 cts le kWh solaire dans les cas les moins favorables, l'électricité photovoltaïque autoconsommée est presque moitié moins chères que celle achetée sur le réseau. à 7,8 cts c'est une très très bonne affaire.

En France, la mariée encore plus belle

Le lecteur français gardera en tête que les régions les plus méridionales de l'Allemagne sont à la latitude de Besançon et que l’ensoleillement des zones méridionales françaises peut être 30% à 40% supérieur aux meilleures zones allemandes, améliorant d'autant le coût de production.

La France offre par ailleurs des facteurs de charges pour ses éoliennes généralement supérieurs aux facteurs de charge allemands (Voir l'étude de l'expert français Bernard Chabot ici en PDF). Globalement donc, la même étude transposée à la France aboutirait à des résultats encore plus favorables aux énergies renouvelables.

Et le nucléaire ?

L'étude du Fraunhofer ISE ne considère pas le nucléaire dont l'Allemagne doit sortir totalement d'ici 2022. Mais les exigences de garantie de prix d'EDF au Royaume-Uni pour la construction de deux réacteurs nucléaires se basent sur un coût de l'électricité nucléaire entre 10,5 et 11 cts le kWh jusqu'en 2058 - nous donne un élément de comparaison solide (notre article ici).

Au moment de leur mise en service en 2023, l’électricité nucléaire anglaise sera donc déjà plus chère que l'électricité photovoltaïque allemande du simple particulier et les éoliennes les moins ventées produiront à meilleur marché que les réacteurs anglais.

Photo d'ouverture CC source Danish Wind Industry Association

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