Alerte à la pollution, c'est la faute du vent

vendredi 14 mars 2014 Écrit par  Yves Heuillard

Ce vendredi 14 mars 2014 est jour d'alerte maximale pour la pollution aux particules fines sur une bonne partie de la France. Réponse de la puissance publique : c'est la faute du vent...

"Roulez moins vite" disent-ils, "éviter les feux d'agrément" et... euh... c'est tout. Ah si... "prenez les transports en communs, c'est bien ça les transports en commun, on vous les fait gratuits aujourd'hui"... Soyez rassurés, la qualité de l'air est "une urgence et une priorité pour le gouvernement", c'est le ministre de l'Écologie qui le dit. 

Circulation alternée

Depuis la publication de cet article la circulation alternée a été mise en place, a fait la une des journaux télévisés, a été présentée comme une mesure d'un courage politique exceptionel, la crise ukrainienne passant largement au deuxième plan, la catastrophe syrienne disparaissant des écrans.

Il faut s'attendre, que face au réchauffement climatique, le même courage aboutisse à mise à disposition d'ombrelles gratuites en 2050.

Les mesurettes et effets de manches contre la pollution aux particules fines seraient risibles s'il ne s'agissait pas de la santé publique et de la pérénnité de conditions de vie acceptables pour les être humains.

Les médias, quand ils ne présentent pas l'action du gouvernement en la matière comme décisive et responsable, invitent leurs lecteurs asphyxiés à se prononcer, "pour ou contre la circulation alternée", une bonne façon de se mettre la tête dans le sable.

Qui est responsable ?

Ben, c'est le vent, car s'il y avait du vent, nous n'en serions pas là. Rassurez- vous, bientôt le vent reviendra, et tout sera oublié. Jusqu'au prochain épisode, où il faudra réduire sa vitesse, ne pas faire de feux de cheminée, prendre les transports en commun. 

Et entre ces deux épisodes, pas de remise en question profonde de l'automobile, dont il faut rappeler, qu'elle ruine les ménages et les finances publiques, qu'elle est totalement inefficace en zone urbaine, qu'elle transfère le fruit de notre travail vers les pays producteurs de pétrole - pour la plupart des ennemis de nos valeurs -, que sa balance commerciale est négative, et que bientôt elle sera chinoise.

embouteillage aux Champs-Elysées à Paris

Pour le coût de la voiture (une auto tous les 5 mètres, à 12 000 euros en moyenne, immobilisée de chaque côté de toutes les rues des agglomérations, des milliards d'euros de pétrole par an, des infrastructures pharaoniques), nous pourrions nous déplacer dans des transports publics qui n'auraient rien à envier au confort de l'Orient Express...

Et au-delà d'une volonté affichée de réduire drastiquement la consommation d'énergie des bâtiments, et des plans de rénover 300 000, puis 400 000, et puis 500 000 logements par an, il faut bien constater que sur le terrain, même les citoyens les plus concernés sont désarmés par l'absence de mobilisation nationale, en particulier en matière de financement. Au point même, que sous la pression des lobbies, il serait question de simplifier la nouvelle réglementation technique de bâtiment, la RT 2012, qui oblige à la construction de bâtiments 2 à 3 fois moins gourmands en énergie que précédemment.

Une société qui respire

En réalité toutes les solutions existent pour une société sobre et respirable. Et ces solutions sont synonymes de bien être et de création de richesses locales. Ces solutions s'appellent, transports en commun, partage de la voiture, développement de la bicyclette, densification urbaine, télétravail, rénovation énergétique des bâtiments, construction passive, réseaux électriques intelligents, energies renouvelables, production et consommation locales, et urbanisme réinventé.

Ces solutions passent par une nouvelle façon de penser que nos élites auto-proclamées sont incapables de mettre en oeuvre tout ankylosées qu'elles sont sous les ors de la république, enkystées dans d'anciens modèles de croissance infinie, l'oeil rivé sur les prochaines échéances éléctrorales, assis sur un budget éternellement déficitaire dont la voiture et le pétrole est un des premiers bailleurs.

metro bondé à Paris

Et puis il est vrai, pour peu que l'intérêt général ne détermine pas nos choix personnels, qu'on respire bien mieux dans une grosse limousine climatisée entre Matignon et l'Elysée que dans le métro, par ailleurs saturé, inaccessible aux personnes agés ou handicapés.

Reste à attendre le vent... Mais bientôt, vent ou pas, nos modèles ravageurs parés des rubans du progrès et exportés dans les pays en voie de développement feront que d'un bout à l'autre de la planète, le pic de pollution d'aujourd'hui sera la norme.

Alors le moment sera venu de vous vendre de l'air à respirer, et cette fois, les choses ayant été reprises en main par les gens sérieux de l'industrie, croyez-moi, ce ne sera pas du vent. Et ça fera des emplois, de la croissance, et des dividendes. Vous voyez bien que la pollution c'est pas si mauvais. Respirez lentement, tout va s'arranger.  

En ouverture : photomontage, photo CC de Paul Bratcher et photo ddmagazine
Trafic dans Paris : photo CC de Jean-François Gornet