Bioénergies : terres agricoles et forêts menacées par l'appétit européen

lundi 26 mai 2014 Écrit par  rédaction
Exploitation forestière ou déforestation ? Exploitation forestière ou déforestation ? Photo CC Jacques Lauria

Une nouvelle étude menée par l'Université d'économie et de commerce de Vienne pour les Amis de la Terre/Friends of the Earth Europe démontre que la consommation des plantes agricoles et de bois destinés aux transports, au chauffage et à la production d'électricité devrait doubler d'ici 2030.

L'étude conclut qu'une surface de la taille de la Pologne et de la Suède pourrait être nécessaire pour fournir les plantes et le bois dont les énergies à base de biomasse auront besoin en 2030.  Rien que pour produire le bois destiné au chauffage et à la production d'électricité, il faudrait utiliser presque 40 % de l'espace forestier productif de l'Europe, si le bois devait provenir entièrement de l'Union européenne (1). La pression exercée sur les forêts et les terres agricoles de la planète sera insoutenable et sans comparaison avec celles qu'on a déjà connues.

Le voyez-vous comme ça ?

Le calcul des émisssions de CO2 pour le bois est considéré comme faible, ou nul, parce que la combustion du bois ne fait que relâcher le CO2 capté par les arbres dans l'atmosphère. Donc bilan CO2 nul sur le cycle de vie complet de l'arbre. Sauf qu'on pourrait dire la même chose du pétrole et du charbon qui sont des fossiles de forêts anciennes.

Donc c'est parce que le CO2 issu de la combustion d'un arbre est refixé par la plantation d'un nouvel arbre que le bilan est nul (à condition de replanter). Sauf que le nouvel arbre fixera en un siècle le CO2 dégagé par l'arbre brulé en quelques minutes. En conséquence le bois est neutre en carbone à la condition de ne pas en brûler plus en une seconde qu'il n'en repousse dans la même seconde.

Le raisonnement le plus fallacieux consiste à faire croire qu'en plantant des arbres, vous pouvez compenser les émissions de vos voyages en avion. Non, l'arbre planté compense - à long terme - l'arbre abbatu, un point c'est tout.

 

Pour Ariadna Rodrigo, chargée de la campagne sur les ressources des Amis de la Terre Europe : « La consommation européenne de terres échappe à tout contrôle depuis trop longtemps. Le recours accru à des plantes agricoles et au bois comme combustibles ou carburant doit doubler dans les 15 années à venir, ce qui menacera les forêts, les communautés rurales et la production alimentaire partout dans le monde. L'appétit insatiable de l'Europe pour toujours plus de terres et de ressources naturelles n'est pas soutenable. Nous devons non seulement plafonner l'utilisation des agrocarburants pour les automobiles - voire les interdire complètement - mais aussi diminuer l'énorme quantité de terres que l'Union européenne confisque, en mettant en place des objectifs exécutoires qui réduisent la surconsommation ».

Ces résultats interviennent au moment où les gouvernements de l'UE essayent encore de s'accorder sur des mesures pour limiter les agrocarburants (2) et alors que la Commission européenne doit publier un paquet de mesures (dit "Paquet de l'économie circulaire") ayant pour but de rendre l'Union européenne, plus efficace dans l'utilisation de ses ressources (3)

Pour Robbie Blake, chargé de campagne des Amis de la Terre Europe, « il est catastrophique de brûler des arbres entiers dans des centrales électriques. L'énergie tirée de la biomasse peut jouer un rôle pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, mais on doit porter l'accent sur les déchets de matériaux, plutôt que de brûler des arbres et des plantes alimentaires. Les gouvernement doivent d'abord plafonner puis éliminer les agrocarburants produits à partir de plantes agricoles et s'assurer aussi que la demande en énergie tirée de la biomasse ne provoque pas l'abattage des forêts mondiales ». 

En 2011 la Commission européenne s'est engagée à commencer à mesurer et réduire la consommation des ressources naturelles, mais il est à craindre qu'elle n'ignore les terres et l'eau  (4).

(1) Lire le rapport ici
(2) Les ambassadeurs de l'Union européenne se rencontrent le mercredi 28 mai à Bruxelles pour essayer de s'accorder sur les mesures à prendre pour réformer les agrocarburants (plafond de 7 % sur les agrocarburants produits à partir de plantes alimentaires), après que les ministres de l'Energie de l'UE aient échoué à conclure un accord en décembre . Si un accord est conclu, le Conseil des Ministres votera le 12 ou le 13 juin.
(3) Le Paquet Economie circulaire doit être rendu public par la Commission européenne fin juin 2014 et contenir des propositions sur l'efficacité dans l'utilisation des ressources, sur les déchets maritimes et une révision de la législation des déchets.
(4) Voir le site de Friends of the Earth Europe

Photo CC Jacques Lauria

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