Qui est responsable du réchauffement climatique ?

mercredi 09 juillet 2014 Écrit par  Yves Heuillard
Victimes du typhon Haiyan aux Philippines Victimes du typhon Haiyan aux Philippines Photo Commission européenne DG Echo

Au coeur du débat climatique la question de la responsabilité. Qui est responsable du réchauffement et qui devrait en payer les conséquences ? Des scientifiques suggèrent une méthode pour permettre d'avancer.

Les gouvernements essaient depuis plus de vingt ans de négocier un accord concernant la limitation du réchauffement climatique. Au fil des conférences sur le climat, organisées dans le cadre de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCC), l'accord est toujours reporté à la conférence suivante.

La 20ème conférence pour le climat sera organisée à Lima au Pérou à la fin de cette année. Après Copenhague en 2009, puis Cancun, Durban, Doha, Varsovie et avant la conférence de Paris en 2015, le processus de négociation pourrait faire sourire tant on a l'impression, année après année, d'une montagne accouchant d'une souris. Depuis le milieu des années 90, les conférences pour le climat réunissent des milliers de décideurs du monde entier et leurs équipes, auxquels s'ajoutent des représentants de centaines d'associations de défense de l'environnement, des centaines de journalistes, pour des progrès faibles au regard d'un enjeu formidable, celui de l'avenir de l'humanité.

L'un des points d'achoppement majeurs de la négociation climatique, c'est la dette climatique. Pour dire les choses simplement, les nations en développement disent aux nations développées, "vous voudriez que nous réduisions nos émissions de gaz carbonique, alors que vous ne vous en êtes pas privé depuis 150, nous ne voulons pas payer pour vous".

Et même si on a l'impression d'un débat puéril et stérile, et que la question porte en elle-même l'affirmation fausse qu'il n'y aurait pas de développement sans combustible fossile, et qu'en bonne intelligence nous devrions chercher ensemble la solution au problème, cette question de la responsabilité du réchauffement climatique est un frein à l'avancée des négociations.

Un article récemment publié dans la Revue Sacndinavian Economic History Review suggère une méthode pour finalement résoudre ce problème de la responsabilité, et permettre d'avancer.

Les auteurs supposent que les générations futures demandent réparation. Ils examinent les différentes manières d'évaluer le montants des dégâts occasionnés par les émissions des différents pays pendant leur histoire. Ils font plusieurs hypothèses sur le prix de la tonne de CO2 et son évolution au cours du temps (une tonne émise il y a 50 ans doit-elle être prise en compte de la même manière qu'une tonne émise aujourd'hui, ou considérée comme équivalente ?).

Par exemple, pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis le prix à payer serait le plus élevé au moment du premier choc pétrolier en 1971. Il représenterait, selon les hypothèses, entre 0,3% et 4,3 % du PIB pour le Royaume-Uni et entre 0,4 et 5,4 % du PIB pour les Etats-Unis.

Au fil du temps, même en prenant les hypothèses les plus basses, la dette carbone accumulée devient gigantesque : de 100 à 1 400 milliards de livres pour le Royaume-Uni et de 960 à 13 600 milliards de dollars pour les États-Unis. Le chiffre supérieur de la fourchette dépasse le PIB annuel des deux pays.

Mais quelles que soient les hypothèses, la position relative des pays ne change pas. De 1909 à 2000, de toute façon, les Etats-Unis conservent la première place des débiteurs avec 24 à 27 % de la dette totale, ou de la responsabilité, comme on voudra.

La Chine, le plus gros émetteur de CO2 d'aujourd'hui, reste loin derrière avec 10 à 12 % de la dette. 41 à 47 % de la dette, toujours selon les hypothèses, vient des seules émissions de l'Europe et des Etats-Unis. D'un autre côté, les quatre plus gros contributeurs, Etats-Unis, Europe, Chine et Inde ne détiennent que 57 à 59 % de la dette totale, ce qui laisse plus de 40 % au reste du monde. Les auteurs suggèrent donc un traité basé sur l'effacement des dettes respectives des deux groupes de pays : les dettes "carbone" des pays développés serviraient à effacer les dettes monétaires des pays en voie de développement...

Pour en savoir plus : Counting carbon: historic emissions from fossil fuels, long-run measures of sustainable development and carbon debt. Jan Kunnasa, Eoin McLaughlinb, Nick Hanleya, David Greasleyb, Les Oxleyc & Paul Warde.  

En photo, éleves d'une école rasée par le typhon Hayian aux philippines en 2013. Photo Commission européenne DG Echo.