Réchauffement : mauvais augures et petits espoirs

mercredi 10 septembre 2014 Écrit par  rédaction
Militantes indiennes contre le charbon et pour la limitation du CO2 dans l'atmosphère à 350 ppm Militantes indiennes contre le charbon et pour la limitation du CO2 dans l'atmosphère à 350 ppm Photo 350.org

Pour la sixième année consécutive, l'étude de PwC "Low Carbon Economy Index, 2 degrees of separation – ambition & reality" montre le fossé entre l'action des états pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et les mesures qui seraient nécessaires.

L'étude de PwC (1) est publiée avant le sommet des Nations Unies sur le changement climatique (2) qui se tiendra à New York le 23 septembre. Ce sommet, auquel assisteront les dirigeants du monde entier, vise à relever les engagements des pays en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L'étude révèle le décalage entre les négociations climatiques mondiales, visant à limiter à 2°C le réchauffement de la planète, et la trajectoire actuelle qui fait craindre un réchauffement catastrophique de 3 ou 4° C.

Le graphique ci-dessous, extrait du rapport, montre les intensités carbone des économies des pays de l'E7 (Chine, Inde, Brésil, Russie, Indonésie, Turquie, Mexique) jusqu'en 2014, leurs engagements d'ici 2020, et ensuite les valeurs nécessaires pour limiter le réchauffement à 2°C. Qui peut croire qu'il sera possible d'y parvenir sauf à changer de façon drastique nos modes de vie et notre façon de considérer la richesse - et son partage - au travers du PIB ?

limitation du réchauffement à 2°C et nécessité de réduction des émissions de gaz à effet de serre

L'étude qualifie "d'implacable" le délai fixé pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone : Les émissions annuelles liées à l'énergie des pays du G20 doivent diminuer d'un tiers d'ici 2030 et de légèrement plus de la moitié d'ici 2050 pour respecter la limite de 2°C.

Ensemble, les pays du G7 devront quasiment doubler leur taux annuel de décarbonisation (baisses des émissions par dollar de PIB) entre 2014 et 2020, pour atteindre 3,8 %. Leur taux de décarbonisation moyen combiné s'est élevé à 2,3 % entre 2010 et 2013.

Les émissions absolues de carbone (c'est-à-dire toutes les émissions et pas uniquement celles qui sont liées à l'énergie) doivent diminuer de 44 % d'ici 2030 et de 75 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 2010.

Les pays de l'E7 devront réduire de 8,5 % l'intensité carbone (émissions par point de PIB) chaque année à compter de 2020, puis de 5,3 % par an entre 2030 et 2050 pour réaliser l'objectif de 2°C.

Petits signes encourageants

Pour la première fois en six ans, les pays de l'E7 ont dépassé ceux du G7 en termes de réduction de l'intensité carbone (1,7 % contre 0,2 %), démontrant qu'il est possible de maintenir la croissance économique tout en freinant l'accroissement des émissions.

La production d'électricité à partir de sources d'énergies renouvelables (hors hydroélectricité) a augmenté de 16 % cette année, tendance qui se poursuit depuis les dix dernières années avec un taux de croissance annuel à deux chiffres. Les énergies renouvelables représentent aujourd'hui près de 10 % du mix énergétique total dans six des pays du G20. 

L'Australie affiche un taux de décarbonisation de son économie de 7,2 % en 2013 partiellement dû à une baisse de la demande d'énergie dans un contexte de croissance économique, ainsi qu'une hausse de 30 % de la production hydroélectrique. Néanmoins l'étude PWC ne précise pas que le nouveau gouvernement conservateur de Tony Abbott entend freiner le développement des renouvelables.

La Chine enregistre une des meilleures performances pour un pays en développement, avec un taux de décarbonisation de 4 % en 2013. Le secteur des énergies renouvelables est florissant et joue un rôle important. Toutefois, les bons résultats de la Chine doivent être considérés au regard de son rôle de principal émetteur de CO2 et de son intensité carbone élevée (deux fois plus importante que celle des pays du G7). 

Le Royaume-Uni, troisième en partant du bas du classement de 2012, est aujourd'hui le pays du G20 qui a le plus progressé en termes d'intensité carbone ; le pays est d'ores et déjà l'une des économies mondiales affichant la meilleure efficacité énergétique. Les progrès sur le plan de l'efficacité énergétique, l'augmentation des énergies renouvelables sur le plan national et la fermeture de deux centrales à charbon importantes ont entraîné une nette baisse de l'intensité carbone en 2013, parallèlement à une croissance économique relativement forte. 

Le rapport PwC rappelle les chiffres de Bloomberg New Energy Finance, à savoir que sur 7 700 milliards de dollars d'investissement dans les nouvelles capacités de production électrique mondiales, les deux tiers iront aux renouvelables. Le vrai défi étant de convertir les autres secteurs, ceux des transports, de la production de chaleur, et des processus industriels.   

Loin du compte

Reste que taux de décarbonisation des économies devrait être plus de cinq fois supérieur au taux actuel si nous voulons éviter un réchauffement de 2°C.  Les énergies renouvelables progressent rapidement, mais la croissance des pays émergents, et leurs consommations de combustibles fossiles, limitent leur part à 2% du mix énérgétique mondial (soit à peu près l'ordre de grandeur du nucléaire), 9% avec l'hydroélectricité.

Un autre rapport émis récemment par l'Agence fédérale américaine d'information sur l'énergie (3), prévoit une augmentation de la consommation de produits combustibles liquides de 38% d'ici 2040. L'information est présentée comme rassurante avec un développement soutenu de l'exploitation pétrolière qui garantit la sécurité des approvisionnements mais il ne fait aucune mention du réchauffement climatique. Tout va bien donc.

Lire le rapport PWC  Low Carbon Economy Index, 2 degrees of separation – ambition & reality

Notes
1) « PwC » spécialiste international de l'audit, l'expertise comptable et le conseil fait référence au réseau PwC et/ou à une ou plusieurs de ses entités membres, dont chacune constitue une entité juridique distincte. Pour plus d’information.

2) Sommet 2014 sur le climat .

3) Il s'agit du International Energy Outlook 2014 de la U.S Energy Information Administration IEA) à ne pas confondre avec le World Energy Outlook de l'Agence Internationale de l'énergie (IAE) qui reste le document de référence sur la consommation énergétique mondiale.

Photo d'ouverture. Militantes indiennes contre le charbon et pour la limitation du CO2 dans l'atmosphère à 350 ppm (parties par million). Photo CC 350.org.