Cogénération : énorme gisement d'économies d'énergie

mercredi 17 septembre 2014 Écrit par  Yves Heuillard
Centrale de trigénération (chaleur, électricité, froid) de l'aéroport de Madrid-Barajas Centrale de trigénération (chaleur, électricité, froid) de l'aéroport de Madrid-Barajas Photo COGEN Europe

L'Europe pourrait économiser l'équivalent de 25 millions de tonnes de pétrole en favorisant la cogénération. Selon l'association COGEN Europe qui regroupe les industriels du secteur.

Certes les professionnels de la cogénération défendent leur chapelle, mais en l'occurrence ils ont raison de rappeler les vertus de la génération combinée de chaleur et d'électricité et le gain potentiel de dizaines de millions de tonnes d'équivalent pétrole. Voici notre petit éclairage destiné aux faiseurs de politiques publiques, promoteurs d'économies d'énergies et autres curieux. 

Quand on fabrique de l'électricité avec du gaz ou du charbon, une partie importante de l'énergie utilisée est perdue sous la forme de chaleur. Selon le type de centrale, de 45 % à 66 % de l'énergie consommée est simplement rejetée dans un fleuve, dans l'océan, ou dans l'atmosphère, sous forme de chaleur. Pour faire court on peut dire que les centrales électriques thermiques ne convertissent en électricité qu'un tiers de l'énergie qu'elles consomment, et rejettent les deux tiers dans la nature. C'est d'ailleurs vrai aussi pour les centrales nucléaires qui sont des centrales thermiques. 

La cognération consiste à dire : là où on a besoin de chaleur, plutôt que de construire des chaudières (souvent à gaz), construisons plutôt une petite centrale électrique, produisons de l'électricité, et récupérons la chaleur pour le besoin de chaleur. Résultat, on récupère une bonne partie de l'énergie perdue dans le cas de la production électrique classique.

 

graphique montrant les rendements comparés de la cogénration et de la production indépendante de chaleur et d'électricité
Rendements comparés de la production d'électricité et de chaleur, de façon séparée (à gauche), et par la cogénération (à droite). Les chiffres indiquent les valeurs de l'énergie en entrée et en sortie des installations.

25 millions de tonnes équivalent pétrole par an

Qui a besoin de chaleur ? Principalement l'industrie et les réseaux urbains de chauffage. Inciter ces acteurs à investir dans la cogénération génére un gain évident : en théorie pour la même quantité d'énergie "brûlée" on peut récupérer 30 à 50 % d'énergie utile en plus.

Les avantages sont nombreux : amélioration de l'efficacité de l'économie ; réduction des émissions de gaz carbonique ; développement de l'industrie de la cogénération et des services associés dans les secteurs des réseaux de chaleur, des réseaux locaux d'électricité, des services de la gestion de l'offre et de la demande ; flexibilité dans la gestion des pointes de la demande électrique ; soulagement des réseaux par une offre de production électrique décentralisée, et largement en phase avec la demande ; plus grande résilience des réseaux.

Mais alors que la cogénération profite évidemment à l'économie en général, son financement incombe aux entreprises utilisatrices de chaleur. Et les investissements étant importants, il est nécessaire de mettre en place, des politiques publiques incitatives claires et pérennes.

COGEN fait des propositions dans son rapport, et indique que la capacité de cogénération européenne, actuellement de l'ordre de 100 GWe (gigawatts électriques) pourraît être doublée d'ici 2030, ce qui permettrait une économie supplémentaire de 25 Mtoe (million de tonnes équivalent pétrole) par an et de 50 millions de tonnes de CO2. 

Lire le rapport : COGEN Europe Position Paper : Industrial Renaissance in Europe

En ouverture : centrale de trigénération (chaleur, électricité, froid) de l'aéroport de Madrid-Barajas (Photo COGEN Europe).

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