Changement climatique : coupez les gaz, vite  !

lundi 03 novembre 2014 Écrit par  Yves Heuillard

Les scientifiques du GIEC viennent juste de rendre le rapport de synthèse de leur 5ème rapport d'évaluation du changement climatique. Il est sans appel sur les dangers encourus par l'humanité et sur la nécessité d'une action rapide.

Selon le plus important travail d'estimation du changement climatique jamais publié, le réchauffement est bien parti pour "infliger des dégâts sévères, à grande échelle, et irréversibles" aux populations et à la nature qui les nourrit, si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduits rapidement et sévèrement.

"La science a parlé, et il n'y a aucune ambiguïté dans le message" déclare le Secrétaire général des Nations-Unies, M. Ban Ki-moon, au moment de la publication du rapport à Copenhague, ce 2 novembre 2014. "Les dirigeants doivent agir, le temps n'est pas de notre côté" ajoute Ban Ki-moon, invitant à des actes décisifs et rapides pour construire un futur meilleur et durable et dénonçant une inaction qui nous couterait toujours plus cher, plus cher que tout. Il lance aussi un message aux investisseurs et gestionnaires de fonds de pension en les incitant à réduire leurs investissements dans l'économie du charbon et des combustibles fossiles, et à privilégier les énergies renouvelables. Il rappelle que le coût de la lutte contre le changement climatique n'est pas très élevé, qu'il s'agit d'un mythe destiné à cacher un manque de volonté politique et qu'à l'inverse il peut contribuer à la prospérité.

Le rapport de synthèse publié à Copenhague ce dimanche par les scientifiques du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, IPPC en anglais) est le résultat du travail de milliers de scientifiques à travers le monde et de la compilation de plus de 30 000 études.

Couverture du rapport de synthèse du Giec. Le texte final a été mis au point pendant une semaine à Copenhague par les scientifiques et les représentants de 190 pays. Il affirme avec force l'importance du réchauffement et la responsabilité des activités humaines du fait des émissions de gaz à effet de serre, l'irréversibilité des dommages qu'il crée, la nécessité d'agir maintenant, et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70% d'ici 2050 (comparées à 2010) et de 100% d'ici 2100 ainsi que de parvenir à 80 % d'énergies renouvelables d'ici 2050.

Ottmar Edenhofer, Economiste en chef du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et directeur du Mercator Research Institute on Global Commons and Climate Change de Berlin (MCC), souligne que les émissions de gaz à effet de serre se sont accélérées entre 2000 et 2010 comparées aux décennies précédentes, que nous sommes mal partis pour une limite de 2°C en 2050, que l’atmosphère ne peut plus être un dépotoir gratuit, mais surtout que prendre les mesures qui s'imposent ne vont pas nous coûter les yeux de la tête, que la croissance et la prospérité n'en seront pas affectées.

Concernant les autres contributeurs atmosphériques du réchauffement que le CO2 (le méthane, les suies, les gaz de réfrigération...), leur réduction est une bonne chose en soit, mais il serait vain de croire que ceci pourrait nous faire gagner du temps rappelle Joeri Rogelj, chercheur au International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA), "la stabilisation du climat et des températures veut dire qu'il faudra atteindre zero émission de CO2".

La guerre pour le climat a commencé

Reste que le lucre, les intérêts à court terme, les crises géopolitiques, le pouvoir gigantesques des industries minières, pétrolières et gazières, les gouvernants plus soucieux de créer des emplois et de lutter contre les difficultés économiques du jour que contre les catastrophes de demain, ne portent pas à l'optimisme.

Comment croirions-nous que la conférence sur le Climat de Paris en 2015, aboutira à des avancées majeures ? Comment amener des pays comme la Chine, la Russie, le Canada, l'Australie à s'asseoir sur leurs immenses réserves de combustibles fossiles, le Brésil sur son extraordinaire réserve de biodiversité ? Que répondre aux pays les plus pauvres à qui on fait croire que la lutte pour le climat reviendrait à les empêcher de se développer comme nous l'avons fait ?

Les nouvelles tensions géoplitiques sont-elles le début d'une opposition plus radicale encore que celle de la guerre froide, l'opposition entre des régimes oligarchiques et tyranniques soutenus par des énergies sales et triviales, contre l'intelligence des peuples qui savent maintenant comment s'en affranchir avec des coûts toujours plus réduits ? Probablement. 

En ouverture : exploitation des sables bitumineux en Alberta (Canada), photo CC Kris Krug.