Les grosses centrales électriques bientôt obsolètes

dimanche 07 décembre 2014 Écrit par  Yves Heuillard
Centrale à charbon de Gelsenkirchen. Près de 11 millions de tonne de CO2 par an Centrale à charbon de Gelsenkirchen. Près de 11 millions de tonne de CO2 par an Photo CC Guy Gorek

Vous n'imaginez pas EDF annonçant qu'il veut se séparer de ses centrales nucléaires, au charbon ou au gaz. Pourtant c'est ce que l'électricien allemand E.ON veut faire. Explications.

Le géant allemand de l'énergie E.ON a annoncé le 3 décembre dernier qu'il voulait se défaire de ses centrales nucléaires, au charbon et au gaz et se recentrer sur les renouvelables, les services, les réseaux électriques et gaziers. Pour E.ON les grosses centrales électriques centralisées sont un modèle du passé, l'avenir appartient à la production d'énergie décentralisée à partir de sources renouvelables. Techniquement les centrales électriques conventionnelles seront transférées à une nouvelle entité du groupe qui ressemble à une structure de défaisance.

L'annonce de E.ON intervient au moment même où le gouvernement allemand est sur le point de publier son plan pour réduire ses émissions de CO2 et quelques mois avant la fermerture programmée d'un prochain réacteur nucléaire du groupe, dans le cadre d'une sortie totale du nucléaire d'ici 2022. Mais les dirigeants de l'entreprise se défendent d'une quelconque réaction politique.

La vérité est que la transition énergétique allemande, die Energiewende, a permis le développement du solaire et de l'éolien en Allemagne comme nulle part ailleurs. Rappelons que le vent et le soleil  - sans combustible, c'est à dire à coût marginal quasi nul -, pourrait en théorie injecter sur le réseau électrique allemand une puissance totale de 70 GW, l'équivalent de 70 grosses centrales à charbon ou nucléaires. En pratique cela n'arrive jamais mais certains jours de faible consommation, les renouvelables satisfont jusqu'au trois quarts de la demande allemande, faisant baisser les prix de gros de l'électricité (-30% depuis 2008), laminant les marges des producteurs électriques classiques.

En Allemagne, les renouvelables, majoritairement aux mains des citoyens au travers de coopératives, fournissent désormais 25% de l'électricité. E.ON a annoncé un recul de 25% de son bénéfice pour les 9 premiers mois de 2014.

Dans ses déclarations à la presse M. Teyssen, le patron de E.ON, fait référence au rachat par Google de Nest Labs qui commercialise un thermostat intelligent : "le simple fait que des entreprises comme Google investissent [dans ce type de technologies] montre que vous avez intérêt à vous préparer à une nouvelle forme de compétition". 

Techniquement, à terme,  la séparation de E.ON en deux entités permettra d'offrir aux investisseurs le choix entre deux types d'entreprises du secteur de l'énergie, mettant les prosélytes des énergies sales et dangereuses au pied du mur. Vous croyez au charbon, au gaz de schiste et au nucléaire, eh bien, mettez-y donc votre argent... 

Les combustibles fossiles encore plus chers

La décision d'E.ON ne fait donc que confirmer les previsions d'osbolescence des modèles électriques classiques faites par de nombreux analystes du monde entier (voir notre article Le triomple discret de la micro-électricité, par Amory Lovins).

En même temps la nécessité de la lutte contre le réchauffement climatique devrait amener, d'une manière ou d'une autre, à rendre les combustibles fossiles plus chers. Une étude de l'Agence européenne de l'environnement (AEE) évalue les dégâts environnementaux causés par les industries polluantes européennes, majoritairement la production électrique à partir de combustibles fossiles, à une valeur située entre 329 et 1053 milliards d'euros pour la période 2008-2012 (la largeur de la fourchette tient à la difficulté du calcul).

À moins que les seules  énergies renouvelables, dont les technologies sont toujours moins chères et toujours plus performantes, ne résolvent maintenant l'équation climatique toutes seules, l'ensemble du monde politique continuant à gesticuler dans les conférences climatiques. 

En tout état de cause, la Energiewende allemande a probablement fait gagner une ou deux décennies décisives à la planète.

En ouverture : centrale à charbon de Gelsenkirchen. Elle produit près de 11 millions de tonne de CO2 par an. Photo CC Guy Gorek.

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